Grève des transporteurs routiers des ports, les 13 et 14 mai
Dès le 5 mai, les mouvements de débrayages sont décidés. Les transporteurs routiers au port, regroupés au sein de la FNTRP, annoncent une grève pour les 13 et 14 mai prochains. Les représentants des autres secteurs d’activités touchés par cette mesure sont sur le qui-vive.
Les réactions extrêmes commencent. Après le coup de gueule de la CGEM à l’annonce des augmentations prochaines du Smig, voici que ce lundi 5 mai, au soir, la toute nouvelle fédération nationale du transport routier au port, FNTRP, qui fait partie de la Fédération du transport, la FT de la CGEM, manifeste son refus catégorique à la mesure gouvernementale en décidant deux jours de débrayage. La grève est décidée pour les 13 et 14 mai prochains.
Médias 24 a contacté Abdelillah Hifdi, président de la FT pour recueillir son sentiment quant aux augmentations du Smig et c’est d’emblée qu’il lance: «Malheureusement, j’ai une mauvaise nouvelle. Je sors d’une réunion où la FNTRP a décidé de lancer ce mouvement de grève. Je n’ai pas eu d’arguments pour leur faire changer d’avis. Ils sont très remontés», explique-t-il désemparé.
La hausse du Smig a attisé la colère de cette catégorie de transporteurs routiers. «C’est la goutte qui a fait déborder le vase. Leurs revendications n’ont pas été entendues. Dire qu’ils attendent toujours une aire de stationnement dans les enceintes portuaires», déclare-t-il. Et il exprime également ses craintes: «si le mouvement de grève est suivi, je m’inquiète en terme d’approvisionnement notamment en matière de fruits et légumes ».
En soirée, la FNTRP a publié un communiqué explicatif : cette grève n’est qu’un premier avertissement. Les routiers expliquent que la hausse du gasoil a déjà atteint 28,5% entre juin 2012 et avril 2014 et que d’autres hausses du gasoil sont annoncées.
Ils accusent le gouvernement Benkirane de ne pas avoir tenu ses promesses à l’égard du secteur du transport routier et rappellent leurs revendications : l’instauration d’un gasoil professionnel, l’indexation automatique des tarifs de transports sur le prix du gasoil, un allègement fiscal comme mesure compensatoire des hausses du carburant.
Le carburant représente en effet 40% du coup de production dans le secteur.
Le 18 septembre 2013, le gouvernement avait promis un système transparent de répercussion des prix internationaux sur le marché local et des mesures compensatoires au niveau fiscal pour les transporteurs,“ nous explique Abdelilah Hifdi.
A la surprise générale, la Loi de Finances 2014 ne prévoit rien de tout cela. Au contraire, c’est un calendrier de décompensation du carburant qui est annoncé. Un coup dur pour la professionnalisation du secteur où le recours à l’informel pour tirer les prix vers le bas joue un rôle indéniable dans le problème coûteux de l’insécurité.
A l’occasion du 1er mai, le gouvernement enfonce le clou: une hausse du Smig de 10% est annoncée.
De plus, les professionnels dénoncent la concurrence déloyale des transporteurs publics ainsi que leur mariginalisation au niveau de la conception du nouveau plan de circulation de Casablanca.
Plusieurs secteurs s’inquiètent
Les transporteurs routiers ne sont pas le seul secteur qui reçoit de plein fouet la hausse du Smig.
Interrogé par Médias 24 sur le pack social du gouvernement, le président de la FIMME, Abdelhamid Souiri, réplique: «il n’y a pas de pack social !» C’est dit. Avant de poursuivre : «malheureusement, l’augmentation du Smig est arrivée au dernier moment et par surprise. Il n’y a pas eu de discussions durant l’année à ce sujet».
Il souligne par ailleurs: «de nombreuses choses ont été initiées par le patronat comme l’indemnité pour perte d’emploi IPE, la couverture des soins dentaires dans le cadre de l’AMO…Toutefois, des secteurs d’activités économiques vont être pénalisés».
En termes de poids économique, la FIMME regroupe 1.600 entreprises sur les 20.732 opérant dans le secteur. Le nombre de salarié est estimé à 78.000 personnes, pour une production annuelle de l’équivalent de 35 milliards de DH.
«Plus précisément, au niveau du secteur de la métallurgie, la majorité de notre personnel n’est pas constituée de smicards. Les effectifs se constituent de métiers spécialisés. On peut dire qu’il n’y aura pas d’impact fondamental», explique-t-il. Sans omettre de souligner que: «d’autres nombreuses décisions prises par le gouvernement impactent le secteur, pour ne citer que l’affaire Maghreb Steel… Mais là, on s’oriente vers un autre débat…».
Direction, le secteur de l’industrie du cuir. Ici, les réponses sont plus tranchées. «Les répercussions sont importantes, car c’est un secteur grand exploitant de main-d’œuvre. Le plus grand problème est inhérent à la productivité et cela ne va faire que s’accentuer. Surtout maintenant que les hausses du Smig sont imposées», témoigne Mohamed Amaïz, président de la fédération des industries du cuir, la Fedic.
Il ajoute : «d’autres menaces nuisent à la compétitivité du secteur. D’abord, au niveau des activités liées à l’export, le voisin portugais profite d’un certain nombre d’avantages. Le secteur est subventionné par l’Etat et le coût de la main d’œuvre est concurrentiel». Mohamed Amaïz rapporte également «qu’au niveau local, le prix de revient va enregistrer une hausse. Ce qui se traduira par des pertes pour les industries dédiées à l’exportation». La Fédic représente les 350 entreprises du secteur. Elles regroupent 17.000 emplois.
Solutions préconisées? «Des actions sont en cours, nous sommes dans le sillage de celles empruntées par la CGEM. Même la mesure concernant le règlement des crédits TVA est en suspens. Alors que ce n’est même pas une solution. L’Etat ne nous fait pas une faveur», conclut-t-il.
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