Ebola, grogne du personnel navigant de la RAM
La compagnie aérienne marocaine poursuit la desserte des pays d’Afrique de l’Ouest touchés par le virus Ebola. Une situation qui inquiète profondément le personnel navigant de la RAM, bouillonnant et révolté par les décisions de la firme. Témoignages de pilotes.
Atmosphère de grogne et vives tensions au sein de la RAM! Face à la décision de Royal Air Maroc de maintenir les vols à destination des pays touchés ou menacés par la prolifération du virus Ebola, certains pilotes appartenant notamment à l’association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) n’hésitent pas à monter au créneau et manifestent sans ambages leur inquiétude et leur ferme mécontentement.
La compagnie nie quant à elle tout climat de conflit…
Contactée par Médias 24, des sources sûres évoquent une situation révoltante vécue par le personnel navigant (pilotes, stewards et hôtesses), ne disposant d’aucun droit de retrait. Ce personnel se révèle souvent amené à effectuer des rotations en direction, notamment, de Monrovia, capitale libérienne, foyer reconnu de ce virus hautement contagieux. Les navigants avaient également la possibilité de séjourner dans des hôtels de la ville réservés par la compagnie aérienne, facilité boudée par le personnel de la RAM qui la juge risquée…
Cette politique de la RAM est estimée inacceptable par un grands nombres de pilotes et commandants de bord de la compagnie, désireux de sensibiliser la direction sur les risques encourus.
Un danger minimisé
«Sur des rotations de 48 heures, [l’équipage] ne quitte pas l’appareil et revient directement à Casablanca», signale notre source. Hors de questions de passer la nuit sur place! Le bât blesse en revanche lorsque les rotations durent 24 heures, insuffisantes donc pour garantir le repos indispensable au personnel de bord. Une solution alternative, obtenue de haute lutte, parvient néanmoins à calmer un brin les esprits. Désormais, ces vols sont assurés «en triangulaire, avec deux commandants, deux équipages» afin de garantir un retour au Maroc dans les meilleurs conditions, nous indique notre source.
Selon notre contact, la compagnie aérienne semble minimiser les dangers de réaliser de tels vols. De son côté, son homologue française Air France - au même titre que de nombreuses autres firmes internationales- a décidé la « suspension provisoire » de ses vols à destination de Freetown, capitale de la Sierra Leone, frappée de plein fouet par l’épidémie. Cette décision fait suite à une recommandation gouvernementale, votée mercredi matin en conseil des ministres, selon l’AFP.
Si Hakim Challot, porte-parole de la Royal Air Maroc, soutient que «toutes les mesures de sécurité nécessaires sont prises», notre contact affirme en revanche que le dispositif mis entre les mains de l’équipage se limite «à des kits de désinfectants, des masques et des paires de gants pour le personnel navigant commercial». Et d’ajouter que ces mesures – peu satisfaisantes - ne sont pas de mise sur tous les vols, sous prétexte «que seul le hub casablancais présente des risques. C’est n’importe quoi, tous les vols vers ces destinations sont à risque», s’indigne notre source, visiblement excédée.
Solidarité et chair à canon
Le personnel de bord affirme également sa crainte d’être confronté à un passager présentant des signes de la maladie sur des vols d’une durée avoisinant les quatre heures. «[L’équipage] ne possède aucun moyen de l’isoler dans l’avion» si le moindre symptôme du virus apparaît.
Pour la RAM, cette situation est très peu probable en raison des volets sanitaires établis aux frontières. «S’il y a le moindre doute, le passager ne monte pas dans l’appareil,» nous annonce le porte-parole. Toutefois selon des témoignages crédibles, les «barrages sanitaires» vantés par les services de la compagnie, se révèlent on ne peut plus poreux…
La RAM tient parallèlement à souligner qu’elle appartient aux derniers bastions desservant ces pays sensibles d’Afrique de l’Ouest. Les vols sont opérés «par solidarité envers nos amis africains, (…) pour des raisons humanitaires, et pour éviter d’enclaver ces pays», déclare Hakim Challot, avant d’assurer que les équipages sont pleinement conscients de l’importance de la mission qu’ils remplissent dans cette région…
Conscients, certes ils le sont… avertis des stratégies politiques et économiques engagées avec les partenaires continentaux. Néanmoins, des pilotes regrettent profondément que la «direction prenne de telles décisions derrières leurs bureaux, tandis que [l’équipage] est considérée comme de la chair à canon».
Dans un communiqué diffusé le 12 août, Royal Air Maroc avait annoncé qu’elle maintiendra sa desserte de la Guinée Conakry, du Libéria et du Sierra Leone en soulignant que ces vols ne présentent pour la compagnie aucun avantage financier. La compagnie nationale invoquait la fraternité et la solidarité et l’appartenance à une communauté continentale, dans les périodes heureuses comme dans le malheur. Elle annonçait également des mesures préventives pour protéger son personnel.
Ce vendredi matin, seules Royal Air Maroc et Brussels Airlines desservaient encore le Libéria et le Sierra Leone.
La suspension de la desserte par de grandes compagnies internationales comme Air France et British Airways a alerté l’OMS. “Sans desserte aérienne, il sera impossible de venir à bout de l’épidémie“, a déclaré jeudi, son DGA, le Dr Bruce Aylward. “C’est absolument vital“, a-t-il ajouté, car il faut pouvoir acheminer vers les pays touchés, les hommes et les biens, les équipements et tout ce qui est nécessaire à la lutte contre la propagation.
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