Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.
Faire avancer les projets d'hydrogène vert est une ambition louable, mais savoir périodiquement s'arrêter, prendre du recul et questionner la trajectoire empruntée est tout aussi fondamental, voire décisif, pour l'avenir de cette industrie naissante, appelée à porter une partie de l’avenir énergétique du Royaume.
C'est dans cet esprit que le Cluster marocain de l'hydrogène vert (Cluster Green H2) a organisé, le mercredi 29 avril 2026 à l'Université Euromed de Fès, une conférence internationale dédiée au méthanol et à l'ammoniac verts, deux produits stratégiques au cœur de la chaîne de valeur de l'hydrogène vert.
Entre défis techniques et opportunités de marché, l'enjeu est de définir précisément où se situe le Maroc aujourd'hui et dans quelle trajectoire il souhaite se projeter. D'où l'intérêt de réunir universitaires et industriels autour d'une réflexion commune.
Le blocus du détroit d’Ormuz et la crise énergétique qui en découle confirment l'urgence de ces solutions vertes. Les risques de rupture sur le marché mondial des engrais et du kérosène remettent ainsi au premier plan la viabilité de l’ammoniac et du méthanol verts.
Du foncier aux catalyseurs : les chaînons qui restent à boucler
Dans un message transmis en vidéo, Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du commerce, a rappelé que les bases sont posées. La question n'est plus de savoir si le Maroc est prêt, mais si les projets le sont. "Le Maroc a fait le travail de fond. Le foncier est alloué, le cadre réglementaire est clair, les certifications se structurent et les infrastructures progressent. Nos partenaires investissent déjà".
"Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’engagement. Pas davantage de protocoles d’accord ni d’études de faisabilité supplémentaires, mais des feuilles de conditions, des accords d’achat et des décisions finales d’investissement", a ajouté le ministre de l'Industrie et du commerce.
De son côté, Yahya Zniber, président du Cluster marocain de l'hydrogène vert, a insisté sur l'urgence d'agir. "Le Maroc doit avancer rapidement, car la fenêtre d'opportunité est étroite face à la concurrence de la Chine, de l'Australie, de l'Arabie saoudite et du Chili. L'Europe cherche des partenaires fiables pour répondre aux pressions du mécanisme CBAM (taxe carbone aux frontières)".
Il a également pointé un maillon trop souvent négligé. "Cette chaîne a besoin d'un dernier maillon, la recherche et la formation. Nos universités, nos ingénieurs, nos centres comme l'IRESEN formeront les techniciens qui feront tourner ces unités dans vingt ans. Sans eux, nous construirons des usines sans savoir les faire fonctionner".
C'est précisément sur ce terrain scientifique que Mostapha Bousmina, président de l'Université Euromed de Fès, a appelé à un véritable changement de paradigme pour rendre les projets d'hydrogène vert, notamment ceux liés à l'ammoniac et au méthanol verts, économiquement viables. La recherche fondamentale doit s'orienter vers des segments concrets.
"D'un point de vue académique, ce qu'il faut faire aujourd'hui, c'est travailler sur les catalyseurs. C'est vraiment le point névralgique. D'abord pour augmenter les rendements, qui ne sont pas au rendez-vous. Ensuite, pour abaisser la température, actuellement entre 400 et 500 degrés. Il faut donc réduire à la fois la pression et la température, et cela ne sera possible qu'avec une nouvelle génération de catalyseurs".
"Quiconque a déjà vu une installation utilisant le procédé Haber-Bosch sait à quel point c'est colossal. Il faut désormais aller vers des petites unités décentralisées. Une voie prometteuse consiste à recourir à l'électrochimie pour transformer directement l'eau et la combiner avec l'azote afin de produire de l'ammoniac", estime le président de l'Université Euromed.
Moeve et Acwa Power : deux offres, un même socle
Sélectionnés lors de la même phase de l'Offre Maroc dédiée à l'hydrogène vert, Moeve et Acwa Power partagent des fondamentaux comparables. Les deux groupes disposent d'une expérience confirmée au Maroc et s'appuient sur des projets de production d'hydrogène vert dans leur pays d’origine déjà opérationnels ou sur le point d'entrer en production.
Acwa Power entend ainsi mettre à profit les enseignements tirés du projet NEOM, en Arabie saoudite, qui entre en production cette année, avec une capacité de 1,2 million de tonnes d'ammoniac vert par an, essentiellement destinées à l'exportation.
De son côté, l'espagnol Moeve, anciennement Cepsa, se présente à l'offre Maroc en partenariat avec l'énergéticien émirati Taqa. La répartition des rôles est clairement établie : Taqa développera les capacités d'énergies renouvelables à Dakhla, tandis que Moeve assurera la production et la commercialisation de l'e-carburant à partir du port de Jorf Lasfar.
La vision de Moeve, telle qu'exposée par Enrique Iglesias Barbero, directeur responsable de la structuration commerciale des projets hydrogène et énergies propres du groupe, est qu'il n'y aura pas de solution moléculaire unique. À court terme, les travaux se concentreront sur le développement de hubs et de corridors, gages d'une réelle flexibilité.
En Espagne, Moeve porte le projet de Vallée andalouse de l'hydrogène vert, dont la décision finale d'investissement (FID) est attendue en février 2026 pour la première phase de Huelva (400 MW). Celle-ci devrait être opérationnelle dans un délai de deux ans et demi.
Rappelons qu’au 4 février 2026, le gouvernement a procédé à la signature des contrats de réservation foncière avec cinq investisseurs pour cinq projets d’hydrogène vert situés dans trois régions marocaines, Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab.
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