La sortie de bourse de la CGI suscite interrogations et incompréhension
Inattendue et brusque, la décision du retrait de la Bourse décidée par la direction de la CGI, sur injonction du ministre des Finances, a pris de court le milieu des affaires. Pourtant, aucune justification officielle n’a satisfait les multiples interrogations que suscite cette sortie de la cote.
Le conseil d’administration de la CGI a annoncé une décision qui a pris de court tout le milieu marocain des affaires.
Un communiqué diffusé ce mercredi matin indique que “sur demande” du ministre des Finances, Mohamed Boussaid, le conseil s’apprête et dans les plus brefs délais, à retirer la compagnie immobilière de la cotation à la Bourse de Casablanca.
Selon les sources de Médias 24, les cadres de la compagnie étaient sous le choc de la décision, qui n’émane visiblement d’aucun processus de réflexion interne.
Un revirement stratégique surprise décidé loin des couloirs de la compagnie. Il est à rappeler qu’à l’introduction en Bourse de la compagnie, aucun aval du ministre n’a été nécessaire, et que la décision a été prise dans le cadre du directoire de la CGI.
D’autres sources s’interrogent donc quant à la qualité juridique conférant au ministre des Finances un tel pouvoir, au point d’enjoindre le management de la compagnie à retirer celle-ci de la cote.
En effet, la seule représentation du ministère des Finances se situe deux étages plus haut que la CGI, à la commission de surveillance de la CDG, où l’argentier du royaume dispose d’un siège.
Médias 24 a essayé de contacter le ministre Boussaid, mais celui-ci est resté injoignable. De son côté, la CDG n’a fourni à Médias 24 aucun élément de réponse, et les responsables de la RMA Watanya n’ont pas souhaité répondre à nos interrogations.
Une OPR de 3,184 milliards de DH
Avec un flottant en bourse de plus de 15%, et une part de 8,5% détenue par la compagnie d’assurance du groupe Finance.com, RMA Watanya, l’opération de retrait dont les frais seront supportés par l’actionnaire principal de la CGI, CDG Développement, risque d’être lourdement coûteuse.
Valorisée à plus de 13 MMDH la veille de la suspension de cotation, la part visée a priori par la CDG représenterait, au dernier cours de 725DH, quelque 3,184 milliards de DH.
“Un coût qui risque de grever profondément l’équilibre financier de CDG développement qui, avec des pertes liées à Nemotek ou à Mazagan beach resort, risque d’avoir beaucoup de mal à honorer ses engagements futurs,” explique à Médias 24 un analyste financier. “Cette décision intervient surtout, 4 mois après que la CGI ait levé à la Bourse un emprunt obligataire de 1,5 MMDH pour financer ses acquisitions en foncier. Je n’arrive pas à déceler la logique dans cette dernière mesure,” s’exclame notre source.
D’autres observateurs, comme ce site spécialisé,pointaient du doigt bien avant la décision d’OPR, le statut ambigü de la CGI: chargée d’une mission de service public, puisque filiale de la CDG, et en même temps à la recherche de la maximisation de son profit, ce que symbolise son introduction en Bourse.
En tout cas, il est difficile de ne pas établir un lien entre cette décision du ministre des Finances et les affaires en cours d’instruction impliquant le DG de la CDG, Anas Alami, et 22 autres cadres, qui devront affronter la Justice et répondre à des accusations de dilapidation de deniers publics.
À découvrir
à lire aussi
Article : Mines. Où se concentre la nouvelle richesse minière du Maroc ?
Porté par la flambée des cours des métaux et la mise en service de nouveaux sites miniers en 2025, le secteur minier marocain hors phosphates a accéléré sa cadence. Alors que le plan gouvernemental vise à atteindre 15 milliards de DH à l’horizon 2030, le secteur est d’ores et déjà en passe de franchir le cap historique du milliard de dollars de revenus dès cette année. Tour d'horizon complet.
Article : Label Vie-Retail Holding. Les dessous d’une fusion inédite qui veut redessiner le retail marocain
C’est une opération peu commune sur la place casablancaise : Label Vie, société cotée, doit être absorbée par Retail Holding, sa maison mère non cotée, appelée à devenir la nouvelle entité boursière du groupe. Derrière ce montage technique, l'ambition est plus large : transformer un ensemble d’enseignes en plateforme intégrée, capable de peser davantage au Maroc comme à l’international.
Article : Avec le Waldorf Astoria, Rabat veut changer de rang dans le tourisme haut de gamme (opérateurs)
L’arrivée du Waldorf Astoria marque un tournant dans le repositionnement touristique de la capitale, estiment la ministre de tutelle ainsi que les présidents, actuel et ancien, des CRT de Casablanca et de Rabat. Entre montée en gamme, attractivité accrue et effet d’entraînement sur l’ensemble du secteur, ce projet cristallise de fortes attentes chez les opérateurs concernés.
Article : Dans son bras de fer avec la BMCI, Abdelmalek Abroun obtient la suspension d’une saisie immobilière
Premier effet tangible du redressement personnel de Abdelmalek Abroun : le tribunal de commerce de Rabat a suspendu une vente aux enchères engagée par la BMCI sur un bien immobilier du dirigeant du groupe Abroun Gold TV Sat. Détails exclusifs.
Article : Au port de Casablanca, la congestion s’aggrave et inquiète toute la chaîne logistique
Au port de Casablanca, la congestion s’est installée dans la durée, entraînant une forte hausse des coûts pour les opérateurs et des temps d’attente particulièrement élevés pour les navires. Selon des sources jointes par nos soins, le phénomène est désormais visible à l’œil nu, avec des files qui débordent largement du périmètre portuaire. Le point.
Article : Football. La Ligue professionnelle et le casse-tête juridique de l'interdiction de déplacement des supporters
Après les incidents survenus en marge de plusieurs rencontres, la Ligue nationale de football professionnel (LNFP) a décidé de restreindre les déplacements de supporters visiteurs lors des prochaines journées de Botola. Présentée comme une réponse sécuritaire à la recrudescence des violences, cette mesure soulève aussi une question juridique sensible : jusqu’où une instance sportive peut-elle limiter la liberté de circulation des citoyens ?