Les recettes de Rotterdam, Los Angeles et Le Cap pour devenir des villes inclusives et durables
Etre à l’écoute des électeurs, impliquer ces derniers dans la gestion municipale et anticiper les mutations de l’économie sont les secrets d’une ville qui réussit. Pour Ahmed Aboutaleb, de Rotterdam, l’éducation est la priorité.
« Les villes doivent se réinventer, innover et être à l’écoute des besoins de leurs populations et du monde ». C’est par ces mots que la PDG de Bank of America, la Californienne Janet Lambkin, lance le débat sur les villes du présent et du futur à l’occasion des Atlantic Dialogues de Marrakech, du 24 au 26 octobre.
Autour d’elle, le maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, un ancien maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, et Bulelwa Makalima-Ngewana, maire du Cap.
Revendiquant la philosophie qui veut que « tout acte de création commence par un acte de destruction » (Pablo Picasso) et comparant la gestion d’une ville à celle d’une industrie, Janet Lamkin poursuit sur un ton réaliste et provocateur : « Tout secteur d’activité est perturbé lorsqu’il n’abandonne pas les anciennes méthodes, quand il ne sait pas s’arrêter et redéfinir ce que les consommateurs et les citoyens souhaitent et ce dont ils ont besoin », citant l’exemple des journaux, de la musique ou de l’industrie du cinéma avec l’émergence de Netflix.
Avant de poursuivre sur le concept d’ « économie partagée », Mme Lamkin qui rappelle que le siège de son entreprise se trouve à San Francisco au cœur de la Silicon Valley, insiste sur le fait que des concepts tels que ceux d’Airbnb et d’Uber ne sont que cela : des créations issues de destructions, et de l’économie partagée.
Enfin, Mme Lamkin partage son expérience de ses échanges avec les responsables de Google et de Facebook, « des purs produits d’un partenariat entre les pouvoirs publics, la communauté des affaires et le monde associatif visant à créer un écosystème efficace il y a de cela 25 ans ».
« Les idées partagées et le succès de cet écosystème ont permis de nous assurer collectivement par exemple, que le système éducatif de San Francisco fournirait les formations et les compétences pour les emplois, pas d’aujourd’hui, mais de demain ».
Ahmed Aboutaleb : 100% pour l’éducation, tolérance zéro les idées extrémistes
Ahmed Aboutaleb, actuel maire de Rotterdam né près de Nador il y a 53 ans, rappelle qu’il dirige une ville composée de 174 nationalités, « mais ne fonctionnant pas à 174 vitesses différentes ».
« Parce que dit-il, je me suis attaché à ce que mes concitoyens soient heureux de vivre dans une cité qui n’est pas divisée par la culture ou la religion ».
Interrogé sur ses priorités, Ahmed Aboutaleb met en avant la sécurité et l’éducation. « Parce que les villes et les communautés sont bâties par des gens, le capital humain est la chose la plus importante » assène le maire de Rotterdam. « Si je n’ai que 3 dollars à dépenser, je mettrai le premier dollar dans l’éducation, le second dollar dans l’éducation et le troisièmes dollar dans l’éducation ».
Emigré aux Pays-Bas avec ses parents à l’âge de 15 ans, M. Aboutaleb s’est formé à l’université hollandaise avant de travailler à la télévision et de faire carrière en politique. Il est maire de Rotterdam, hub commercial stratégique européen, depuis 2009.
Sur la sécurité et les jeunes binationaux tentés par l’extrémisme politique, Ahmed Aboutaleb énonce une position ferme : « Si un binational majeur pense que son état d’esprit est plus proche de celui des jihadistes que de celui de la société qui l’accueille et lui offre des opportunités sociales, je lui dis « rend ton passeport et déménage ». Mon souci aujourd’hui, ce sont les mineurs, ceux qui ont moins de 18 ans ».
Premier maire latino de l’histoire de Los Angeles (2005-2009), Antonio Villaraigosa, interrogé sur les divisions sociales et raciales dans sa ville, indique également que ses principaux efforts ont porté sur l’éducation. « J’ai fait passer le pourcentage de jeunes finissant leur éducation secondaire de 40 à 70% » indique-t-il.
« Nous nous sommes aussi concentrés sur la sécurité car les crimes et la délinquance touchent d’abord les quartiers pauvres ». « Los Angeles et New York sont aujourd’hui les deux villes les plus sûres aux Etats-Unis » souligne-t-il.
M. Villaraigosa s’exprime également sur les efforts réalisés à Los Angeles en matière de transports publics, plus denses et non-polluants.
Sur l’expérience du Cap, Mme Makalima-Ngewana décrit le concept de design storming, une plate-forme modulable d’échanges sur les problèmes de la ville. Sur un problème spécifique, transport public ou assainissement par exemple, les intervenants publics, privés et les représentants de la population, partis ou ONG, se réunissent, débattent et esquissent des solutions. « Il s’agit de s’approprier le problème et de créer une solution partagée » indique-t-elle.
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