Affaire CGI, c'est l'omerta
Tandis que le désert que traverse la CGI continue d’être sous l’omerta, les épargnants, surtout les petits porteurs, réalisent l’ampleur de leurs pertes. La situation de la CGI, sa sortie de la bourse, continuent d’alimenter les conversations et les spéculations dans les milieux d'affaires marocains.
“On punit l’épargnant pour des appartements non livrés à temps”. C’est peut-être le fruit d’un raccourci de raisonnement, mais cette conclusion d’un petit porteur à la Bourse de Casablanca en dit long sur la série d’événements que vit la Compagnie générale immobilière (CGI).
Un feuilleton dont le dernier épisode a été la décision de retirer l’entreprise de la Bourse, entérinée par le management de CDG développement suite à une demande du ministre des Finances, Mohamed Boussaid.
La décision surprenante du ministre n’a jusque-là été justifiée ni par ses soins ni dans le communiqué qu’a diffusé la CDG. Les deux parties ne se sentant visiblement pas dans le devoir d’informer le microcosme des épargnants et l’opinion publique des véritables raisons de cette action, à la fois illogique vis-à-vis du programme d’investissement de la CGI, et nuisible pour une bonne partie des portefeuilles comportant des titres CGI.
Ainsi, et si l’on ne compte pas la RMA Watanya qui dispose de 8,5% des actions CGI, le flottant en bourse qui dépasse les 15%, équivaut, au dernier cours avant la suspension de cotation de la valeur, à un peu plus de 2 milliards de DH.
Pour rappel, le prix d’introduction du titre en 2007 était autour de 952 DH. Depuis, la valeur n’a cessé de grimper, soutenue par la CDG et par un programme actif de rachat qui proposait de récupérer les titres dans une fourchette allant de 2.700 DH à 2.800 DH.
En mars 2010, la RMA Watanya rachète 8% de la CGI, au prix de 1.937 DH l’action dans une opération où la CDG avait récupéré 8% du capital de BMCE Bank.
Sur le forum Bourse Maroc, fief des petits porteurs, c’est le deuil. “Ils vont sûrement trouver un deal loin des regards avec la RMA,” anticipe l’un, “je n'ai même pas pu me remettre de Diac où j'ai laissé ma peau que revoilà cette histoire de CGI,” se lamente un autre. Tous deux, parmi plein d’autres sont actionnaires de la CGI. Seulement, ils en savent autant que la grande majorité de l’opinion publique, c’est à dire pas grand chose, voire rien du tout.
>Mission d’intérêt général ?
Face à l’omerta qui ne dit pas son nom, des explications “officieuses” ont commencé à circuler pour justifier ce revirement à 180 degrés. L’explication qui paraît la plus recevable est que la CGI s’est éloignée de sa mission d’intérêt général, vu que plus des deux tiers de son capital sont détenues par la CDG via sa filiale CDG développement.
Tirer ce constat au même moment où le directeur général de la CDG ainsi que plusieurs cadres de l’institution font l’objet d’une enquête judiciaire suscite bien des interrogations. N’a-t-on jamais remarqué que la CGI s’est inscrite, depuis des années, en concurrence avec d’autres compagnies immobilières? Pourquoi l’a-t-on laissée s’introduire en Bourse?
D’un autre côté, sortir de la cote, même si on y garde des obligations cotées, exempt tout de même de quelques formalités ainsi que de diffuser certains contenus dans le cadre de la communication financière. Cherche-t-on à dissimuler des faits?
Les zones d’ombre se multiplient dans cette affaire qui coupe le souffle à la communauté financière et politique. Certains n’hésitent pas à assimiler ces événements à la répression aveugle et irrationnelle qui s’est abattue sur les hommes d’affaires lors de la campagne d’assainissement menée par Driss Basri en 1996.
Ce qui est sûr, c’est qu’en matière de respect du droit à l’information de l’opinion publique, peu de choses ont changé par rapport à ces années-là.
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