Blocage du processus onusien au Sahara
Les semaines s’égrènent sans que le processus de navettes mensuelles dans la région, annoncé par le rapport du secrétaire général de l’Onu fin avril, ne soit entamé. Pourtant, il s’agissait du processus de la dernière chance. En réalité, il y a un sérieux blocage et un risque réel de perte de confiance.
La résolution 2152 du 29 avril 2014 a fixé les prochaines étapes comme suit:
-Le mandat de la Minurso est prolongé jusqu’au 30 avril 2015. Il s’agit de la dernière prolongation si aucun progrès n’est réalisé.
-Les visites attendues dans la région: des responsables du haut commissariat aux réfugiés et du haut commissariat aux droits de l’Homme. La visite de la haut commissaire aux droits de l’Homme Navi Pillay, s’est déroulée fin mai.
-Poursuite des mesures de confiance telles que les échanges de visites entre familles.
-Reprise des réunions bilatérales et de la navette de Christopher Ross dans la région. Entre les mois de mai et le mois de septembre, Christopher Ross compte se rendre “environ une fois par mois“ dans la région pour des entretiens avec “les parties et les Etats voisins“.
L’approche consiste à rencontrer chaque partie à part, à la pousser vers le maximum de souplesse et de compromis puis à effectuer une navette vers l’autre partie et les pays voisins. En cas de rapprochement de points de vue ou d’avancée, des entretiens directs avec la participation de tous seront organisées.
L’envoyé personnel Christopher Ross doit en principe présenter un rapport au secrétaire général au cours du mois d’octobre.
Mais Christopher Ross n’est pas venu. Une interview accordée à la MAP par Omar Hilale, représentant permanent du Maroc à l’ONU, apporte un éclairage au sujet de ce qui s’est passé.
“Salaheddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, a dépêché à New York, le 18 juin dernier, une délégation de haut niveau, présidée par le Secrétaire Général du ministère pour rencontrer et discuter avec M. Ross des objectifs de sa visite et des voies et moyens pour garantir sa réussite", raconte l'ambassadeur Omar Hilale à la MAP, précisant que les "entretiens avec M. Ross ont été francs et constructifs".
Ils ont "permis d'aborder, a-t-il dit, tous les aspects du processus de négociations, y compris les dérapages du derniers rapport du Secrétaire Général, ainsi que la nécessité d'imprimer de la clarté dans sa mission, de la transparence dans ses entretiens et dans l'élaboration des rapports, et surtout une plus grande prévisibilité pour l'avenir".
Dans cette perspective, le Maroc "lui a remis un questionnaire sur ces différents aspects. Une réponse de sa part nous a été promise dans la semaine. Nous attendons depuis presque deux mois", a-t-il encore révélé.
Entretemps, dans les couloirs de l’ONU et lors des points de presse, une rumeur se répand : Christopher Ross a démissionné. Le Maroc ne "réagit pas aux rumeurs surtout quand elles font l'objet de questions et réponses qui sont préparées dans certains étages du Secrétariat de l'ONU avec l'objectif de faire pression" sur le Maroc, a-t-il souligné. En d’autres termes, M. Ross fait plane la menace d’une démission.
"Nous déplorons que certains services de l'ONU se laissent instrumentaliser à cet effet!", accuse Omar Hilale.
"Le plus important dans une négociation politique ce n'est pas l'homme, mais le process lui-même", a ajouté M. Hilale, citant l'ancien Secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger.
En d'autres termes, la confiance est sérieusement entamée. Le processus est bloqué.
Quelle est la position marocaine?
"Je voudrais réitérer notre ferme attachement au processus politique qui passe impérativement par la neutralité du Secrétariat des Nations Unies, l'impartialité de la Minurso, la prévisibilité dans le processus de négociations et la transparence dans la facilitation, afin que le discours qui est délivré à Rabat, Alger, Tindouf ou New York soit identique, et éviter, ainsi, le double langage, générateur de tension et d'érosion de la confiance", a affirmé M. Hilale.
Le Maroc, pour sa part, reste "engagé dans le processus de négociation politique onusien sous les auspices du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, et le Conseil de Sécurité", a-t-il ajouté, précisant que le Royaume "reste résolument déterminé à tout mettre en œuvre afin de parvenir à une solution politique, consensuelle et définitive" au différend régional sur le Sahara, sur la base de "sa proposition d'autonomie du Sahara" présentée en 2007 et qualifiée depuis, par toutes les résolutions du Conseil de Sécurité, de sérieuse et crédible .
La dernière prolongation du mandat de la Minurso?
Dans son rapport au conseil de sécurité, daté du 10 avril, le secrétaire général des Nations Unies a proposé que “cette prolongation du mandat de la Minurso soit la dernière“ si aucun progrès n’est constaté dans les discussions. Il mentionne "l'impatience des membres du conseil d sécurité" et leur souhait d'une solution rapide.
L’étape des discussions actuelle avait été entamée en 2007 suite à l’échec du projet de référendum.
(Avec MAP)
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