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ECONOMIE

Jacques Attali : “Pour le Maroc, la francophonie est un atout majeur dans ses échanges avec l’Europe et l’Afrique”

Dans une interview à Médias 24, l’essayiste Jacques Attali explique pourquoi il prône une union économique francophone incluant le Maroc. Selon lui, le royaume a une carte à jouer pour développer ses échanges avec ses partenaires du nord et du sud.  

Jacques Attali : “Pour le Maroc, la francophonie est un atout majeur dans ses échanges avec l’Europe et l’Afrique”
Jamal Amiar
Le 4 septembre 2014 à 14h22 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

L’économiste et essayiste français Jacques Attali a présenté le 26 août dernier à Paris un rapport commandé par la présidence française, intitulé Francophonie et francophilie, moteurs de croissance durable.

Partant du constat que le monde francophone comptera 770 millions de personnes en 2050, principalement en Europe, en Afrique et au Québec et que le continent noir compte nombre de pays en forte croissance économique, Jacques Attali prône la création d’un « marché commun francophone » et formule 53 propositions dans sept domaines différents. Les pays francophones contribuent pour 8,5% au PIB mondial.

Sept axes de développement de ce futur marché commun sont mis en avant :

1. Augmenter l’enseignement l’offre du et en français ;

2. Etendre l’aire culturelle francophone ;

3. Cibler le tourisme, les nouvelles technologies, la santé, la recherche et le développement, le secteur financier, les infrastructures et le secteur minier ;

4. Jouer sur la capacité d’attraction de l’identité française ;

5. Favoriser la mobilité et structurer les réseaux francophones et francophiles ;

6. Créer une union juridique et normative française ;

7. Aller vers une Union économique francophone aussi intégrée que l’Union européenne.

Comment un pays comme le Maroc que vous connaissez bien pourrait tirer profit de ce redéploiement des atouts de la francophonie en Afrique ?

La langue française est un atout pour tous les pays francophones, dont leMaroc, et non pas seulement pour la France. Tous ces pays peuvent tirer parti économiquement de la diffusion de la langue française. C'est aussi ce constat d'avantage comparatif économique de la langue française qui a conduit l'OIF (Organisation internationale de la francophonie, NDLR) à travailler en parallèle à une stratégie économique de la francophonie, exercice multilatéral qui sera présenté au sommet de Dakar fin novembre prochain.

Pour le Maroc, la francophonie est un atout économique majeur, permettant àce pays de développer ses échanges avec deux zones : l'Europe et l'Afrique.

En effet, la connaissance du français est déjà depuis longtemps un atoutpour les milieux économiques marocains qui travaillent avec les entreprises françaises, et ont accès, via le marché français, au marché européen.

La dynamique des co-localisations, c'est-à-dire de la localisation au Marocd'entreprises françaises, rendue possible par le partage d'une même langue, s'est accompagnée du développement de formations professionnelles bénéficiant aux salariés marocains. L'exemple de l'usine Renault de Tanger est notamment cité dans le rapport.

Le français est de plus en plus un atout pour le Maroc dans sa relation avecl'Afrique subsaharienne. Le Maroc a multiplié les accords avec les pays d'Afrique francophone comme la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Mali, etc. 85 % des investissements marocains à l'étranger se font en Afrique : le Maroc se place au deuxième rang, après l'Afrique du Sud.

Le partage de cette langue s'accompagne également du partage d'une formationet d'échanges universitaires entre la France et le Maroc. Plus de 30.000 Marocains sont inscrits dans un lycée français au Maroc.

Afin de conserver cet atout économique majeur, il est nécessaire que lefrançais reste une langue d'usage, d'enseignement au Maroc. Cela passe par le développement, l'intensification voire la généralisation des filières francophones existantes, qui permettent aux lycéens d'être totalement bilingues en français. C'est un atout dans la mondialisation, qui s'applique aux relations économiques avec le reste du continent africain et bien au-delà.

Ce qui est valable pour le français est-il valable pour l'arabe? L'anglais?

La théorie économique des langues s'applique à toutes les langues. Les théoriciens de la "gravité"  démontrent que le partage par les populations de plusieurs pays d'une même langue augmente leurs échanges et leur croissance. Le fait d'avoir un terrain d'entente linguistique avec des partenaires étrangers favorise la communication et la confiance mutuelle qui, combinées, favorisent le commerce.

De fait, le rapport montre qu'il existe bien une corrélation entre le tauxde pénétration du français dans un pays et la part des exportations françaises dans ce pays. Ces résultats s'expliquent par la facilité que représente pour les PME la possibilité d'échanger dans leur langue avec une administration étrangère et des partenaires étrangers. Les mêmes résultats doivent pouvoir être trouvés pour d'autres langues comme l'espagnol, le portugais et l'arabe.

Toutefois, il est probable que la corrélation soit moins forte pour les payscommerçant en anglais : l'anglais est devenu une sorte d'esperanto qu'il est indispensable de connaître, mais qui a ainsi perdu son contenu culturel et son caractère différenciant. Il n'y a pas "d'esprit de club", de confiance réciproque amplifiée, entre deux locuteurs en anglais. C'est en revanche le cas pour des locuteurs en français. Ça peut l'être pour des personnes qui partagent la langue arabe, la langue espagnole, la langue portugaise. Le monde hispanophone en a bien conscience puisqu'a été menée une étude sur l'impact économique de la langue espagnole.

Le français dispose toutefois d'avantages comparatifs qui lui confèrent uneplace de choix dans une possible "concurrence" des langues. Il est déjà la 6ème langue la plus parlée au monde, la 2ème la plus apprise et présent sur les cinq continents. Les produits à consonance française - des études empiriques l'ont montré – se vendent mieux, dans de nombreux secteurs notamment du luxe ou de la gastronomie. Le français bénéficie ainsi d'une place de choix dans le paysage des langues. Il est véhiculé par la culture francophone, tant par la littérature que par le cinéma ou la musique. Beaucoup s'intéressent à l'apprentissage du français par francophilie. La francophonie mène aussi à s'intéresser à la France, au tourisme en France, aux produits français.

Comment calculez-vous l'impact des liens linguistiques sur les échanges commerciaux que vous estimez à 65% ?

Je m'appuie sur les travaux réalisés par des économistes qui ont développé la théorie de lagravité. Ce chiffre figure en particulier dans l’étude de Jeffrey Frankel, Ernesto Stein et Shang-jin Wei, Trading Blocs and the Americas publiée dans le Journal of Development Economics, vol. 47, 1995.

 

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Jamal Amiar
Le 4 septembre 2014 à 14h22

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