Université marocaine, le grand malaise!
Septembre, c’est bientôt fini. Et pourtant, à la fac de droit de Casablanca, mêmes les inscriptions ne se sont pas encore achevées et aucun cours n’est donc dispensé. A l’image de cette faculté, l’université marocaine vit une de ses pires rentrées. Une grève de trois jours a été décrétée par le SNE-sup, le malaise est palpable.
A la faculté de droit de Casablanca, ils sont plusieurs centaines d’étudiants à former des files pointant vers les guichets de l’administration. On est lundi 22 septembre, et les opérations d’inscription à la faculté ne se sont pas encore terminées. Pire, elles viennent de commencer.
En cette rentrée 2014-2015, tous les étudiants écumant les couloirs de la fac, savent que c’est une rentrée de changement et de réforme des programmes pédagogiques. Mais aucun d’eux n’est capable de décrire ou de lister les changements. “J’en sais rien, on ne nous a rien dit, j’ai juste entendu que les modules vont changer,” réagit un des étudiants que nous avons croisés à l’entrée de la faculté.
Dans les zones d’affichage, rien n’indique les mots d’ordre de la rentrée. Nous nous dirigeons donc vers des responsables étudiants.
“Ils ont fusionné quelques modules afin de pallier le sureffectif des facultés marocaines,” nous répond Amine, de l’organisation Attajdid Al Toulabi, proche du PJD. Lui aussi manque d’information, “le doyen de la faculté a invité les étudiants dans une salle, il a pris 15 min pour leur expliquer les changements et la séance a été levée,” poursuit Amine.
Au milieu de la fac, entre deux amphis, l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM), monopolisée par les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane s’improvise un bureau d’accueil pour les étudiants. Pour les syndicalistes, la qualité de l’enseignement n’est pas la seule à se détériorer, mais la gestion administrative est pour eux une véritable catastrophe.
“La rentrée dernière, nous étions 26.000 inscrits dans cette fac où le nombre de professeurs dépassaient à peine la trentaine !” explique Reda, l’un des membres du bureau de l’UNEM au niveau de la fac de droit.
Toutefois, Reda nous fait remarquer que si les cours de l’enseignement public peinent à fonctionner, les licences professionnelles, masters et formation continue payants, eux, sont réglés comme une horloge. “Et pourtant, c’est la même administration qui gère”.
Enseignants en colère
A partir de ce mardi 23 septembre, les enseignants du supérieur ont été appelés par leur syndicat (le SneSup), à observer une grève de trois jours. Par ailleurs, les enseignants du syndicat ont boycotté toutes les activités depuis la rentrée.
Les raisons de la colère? le mode unilatéral de prise de décision de la part du ministre de l’enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, et la poursuite d’une politique de “démantèlement de l’enseignement comme service public”, avec l’octroi des infrastructures de l’université à de plus en plus d’entités d’enseignement privé. Des décisions importantes comme les fusions d'universités ou le lancement de nouveaux établissements payants ont surpris tout le monde. Aucune concertation prélable n'a été enregistrée.
“Nous avons levé plusieurs dossiers revendicatifs, ce gouvernement est celui qui ne fait aucun cas des syndicats, et qui n’en fait qu’à sa tête” explique M.Laamir, membre du syndicat et enseignant à la faculté des sciences Route d’El Jadida.
Par ailleurs, le syndicat accuse le PJD dans un communiqué, de placer les siens, dans une logique de phagocytage, dans tous les postes de décision et les instances de gouvernance. Mais le cahier revendicatif n’est pas non plus exempt de revendications catégorielles.
Le syndicat se réunira le 25 septembre prochain pour décider des suites à donner à ce mouvement.
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