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ECONOMIE

Maroc et Tunisie, les effets économiques des printemps arabes

Dans son rapport "Maroc et Tunisie: des chemins divergents depuis le Printemps arabe", l’agence de notation Fitch analyse les économies des deux pays qui ont adopté deux modes de transition démocratique différents. Le choix tunisien s’est avéré très coûteux.  

Maroc et Tunisie, les effets économiques des printemps arabes
Jamal Amiar
Le 23 mai 2014 à 10h38 | Modifié 23 mai 2014 à 10h38

L’agence note que "depuis le démarrage du Printemps arabe en janvier 2011, la notation financière de la Tunisie (BB-/perspective négative) a été abaissée de 4 crans au total. En revanche, ajoute Fitch, la notation du Maroc (BBB-/Stable) est restée inchangée".

L’étude tente d’expliciter comment ces évolutions ont pu avoir lieu selon le mode de transition politique choisi dans chacun des pays et son impact sur les performances économiques.

Politique, économie, finances

Avant 2011, note Fitch, un seul cran séparait les notations des deux pays, ceux-ci ayant bénéficié d’une croissance importante pendant les années 2000 due au tourisme et aux secteurs manufacturiers exportateurs. "Les deux pays sont exposés à la conjoncture de la zone euro et la stabilité sociale et politique a prévalu avant le Printemps arabe".

Dans le cas de la Tunisie, Fitch rappelle les mouvements de protestations populaires permanents souvent marqués par la violence et l’instabilité politique illustrée par le passage de 4 premiers ministres en 3 ans à la tête du gouvernement. "Cela a miné la confiance dans l’économie et dans la capacité du pays à se réformer et à financer son double déficit".

A Rabat, "la transition du Maroc vers un système politique plus ouvert s’est faite en douceur" citant la nouvelle constitution de 2011 "qui donne plus de pouvoirs au parlement élu". "Les élections qui ont suivi ajoute Fitch ont amené au pouvoir une coalition dominée par le Parti de la Justice et du Développement et une stabilité politique qui a permis aux autorités de mettre en œuvre des réformes difficiles" illustrées par le dossier des subventions aux produits énergétiques.

La transition politique au Maroc a été facilitée "par une tradition de pluralisme politique, la permanence de la monarchie (avec le Roi Mohammed VI perçu comme un réformateur et légitime parmi la population) et des réformes économiques et sociales qui ont débuté à l’accession du Roi au trône en 1999".

Fitch note que le PIB non-agricole marocain, donc industriel et tertiaire, a cru de plus de 4%/an en moyenne depuis 2011, excepté en 2013, la stabilité ayant permis de soutenir les arrivées de touristes (10 millions en 2013) et d’investissements étrangers.

En Tunisie, le PIB s’est contracté année après année et se situe encore en-dessous de la tendance des années d’avant la révolution. Les investissements étrangers ont reculé et l’inflation a ajouté à l’instabilité. Le PIB non-agricole tunisien s’est contracté de 1,9% en 2011. Les arrivées de touristes, 6 millions en 2013, restent inférieures au chiffre de 2010 avec 7 millions de visiteurs enregistrés.

Cependant, la hausse des prix de l’énergie et la faible croissance économique dans la zone euro ont contribué à une détérioration des comptes publics dans les deux pays. Au Maroc la détérioration a été plus sévère avant de commencer à se réduire en 2013 (5,4% du PIB de déficit budgétaire et 7,5% de déficit des comptes courants) grâce notamment à une réforme fiscale, la bonne performance des nouveaux secteurs exportateurs et des prix de l’énergie moins élevés. En Tunisie, étant donné la sévérité des défis à relever, les déficits (6,5% et 8,4% respectivement) ne commenceront à se résorber qu’en 2014 prévoit Fitch.

Un soutien extérieur important

Les deux pays ont bénéficié de prêts et d’aides publics et privés et bénéficient du soutien du FMI. Au Maroc, la ligne de précaution monétaire et de liquidités de 6,2 milliards de dollars, soit 6% du PNB est un élément-clé de l’agenda des réformes, "mais les autorités n’entendent pas l’utiliser".Tunis, note Fitch, a tiré sur sa ligne de 1,8 milliards de dollars (4% du PNB) et a activé des garanties japonaises et américaines pour émettre des obligations.

Les facteurs structurels sont une faiblesse importante dans les deux pays note Fitch qui ajoute que "la Tunisie est plus développée que le Maroc, comme reflété par le revenu per capita plus important et de meilleurs index Doing Business et de développement humain", des éléments qui expliquent que malgré les troubles politiques et l’instabilité vécue par la Tunisie celle-ci disposait de "réserves" pour pouvoir rebondir ou du moins en a le potentiel. Mais la fragilité des banques publiques tunisiennes est notée.

La qualité des actifs bancaires tunisiens est faible et le secteur a besoin d’une recapitalisation estimée à 3% du PIB. Au Maroc, les banques sont restées relativement solides malgré les pressions de ces dernières années.

Les indicateurs structurels du Maroc et de la Tunisie, dont le PIB per capita, la facilité pour entreprendre (Doing Business Index), l’index de la gouvernance de la Banque mondiale et l’index de développement humain des Nations unies sont conformes avec les médians "BB" et bien plus faibles que les médians "BBB". Le chômage se situe à 15% en Tunisie et à 9% au Maroc et constitue un dossier social clé.

Une dynamique positive à confirmer

Fitch conclut sur la dynamique de la notation financière au Maroc et en Tunisie pour indiquer que celle-ci va dépendre de leur capacité à réduire les déficits. "Une assistance internationale forte soutient les notations", ne manque pas de rappeler l’agence britannique.

S’agissant des perspectives à moyen et long termes, "la rigueur fiscale et budgétaire figure dans le haut de l’agenda politique, et constitue une condition du soutien du FMI". A moyen terme, la dynamique de la notation financière en Tunisie et au Maroc va dépendre de manière cruciale de la capacité de ces pays à reconstituer des marges et des réserves pour pouvoir faire face à d’éventuels chocs. La diversification des partenaires économiques sera un élément clé.

Au Maroc, l’actuelle appréciation de perspective stable anticipe une réduction progressive des déficits jumeaux soutenue par des réformes continues. La poursuite possible du soutien du FMI après l’expiration de l’actuel programme en août 2014 doit pouvoir soutenir la politique de réformes juge Fitch.

Une croissance rapide du PIB soutenue par les investissements directs étrangers, la modernisation de l’agriculture et le développement de nouveaux secteurs dans les services et l’industrie serait appréciée positivement. En revanche, une croissance plus faible que prévu et/ou un engagement moins déterminé sur les réformes serait apprécié négativement.

Pour la Tunisie, l’actuelle appréciation de perspective négative reflète l’incertitude sur la transition politique malgré l’adoption de la constitution, et les faiblesses économiques. La notation tunisienne bénéficiera du déroulement d’élections paisibles et un engagement public à long terme pour mener à bien les réformes et reconstruire les marges et les capacités budgétaires du pays. La recapitalisation et la restructuration des banques publiques seront appréciées positivement.

A moyen terme souligne Fitch, un changement politique vers un régime démocratique stable a le potentiel de pousser la notation du pays à la hausse. Une plus grande légitimité du gouvernement, moins de corruption et  de rentes de situation par devraient aussi accroître la résilience du pays aux chocs économiques et autres, juge l’agence financière britannique.

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Jamal Amiar
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