Tourisme. La baisse des réservations “n’est ni importante ni inquiétante”
Dans la profession, le cafouillage autour la baisse des réservations continue. D’un côté, on rassure. De l’autre, on parle d’une chute. Les uns démentent les autres, chiffres à l’appui. Ce qui est sûr, c’est que la situation est encore maîtrisable. Ce n’est pas la panique, mais la vigilance.
Les amalgames ont la peau dure. Enlevé en Algérie, l’otage français, Hervé Gourdel, est décapité le 24 septembre par des jihadistes. S’ensuivent, de toutes parts, une indignation et des craintes légitimes, ce qui pousse le Quai d’Orsay à renforcer ses conseils de vigilance. Une réaction tout à fait ordinaire! L’histoire aurait dû s’arrêter là.
Mais c’est compter sans certains organes de presse de l’Hexagone, qui, relayant des cartes dont la crédibilité n’est pas prouvée, décrivent le Maroc comme pays «sensible», où les touristes sont appelées à «la prudence», au même titre que la Tunisie, l’Egypte, la Turquie ou même la Syrie.
Ce qui fait dire à René Marc Chikli, président du Seto (syndicat français des tour-opérateurs) que les inquiétudes des touristes ne viennent pas tant de l’incident que du traitement qu’en a fait la presse. «Les journaux ont mal interprété l’appel à la vigilance du Quai d’Orsay», explique-t-il à Médias 24.
En rouge, voyage formellement déconseillé. En orange, déconseillé, sauf raison impérieuse. En beige, vigilance renforcée. En vert (seule le Maroc est dans ce cas dans tout le sud de la Méditerranée et en Afrique), vigilance normale.
Car le Quai d’Orsay classe toujours le Maroc en zone verte (la meilleure), celle d’une “vigilance normale“.
Mais le mal est fait ou presque…
Car il n’en a pas fallu davantage pour agiter les forums. «Faut-il annuler ses prochaines vacances au Maroc?» Suite aux frappes françaises en Irak, aux menaces d'EI et à l’enlèvement du touriste français en Algérie, de nombreux touristes doivent aujourd'hui se poser la question.
«Est-il bien prudent de se rendre au Maroc La menace est-elle réelle ? Quelles sont les zones à éviter? Faut-il avoir peur de ces 1000 djihadistes marocains?» s’interroge un internaute. Les réponses, tantôt apaisantes, majoritaires, parfois angoissantes, traduisent bien l’hésitation des touristes.
Entre-temps, le Quai d’Orsay a clarifié sa position, publiant une carte où le Maroc figure bel et bien en vert. Mais, le ver était déjà dans le fruit!
Coût du cafouillage
Ce cafouillage influence bien entendu les réservations.
«Bien sûr que nous avons reçu des annulations, mais leur impact reste négligeable», nous déclare un opérateur de la ville ocre.
Tous les grands opérateurs marocains que nous avons interrogés renvoient le même écho: «Il est difficile, pour le moment, de donner un taux précis, mais les annulations ne sont pas importantes.» Du côté des Sofitel, marque de luxe du groupe Accor, «une seule annulation a été enregistrée sur plusieurs milliers de réservations», nous déclare Hamid Bentahar, chef d’orchestre de la marque au Maroc.
Un avis que ne partage pas le PDG d'Atlas Voyages, Othmane Cherif Alami. S’exprimant en tant que «haut responsable de la CNT», il déclare à l’AFP que «le taux de réservations a chuté de près de 50%» et que «1.500 nuitées ont fait l'objet d'une annulation ou d'une demande de report de la part de touristes français au cours des 72 dernières heures.»
Mais, comme disait si bien Alfred Sauvy, les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d'être torturés, finissent par avouer tout ce qu'on veut leur faire dire.
«1.500 nuitées, à supposer l’information véridique, représentent à peine 200 personnes. Puis, il n’existe, aujourd’hui, aucun système permettant de centraliser les réservations de l’ensemble des opérateurs. Est-il en l’occurrence responsable de parler d’une chute de 50 %?», souligne un responsable du CRT de Marrakech.
Un opérateur très connu mais qui a demandé l’anonymat, accuse Othmane Alami d’exagérer, car il “aime faire parler de lui“.
En tout cas, selon nos interlocuteurs marocains, les annulations qui sont enregistrées ne sont pas alarmantes. «Même lors de la guerre du Golfe, on n’avait pas eu 60% d’annulations», sourit Abderrafie Zouiten. «S’il y avait un problème de sécurité au Maroc, poursuit-il, il n’y aurait pas autant de tournages et de nouvelles lignes aériennes.»
Du côté des TO français, une baisse est certainement constatée. «D’ordinaire, l’activité connaît une progression de 2 à 3%. Par rapport à l’année dernière, les TO ont constaté une chute de 15 à 50 %, selon le T.O., l’hôtel, la ville», nous déclare René Marc Chikli, n’excluant pas de voir la baisse se poursuivre.
En revanche, l’Association francophone des experts et scientifiques du tourisme, elle, préfère rester prudente: «On ne peut pas, à l’heure actuelle, mesurer l’impact pour le marché marocain. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une baisse. Mais la baisse est plus importante en Turquie, en Egypte et en Tunisie, qui est sortie du marché avec un recul de 35 %», explique à Médias 24 le président de l’Afest, Patrick Viceriat.
«Et tout cela à cause d’un amalgame. Les touristes ne connaissent pas tous les géographie,» conclut notre interlocuteur.
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