Les Marocains fortement exposés au plomb
La revue "Toxicologie Maroc" s’est penchée, dans son numéro du 2e trimestre 2014, au problème de l’exposition aux métaux lourds au Maroc, et plus précisément au plomb, matériau entrant dans la composition de plusieurs matières et produits d’utilisation courante. L'eau et l'air n'échappent pas à la règle.
Comme le mercure et le cadmium, le plomb fait partie des éléments traces non essentiels. Cette catégorie de métaux n’a aucun effet bénéfique connu pour les cellules. Au contraire, ils ont un effet polluant et produisent des effets toxiques pour les organismes, même lorsqu’ils sont présents en faible concentration.
Plus grave encore, la toxicité de ces éléments se développe par bioaccumulation, à travers tous les maillons de la chaîne alimentaire.
L’utilisation des trois matériaux précités, à savoir le plomb, le mercure et le cadmium, intervient exclusivement dans le domaine de l’industrie. On les retrouve dans l’industrie chimique et pharmaceutique, la production de peintures et la fabrication de batteries, en plus de certaines composantes électriques et électroniques. Cependant, ces procédés de fabrications ne sont pas communs au Maroc. Quels sont donc les particularités de l’exposition de la population marocaine aux dangers du plomb?
Une étude réalisée par l’Institut national d’hygiène datant de 1996 dans la région de Rabat-Salé montrait que les deux principales sources de pollutions au plomb sont le trafic urbain (utilisation de l’essence contenant du plomb) et l’activité de poterie qui nécessite l’utilisation de poudre à forte concentration en plomb.
Les résultats de l’étude montrent que la teneur annuelle moyenne du plomb atmosphérique dans la région Rabat-Salé dépasse légèrement la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Autre élément, cette fois-ci inquiétant, la contamination en plomb des sédiments du Bouregreg est 40.000 fois plus importante qu’à l’Oudaya. Il convient de rappeler que cette étude à été réalisée il y a presque vingt ans.
Une autre étude menée par le même institut concerne la concentration de plomb dans l’eau (dite) potable. Elle porte sur un ensemble de 3.000 prélèvements réalisés dans les villes de Casablanca, Tanger, Oujda, Nador, Taza et Agadir. Les premiers éléments indiquent qu’il existe une forte corrélation entre les taux en plomb décelés et l’ancienneté des locaux. Ainsi, les villes de Nador, Oujda et Taza connaissent de faibles concentrations en plomb, avec une moyenne de 6,5 microgramme par litre d’eau.
Pour les autres villes, à savoir Casablanca, Tanger et Agadir, la concentration en plomb reste très élevée. En moyenne, la concentration est de 28 microgrammes par litre, et un maximum de 123 microgrammes/litre a été enregistré. Il est à noter que l’OMS recommande une valeur guide de 10 microgrammes par litre.
En ce qui concerne les nappes phréatiques, le niveau de toxicité est certes moindre que celui touchant l’eau potable, avec une concentration généralement inférieure à 6 microgrammes par litre. Néanmoins, il a été décelé, dans certains sites situés aux voisinages des complexes industriels (à l’image de la nappe de Mohammedia) le plomb est présent à raison de 25 microgrammes par litres, et le cadmium à 2 microgrammes.
Cette étude est ancienne mais c'est la seule disponible. Peut-être faudrait-il de nouveau s'inquiéter et effectuer de nouvelles mesures?
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