Après des années de recul, Méditel veut renouer avec la croissance
EXCLUSIF. Après un 1er semestre avec un chiffre d’affaires et une rentabilité en hausse, le numéro 2 des télécoms marocains veut retrouver la croissance en 2014 dans un secteur en recul. Pour son DG Michel Paulin, le partage des infrastructures est la clé pour démocratiser le haut débit.
Après des années de recul, l’opérateur télécom marocain dont Orange (40%), FinanceCom et la CDG se partagent le capital, ambitionne de retrouver la croissance pour l’année 2014. Michel Paulin, son DG, indique dans un entretien à Médias 24 que l’objectif qu’il se fixe pour 2014 est d’atteindre un CA et une rentabilité en hausse par rapport à l’exercice 2013, année de baisse tant du CA que de l’EBITDA.
Si sa prévision se réalise, il s’agirait d’un véritable tour de force alors que les analystes estiment que le secteur des télécoms au Maroc sera encore cette année en recul.
Pour étayer sa prévision, Méditel a indiqué à Médias 24 que le premier semestre 2014 s’est plutôt bien déroulé avec un retour de la croissance tant en termes de CA que de rentabilité. Le deuxième trimestre 2013 avait déjà été positif pour l’opérateur.
Méditel revient de loin avec des années de vaches maigres. En 2012, l’opérateur a réalisé un CA de 5,5 MMDH (dernier chiffre connu), en retrait de 7,43%, et l’exercice 2013 est à nouveau en recul. Mais c’est en matière de résultat net que la chute a été la plus brutale avec -30,68% en 2011 et -51,72% en 2012, et un nouveau recul en 2013 que l’opérateur refuse de divulguer.
Pour expliquer ses performances récentes, l’opérateur donne plusieurs pistes. Selon Michel Paulin, le repositionnement de la marque et de l’offre y est pour beaucoup, avec des innovations commerciales, comme l’offre tout compris à 25 DH qui tire les ventes ou le forfait sans engagement Hany à 99 DH lancé en 2013. Le résultat se traduit par une progression du nombre de clients actifs dans le pré-payé de plus de 6%.
Pour étayer son raisonnement, M. Paulin souligne que les innovations commerciales de Méditel sont immédiatement copiées par la concurrence.
L’orientation vers les services digitaux pour les clients y est aussi pour beaucoup. Selon Michel Paulin, il s’agit d’une attente forte des clients qui veulent aujourd’hui avoir accès à un maximum de services via une appli, accessible tout le temps, et non plus dépendre d’un centre de relation client traditionnel. 200.000 clients ont ainsi téléchargé l’appli Méditel et moi.
Les investissements récents sont aussi une explication, avec un programme de 4 MMDH lancé fin 2013 sur 4 ans, destiné à améliorer le débit, dont environ un milliard a déjà été dépensé. Car les usages des clients évoluent fortement. Ainsi le volume de données utilisées par les clients Méditel a été multiplié par 5 depuis le début de l’année 2014.
Pour renouer avec des résultats positifs, Méditel s’est aussi lancé dans un plan d’économies depuis 2012, soit avant l’arrivée de Michel Paulin aux commandes (mai 2013). Le programme Opticost vise à réduire les coûts non salariaux de 10% chaque année sur 3 ans. Le plan arrive à terme l’année prochaine ; Méditel avance à ce jour conformément aux objectifs fixés, selon la direction.
A titre d’exemple, les économies réalisées avec la digitalisation de la relation client se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de DH chaque année. La productivité des salariés est aussi une solution. Méditel souligne ainsi réaliser un effort conséquent en formation technique et comportementale, afin notamment de développer la performance et la mobilité fonctionnelle. Assurant que l’effectif est stable, toujours autour de 1.000 collaborateurs, Méditel insiste sur son faible taux de turn over, sans plus de précision.
Mais c’est dans le partage des infrastructures que Méditel place le plus d’espoir. La question est d’actualité à l’heure des investissements colossaux à réaliser pour le lancement du haut débit, via la 4G ou la fibre optique. « Comme dans tous les pays, le partage des infrastructures est la solution pour offrir le haut débit au plus grand nombre » souligne Michel Paulin. Et de citer l’exemple d’Inwi, à qui Méditel loue 300 de ses 3.000 sites. « En dépit de la concurrence vive entre nous, la partage se fait dans de bonnes conditions pour les deux parties. »
En revanche, Méditel constate que le partage de sites est « complexe et long » avec Maroc Telecom. L’entente directe entre les deux parties n’ayant pu se faire, Méditel a fait appel à l’ANRT pour parvenir à ses fins. Il espère qu’il parviendra à louer quelques sites à l’opérateur historique d’ici la fin de l’année.
Pour le dégroupage, qui est le dossier « chaud » du moment, Méditel est en attente de la totalité des offres de Maroc Telecom, à qui l’ANRT a donné un délai de 45 jours à compter de la mi-juin pour s’exprimer. A ce jour, Méditel affirme avoir eu connaissance de deux offres sur 5, auxquelles il a répondu. Là encore, il semble bien que le chemin sera long pour arriver à un partage des infrastructures qui satisfasse toutes les parties.
Se défendant de vouloir bénéficier à moindre frais des investissements réalisés par l’opérateur historique, Méditel estime avoir fait lui aussi une partie du chemin, avec plusieurs centaines de millions de DH déjà dépensés dans la fibre. Il déploie la fibre optique en partenariat avec Inwi dans plusieurs villes, et va raccorder les particuliers de deux programmes immobiliers à Marrakech et Casablanca.
Enfin, au sujet de la 4G, dont le cahier des charges n’est pas publié, Méditel est clair : le partage des infrastructures est un préalable pour que l’opérateur se lance.
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