“45% des entrepreneurs marocains se sentent menacés par les Aleca”
Pour Hassan Sentissi, Président de l’Asmex, les entreprises exportatrices perçoivent les accords de libre-échange en négociation avec l’Europe de façon négative. L’économie marocaine ne pourra en titrer profit que s’ils sont accompagnés par l’Etat.
Dans un entretient accordé à Médias 24, Hassan Sentissi, président de l’Asmex (Association marocaine des exportateurs), livre le sentiment des entreprises sur les accords de libre-échange avec l’UE.
Vous avez organisé, le 13 février en partenariat avec la Fédération du Commerce et des Services de la CGEM, une rencontre-débat sur l’impact attendu des Aleca. Quel est votre avis et celui des professionnels représentés par l'Asmex sur cet accord?
Au sein de l’Asmex nous considérons que cet accord, si et seulement s’il est accompagné de mesures de convergence réglementaires et d’accompagnement budgétaire, fiscale et autres mesures adéquates, pourra porter l’économie nationale au rang des économies développées et en phase avec les mutations économiques globales.
Il n’y a aucun doute que le partenariat entre le Maroc et l’Union européenne constitue un excellent choix stratégique pour l’avenir économique et social de notre pays. En effet, l’intégration de l’économie marocaine à celle de l’Europe est un objectif que nous poursuivons fermement.
Faut-il rappeler que l’expérience de ce partenariat est aujourd’hui forte de plusieurs étapes : celle de l’accord d’association de 1969 ; celle de la Nouvelle politique de voisinage de 2005 et celle du Statut avancé, dont bénéficie le Maroc depuis 2008.
A l’Asmex, nous sommes pour un accord réaliste qui puisse avoir des chances de s’appliquer et qui n’hypothèque pas les efforts du Maroc de consolidation de son offre exportable. Un accord qui conforte notre engagement loyal dans la liberté du commerce international.
Quel est selon vous les secteurs les plus exposés aux nouvelles règles induites par les Aleca? Et pourquoi?
Tous les secteurs sont exposés aux nouvelles règles induites par les Aleca, d’ailleurs c’est cela le réel défis pour l’économie marocaine, nous devons nous préparer en amont afin d’être au rendez-vous de l’ouverture de notre marché, et en profiter durablement.
Nous enregistrons avec intérêt et soutenons les principes de sélectivité, de progressivité et de co-développement que nos négociateurs défendent comme bases pour le futur accord, mais il ne faudrait pas que les Aleca bloquent nos exportations de services comme le BTP, l’ingénierie, la banque, l’assurance, le transport et le consulting… si le droit d’établissement et la mobilité des personnes ne sont pas favorables.
Les entreprises exportatrices se préparent-elles à ces nouvelles règles? Comment?
Effectivement, les acteurs économiques marocains sont conscients qu’il faut bien se préparer à ces nouvelles règles en adaptant l’offre exportable marocaine aux spécificités européennes. C’est un travail de longue haleine qui attend les exportateurs marocains, car l’enjeu majeur réside dans les barrières non tarifaires, à savoir le verrouillage des marchés européens à travers la multiplication et la complexité des normes obligatoires qui n’excluent d’ailleurs, aucun secteur.
La mise à niveau des PMI exportatrices marocaines en matière de normes techniques, sanitaires et environnementales, doit être soutenue ; les laboratoires certificateurs marocains équipés et reconnus ; et le système normatif marocain étoffé.
C’est pourquoi, la création d’un véritable fonds de convergence s’impose. Il devrait être de gestion publique-privée, moyennant une contribution européenne à la hauteur des défis à relever.
L'Union européenne a fait réaliser une étude d'impact par un bureau d'étude néerlandais. Que pensez-vous des résultats de cette étude? Une étude d'impact indépendante a-t-elle été réalisée du côté marocain ou est-elle envisagée?
L’étude réalisée par l’Union européenne confirme nos craintes vis-à-vis de la profitabilité de cet accord à l’égard de notre économie, et particulièrement nos inquiétudes concernant ses effets sur le secteur des services.
L’étude a révélé, d’une part, que le secteur des services sera le seul où l’accord aura un impact négatif, à raison de deux points de PIB de moins, mais il faut noter que ce secteur constitue quand même près de 60% du PIB marocain. D’autre part, les secteurs sur lesquels l’accord aura des effets positifs, toujours selon l’étude européenne, sont déjà libéralisés tels que le secteur manufacturier, notamment l’exportation automobile, etc.
A ce stade, et en attendant une étude d’impact modulaire marocaine, nous avons effectué un sondage de perception conjointement avec la Fédération du Commerce et des Services de la CGEM proposé à nos membres réciproques, et les résultats parlent d’eux mêmes. Près du 1/3 des chefs d’entreprises ne connaissent pas le contenu des Aleca. Les initiés quand à eux, environ 45%, considèrent les Aleca comme une menace, contre seulement 20% qui y perçoivent une opportunité pour leur entreprise. Donc globalement, les perceptions autour des Aleca sont négatives. C’est pour cette raison que nous ouvrons aujourd’hui le débat en partenariat avec les pouvoirs publics pour sensibiliser les opérateurs et écouter leurs doléances avant d’entamer le prochain round des négociations.
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