John Kerry à Rabat et Alger, l’analyse du Washington Institute
Alors que le secrétaire d’Etat américain John Kerry est attendu en Algérie et au Maroc à compter du 4 avril prochain, le Washington Institute par la plume de la chercheure Vish Sakthivel analyse les enjeux pour Washington, Rabat et Alger.
La visite du chef de la diplomatie américaine d’abord prévue en novembre dernier avait été reportée pour cause de conférence de Genève sur le dossier du nucléaire iranien, rappelle Vish Sakhivel qui indique d’emblée que «le Maroc et l’Algérie ont une importance stratégique pour les Etats-Unis grâce à leur capacité à contrôler l’influence d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI)».
A Alger comme à Rabat, John Kerry doit poursuivre avec ses homologues maghrébins le Dialogue stratégique entamé en 2012 avec les deux pays. «Hormis son appui dans la lutte anti-terroriste, note Sakthivel, le Maroc est relativement stable et a moins d’éléments extrémistes que d’autres Etats de la région».
Outre ses liens éducatifs et culturels avec les Etats-Unis, Sakthivel note que le Roi revient d’une longue tournée en Afrique à un moment «de recul pour ses voisins nord-africains». Rabat et Washington sont également liés par un accord de libre échange commercial depuis 2007. Cette semaine viennent également de s’achever au Maroc les manœuvres militaires African Lion regroupant des troupes américaines, marocaines, africaines et de quelques pays-membres de l’OTAN dont l’Allemagne. Ainsi note Sakthivel, «le Maroc peut rappeler son statut exceptionnel» aux Etats-Unis.
L’instabilité chez ses voisins et la bonne tenue du tourisme et des investissements étrangers au Maroc «ont renforcé l’ambition du Maroc de devenir un leader régional avec de nouvelles intentions envers l’Afrique» note Sakthivel.
Selon Sakthivel,le Dialogue stratégique entre Alger et Washington tout d‘abord traitera de la nécessaire diversification de l’économie algérienne touchée par une baisse de la production énergétique et confrontée à d‘importants problèmes sociaux. Pour réussir la lutte anti-terroriste au Sahara et au Sahel, une Algérie stable est nécessaire pour les intérêts américains qui toutefois dépendent de moins en moins de leurs achats en pétrole et en gaz algérien.
La lutte anti-terroriste, particulièrement au Mali et en Libye, deux pays frontaliers de l’Algérie, figure au menu des échanges algéro-américains. Sur ce dernier point, Sakthivel rapporte que l’Algérie commence à envisager de promouvoir son modèle religieux au Mali mais rajoute que «la perception est que l’Algérie voit le Mali comme un satellite» et que«les Marocains sont considérés «plus sympas» (nicer , dans le texte en anglais) que les Algériens», donc mieux acceptés.
Sakthivel conclut sa réflexion sur quatre considérations supplémentaires :
1. Que le rôle de l’Algérie pourrait être renforcé si les efforts de softpower marocain ne fonctionnent pas à terme dans le domaine religieux, vus les dynamiques extrémistes et le tribalisme.
Sakthivel estime que là où le Maroc conteste l’idéologie d’AQMI, l’Algérie considère Al Qaida comme un groupe criminel. D’où estime-t-elle, «l’approche duale qui offre un bénéfice stratégique aux Etats-Unis dans le combat contre AQMI», «Washington devant continuer de travailler séparément avec les deux pays».
2. La deuxième considération de Vish Sakhivel est relative à l’attaque d’AQMi contre le centre pétrolier d’In Amenas en janvier 2013 qui avait fait des dizaines de morts dont une grande majorité de techniciens européens, américains et asiatiques. «Mais depuis, écrit Sakthivel, l’Algérie a redoublé d’efforts pour sécuriser ses installations et protéger les travailleurs étrangers».
3. «L’administration Obama doit rester attentive au mécontentement croissant en Algérie», écrit Sakthivel. Elle note que la rue gronde, citant les mouvements Barakat et Rafd, et que «les hommes politiques algériens resteront accaparés par l’élection présidentielle du 17 avril prochain au cours des prochaines semaines».
4. «Les challenges de l’administration Obama s’agissant du dossier du Sahara» restent entiers note Sakthivel, rappelant la crise diplomatique entre Rabat et Washington née de l’idée américaine d’élargir les compétences de la Minurso au domaine des droits de l’homme au Sahara.
Mais avec le rôle croissant du CNDH et la récente décision du gouvernement Benkirane de mettre fin au jugement de civils par des tribunaux militaires, Rabat a marqué un ou deux points sur le chapitre de l’Etat de droit.
Le rapport du conseil économique, social et environnemental (CESE) en novembre 2013 sur le développement du Sahara a également marqué un changement de perspective positif.
Une mise en œuvre des recommandations de l’instance de M. Baraka et une date pour les premières élections régionales marocaines devraient faire faire à notre pays d’importants progrès en matière de démocratie locale et d’Etat de droit. Cela constituerait un bon agenda politique pour les prochains mois de 2014 et de 2015.
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