Le budget 2015 expliqué par Mohamed Boussaid
Le ministre de l’Economie et des Finances recevait la presse vendredi 24 octobre pour expliquer le projet de loi de Finances 2015. Voici les principales données de cette rencontre concernant un budget qui reste un grand moment de l’actualité économique du Maroc.
Les contraintes:
-contexte international incertain, révision à la baisse des prévisions de croissance de la zone euro, tensions au Proche Orient,
-nécessité de faire évoluer le modèle économique de l’entreprise Maroc vers davantage d’exportations et vers la réindustrialisation ;
-le déficit social.
La grande équation :
-des impératifs qui exigent davantage de dépenses :
*créer de bonnes conditions pour accélérer la croissance, les exportations et la réindustrialisation
*poursuivre les réformes,
*maintenir l’effort pour réduire le gap social et le gap régional ;
-des impératifs qui exigent une maîtrise des dépense, voire une réduction :
*assainir les finances publiques
*rétablir progressivement les grands équilibres
Les bonnes nouvelles:
-le déficit budgétaire sera limité à 4,9% en 2014, contre 7% en 2012. Le déficit du compte courant de la balance des paiements sera de 6,7% contre 9,7% en 2012.
-Grâce à cette baisse du déficit budgétaire, l’endettement sera stabilisé à moins de 64% du PIB.
-Les réserves de change représentent aujourd’hui 5 mois d’importation.
-La croissance est désormais moins volatile, grâce en grande partie au plan Maroc Vert qui a réduit la dépendance du PIB agricole à l’égard de la pluviométrie (graphique ci-dessous).
Une croissance moins volatile, en grande partie grâce au Plan Maroc Vert qui a réduit la dépendance du PIB agricole à l'égard de la pluviométrie.
-Orientation positive des métiers mondiaux du Maroc (page 6 de la présentation de Mohamed Boussaid, ci-dessous) : automobile (+31.3%), électronique (+22.2%), aéronautique (+3.7%).
-Le taux de chômage a été ramené de 12.5% à 9.2% entre 2001 et 2011 et le taux de pauvreté relatif, de 15% à 7% au cours de la même période.
-baisse de la pression fiscale : 27% en 2008 et 22,4% en 2013
-de nouvelles marges budgétaires ont été apportées par la réforme du système de compensation ainsi que par les mesures qui vont accroître les recettes comme la lutte contre la contrebande, les fraudes en douane ou les mesures en faveur de l’intégration de l’informel.
Les directions:
-Le Maroc doit rejoindre le club des pays émergents.
-Renforcer la cohésion sociale et la solidarité.
-Renforcer la croissance, créer des emplois, réindustrialiser le Maroc.
-Poursuivre les réformes.
Les arbitrages:
-Où vont les économies réalisées grâce à la réforme de la compensation? La moitié à l’investissement et l’autre moitié à alléger le déficit budgétaire, explique Mohamed Boussaid. Le montant économisé entre 2014 et 2015 sera de 10 à 12 milliards de DH.
Les hypothèses pour 20015:
-taux de croissance : 4,4%
-déficit budgétaire : 4,3%
-prix du pétrole : 103 dollars/baril
-1 dollar= 8,6 DH
Les décisions:
-Investissement public : 189 milliards de DH dont 54 milliards de DH pour le budget général de l’Etat.
-Création du Fonds de développement industriel doté pour 2015 d’une enveloppe de 3 milliards de DH
-Poursuite des grandes réformes, réforme des retraites, poursuite de la réforme fiscale, de la caisse de compensation. Curieusement, le ministre annonce que la levée totale du soutien au gasoil est envisagée, alors qu’elle a déjà été annoncée auparavant comme une décision.
-130 milliards de DH accordés aux secteurs sociaux (enseignement, santé, compensation) soit 52% du budget.
-4 milliards de DH accordés aux mesures d’appui à la cohésion sociale et notamment: La poursuite des efforts de généralisation du RAMED, en vue d’atteindre 8,5 millions de bénéficiaires; L’élargissement du nombre de bénéficiaires du programme «Tayssir», qui devrait atteindre 494.000 familles et 812.000 élèves, au titre de l’année scolaire 2014-2015; et les allocations aux veuves dans une situation précaire qui devrait bénéficier à au moins 200.000 foyers avec l’octroi d’une indemnité de 500 à 1.000 DH par mois et par foyer.
Les mesures en faveur de l’emploi
-Mise en place du statut de l’auto-entrepreneur et élargissement du champ des activités y afférentes, ainsi que l’institution, en faveur de l’auto-entrepreneur, de la possibilité de télé-déclaration et de télépaiement ;
-Mise en oeuvre de l’indemnité pour perte d’emploi : 250 millions de dirhams ;
-Poursuite du soutien des programmes de l’emploi à travers :
*La réalisation de 60.000 insertions dans le cadre du programme « Idmaj » ;
*La mise à niveau de 18.000 personnes dans le cadre du programme « Taehil » ;
*Accompagnement de 1.500 porteurs de projet dans le cadre de l’auto-emploi (Très petites entreprises et Activités génératrices de revenu).
