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La dérive sécuritaire à Tanger suscite un malaise grandissant

Pendant 3 jours ce week-end, des incidents graves se sont déroulés en ville : des citoyens qui assiègent un commissariat pour contester une arrestation vendredi, des échanges de coups de feu en plein centre de Béni Makada samedi soir et des manifestations spontanées dimanche après-midi.  

La dérive sécuritaire à Tanger suscite un malaise grandissant
Jamal Amiar
Le 17 mars 2014 à 17h15 | Modifié 17 mars 2014 à 17h15

Ce lundi matin, la quasi-totalité de la presse quotidienne arabophone, Al Massae, As Sabah, Al Khabar et Akhbar al Yaoum notamment, fait sa une sur «la pagaille de Tanger», «la drogue de la mafia prend les armes», les «affrontements sanglants entre la police et les habitants de Tanger» ou «les marchands ambulants attaquent la police à Tanger.»

Les événements les plus graves se sont déroulés samedi soir à partir de 23H à la place Tafilalet et au Bd Moulay Slimane, l’une des principales artères commerçantes de l’arrondissement de Béni Makada. Celui-ci, avec ses quartiers de Bendibane, LallaChafia, Jiraria et Hay Saddam, abrite près de 250.000 habitants, soit le quart de la population tangéroise.

C’est lorsqu’une brigade de police a arrêté un véhicule pour un contrôle dans le cadre d’une enquête sur un trafic de drogue que la situation a dégénéré samedi soir. La police a demandé les papiers du véhicule ainsi que les papiers d’identité du conducteur et qui a refusé. S’en sont suivi des échanges verbaux violents selon des commerçants du quartier ce qui a rameuté des habitants du voisinage et des amis des personnes qui se trouvaient à bord du véhicule.

Les policiers arriveront à mettre le conducteur du véhicule de tourisme dans un fourgon Renault Transit de la police mais la foule estimée à près de 200 personnes empêchera le véhicule de démarrer allant jusqu’à l’immobiliser et le renverser sur la place du Tafilalet.

Entretemps, des dizaines de véhicules de police vont se déployer tout autour de la place et sur le boulevard Moulay Slimane, la police ayant même fait appel au commando d’intervention spécial positionnée à Tanger depuis le braquage du transport de fond de la société G4S du 24 février dernier. Bilan de la soirée : le principal prévenu arrivera à prendre la fuite, les commandos de la police feront usage de leurs armes à feu et 5 policiers seront conduits à l’hôpital régional Mohamed V pour y soigner leurs blessures.

Ces  événements sont intervenus après de graves incidents survenus la veille vendredi près du marché aux puces de Casabarata lorsque la police a attendu la fin de la prière à la mosquée du marché pour interpeller un jeune trafiquant de drogue. Mais aussitôt, une foule importante s’est dirigée vers le commissariat de police du quartier pour y manifester et menacer les forces de l’ordre.

Dimanche enfin, des militants salafistes ont manifesté à Béni Makada toujours pour y défendre «le droit» des marchands ambulants d’occuper l’espace public. Cette fois-ci, les forces de l’ordre se sont fait discrètes, mais pour éviter tout risque, la circulation automobile a été interdite sur une grande partie de Béni Makada pendant l’après-midi et une grande partie de la soirée.

La multiplication de ces incidents qui mettent aux prises forces de l’ordre, militants salafistes, marchands ambulants et jeunes dealers illustrent une franche détérioration de l’ambiance sécuritaire sur Tanger et l’inquiétante défiance à laquelle font face les forces de l’ordre.

Depuis le braquage d’un transport de fonds le 24 février par 4 individus armés qui ont pu subtiliser un butin supérieur à 7 millions de DH et qui courent toujours dans la nature, le malaise est grandissant face à l’incapacité de la police. Le braquage s’était déroulé devant une agence d’Attijariwafa Bank en plein jour sur l’avenue Moulay Abdelaziz très fréquentée, face au lycée Abdelkrim Khattabi. Malgré l’usage d’un hélicoptère pour localiser la voiture des malfrats et l’arrivée à Tanger de limiers de la BNPJ de Rabat et de Casablanca, il n’existe aucune trace des 4 malfrats ni du butin.

La semaine dernière, les informations faisant état du démantèlement d’un important réseau de blanchiment de la drogue entre le Maroc, Paris, Anvers et Dubaï ont également suscité des interrogations sur la prégnance du crime organisé sur Tanger. Selon des sources de la police française citées par l’AP, l’un des "banquiers" du réseau se trouvait à Tanger.

Braquage, trafics de drogue, blanchiment, usage d’armes à feu, réseaux de prostitution qui occupent les halls et les bars de grands hôtels semblent depuis quelques semaines constituer la toile de fond de la vie d’une ville que la police et les citoyens semblent découvrir.

A la mairie de Tanger, on affirme «n’avoir jamais vu ça» en allusion au nombre records d’affaires qui secouent la ville depuis un mois tout en soulignant que «la sécurité est l’affaire de la seule police». Si l’on ajoute à cela les trafics de cigarettes, les réseaux de l’immigration clandestine et les ripoux, Tanger est en bonne voie pour se hisser au niveau de la réputation de villes comme le Marseille d’aujourd’hui ou le Chicago d’hier.

Car à Tanger, des policiers se plaignent de manque de moyens et de «techniques dépassées» et d’autres interlocuteurs rappellent les affaires qui ont secoué la police de la ville avec les procès de 1992-93 qui ont touché des officiers complices de trafiquants de drogue et, plus tard, en 2006 le limogeage du chef de la sécurité royale Aziz Izzou qui avait occupé le poste de commissaire divisionnaire à Tanger. Suite à son limogeage, le commissaire Izzou sera condamné à de la prison ferme en 2008.

Le début des années 90 et les affaires de liens entre autorités, argent de la drogue et élections avait également été marqué à Tanger par le limogeage du commissaire divisionnaire de la police judiciaire et romancier Miloudi Hamdouchi qui avait été considéré «trop curieux» après avoir été nommé à Tanger pour assainir la situation et les rapports entre certains agents des forces de l’ordre et certains citoyens en délicatesse avec la justice.

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Tags : Justice
Jamal Amiar
Le 17 mars 2014 à 17h15

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