*Exonération pendant une période de 24 mois, du salaire mensuel brut plafonné à 10.000 dirhams versé par une entreprise créée entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2019 et ce, dans la limite de 5 salariés;
-Prise en charge par l’Etat (pour une durée de 24 mois et ce, dans la limite de 5 salariés) de la part patronale au titre des contributions dues à la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale et de la taxe de la formation professionnelle pour les entreprises et les associations créées durant la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019.
Les hausses de TVA :
Selon le ministre des Finances, il s’agit de la poursuite de la réforme fiscale visant à simplifier la TVA en gardant uniquement deux taux (10% et 20%).
La hausse de la TVA sur le thé n’aura aucun impact sur le consommateur final. En effet, il y aura en même temps une baisse des droits de douane. L’objectif est d’encourager l’importation du thé en vrac et le conditionnement au Maroc. Le thé conditionné voit ses droits de douane ramenés de 40% à 32,5% tandis que la TVA passe de 14 à 20%.
Le thé en vrac voit ses droits de douane ramenés de 32,5% à 2,5% pour le thé vert et de 25% à 2,5% pour le thé noir. La TVA sera de 20% pour toutes les catégories de thé.
Pour les pâtes, le directeur des impôts estime que l’impact ne dépassera pas 30 DH par an et par consommateur. Les autres hausses de TVA concernent le riz et le péage de l’autoroute qui passent également de 10% à 20%.
Pour ce qui concerne le logement social, le ministre rappelle que le prix final au consommateur est fixé par la loi et que donc aucune hausse ne doit intervenir.
Feuilletez l'exposé de Mohamed Boussaid (cliquer ci-dessous):
À découvrir
à lire aussi
Article : Mines. Où se concentre la nouvelle richesse minière du Maroc ?
Porté par la flambée des cours des métaux et la mise en service de nouveaux sites miniers en 2025, le secteur minier marocain hors phosphates a accéléré sa cadence. Alors que le plan gouvernemental vise à atteindre 15 milliards de DH à l’horizon 2030, le secteur est d’ores et déjà en passe de franchir le cap historique du milliard de dollars de revenus dès cette année. Tour d'horizon complet.
Article : Label Vie-Retail Holding. Les dessous d’une fusion inédite qui veut redessiner le retail marocain
C’est une opération peu commune sur la place casablancaise : Label Vie, société cotée, doit être absorbée par Retail Holding, sa maison mère non cotée, appelée à devenir la nouvelle entité boursière du groupe. Derrière ce montage technique, l'ambition est plus large : transformer un ensemble d’enseignes en plateforme intégrée, capable de peser davantage au Maroc comme à l’international.
Article : Avec le Waldorf Astoria, Rabat veut changer de rang dans le tourisme haut de gamme (opérateurs)
L’arrivée du Waldorf Astoria marque un tournant dans le repositionnement touristique de la capitale, estiment la ministre de tutelle ainsi que les présidents, actuel et ancien, des CRT de Casablanca et de Rabat. Entre montée en gamme, attractivité accrue et effet d’entraînement sur l’ensemble du secteur, ce projet cristallise de fortes attentes chez les opérateurs concernés.
Article : Dans son bras de fer avec la BMCI, Abdelmalek Abroun obtient la suspension d’une saisie immobilière
Premier effet tangible du redressement personnel de Abdelmalek Abroun : le tribunal de commerce de Rabat a suspendu une vente aux enchères engagée par la BMCI sur un bien immobilier du dirigeant du groupe Abroun Gold TV Sat. Détails exclusifs.
Article : Au port de Casablanca, la congestion s’aggrave et inquiète toute la chaîne logistique
Au port de Casablanca, la congestion s’est installée dans la durée, entraînant une forte hausse des coûts pour les opérateurs et des temps d’attente particulièrement élevés pour les navires. Selon des sources jointes par nos soins, le phénomène est désormais visible à l’œil nu, avec des files qui débordent largement du périmètre portuaire. Le point.
Article : Football. La Ligue professionnelle et le casse-tête juridique de l'interdiction de déplacement des supporters
Après les incidents survenus en marge de plusieurs rencontres, la Ligue nationale de football professionnel (LNFP) a décidé de restreindre les déplacements de supporters visiteurs lors des prochaines journées de Botola. Présentée comme une réponse sécuritaire à la recrudescence des violences, cette mesure soulève aussi une question juridique sensible : jusqu’où une instance sportive peut-elle limiter la liberté de circulation des citoyens ?

