Khalid Sekkat, économiste: “La similitude entre pays installe la confiance”
Pour le Marocain Khalid Sekkat, de l’Université Libre de Bruxelles, la proximité culturelle permet de faciliter les échanges économiques. La langue et la religion peuvent lever des obstacles à l’entrée sur certains marchés.
Khalid Sekkat vient de publier une étude sur les flux de capitaux interarabe dans le cadre des travaux de l’Economic Research Forum du Caire, en faisant appel aux chiffres de l’Inter-Arab Investment Guarantee Corporation basé au Koweït. Khalid Sekkat, qui est professeur d'économie à l'Université Libre de Bruxelles, est également l’auteur de d’ouvrages sur les économies marocaine et arabes.
Médias 24 : Dans l’aboutissement des investissements arabes directs, opposez-vous les relations personnelles aux facteurs qui garantissent la bonne fin de ces investissements ?
Khalid Sekkat : Non, facteurs et relations sont complémentaires. Les facteurs qui garantissent la bonne fin concernent les aspects économiques, la stabilité politique et la croissance économique, les aspects infrastructurels et les aspects de gouvernance sur la lutte contre la corruption et le respect du droit de propriété.
Quand il y a des relations personnelles cela complète l’ensemble ; les relations personnelles se substituent à ce qui manque. Entrées et relations sont importantes.
Dans les pays du Sud, le déficit d’information et de confiance peut être réel. Comment le contourne-t-on ?
Un des grands problèmes dans les pays en voie de développement (PVD) en général, c’est le déficit d’information et les questions de confiance. Pour des investissements à long terme, c’est important. La confiance peut aider encore plus dans les PVD, cela jouent entre Arabes mais aussi entre les Arabes et les autres investisseurs.
Vous affirmez que « la similitude entre pays installe la confiance » ? Est-ce le cas au Maghreb ou au niveau des pays membres de la Ligue arabe ?
Ces travaux ont été testés sur le monde entier. La proximité culturelle entre pays développés joue. La proximité culturelle, c’est la langue et la religion par exemple et cela enlève certains obstacles à l’entrée sur certains marchés.
Dans les pays en voie de développement cela joue, mais le problème c’est que ce n’est suffisant lorsque les pays ne sont pas suffisamment démocratiques. Là, ce sont les contacts personnels et les affinités politiques qui jouent. On peut voir ce qui se passe entre Le Caire et certains pays du Golfe en ce moment ou entre Rabat et Amman et le Conseil de coopération du Golfe.
En revanche au Maghreb, l’Algérie est très riche de ses pétrodollars, mais elle n’a jamais investi ailleurs, ou très très peu. Quant à la Libye, elle a beaucoup investi chez les Arabes puis dans les pays africains mais pour des intérêts strictement politiques.
Vous indiquez que les pays arabes investissent plus dans les autres pays arabes et en reçoivent plus d’autres pays arabes. Mais il y a plus d’argent arabe à Genève ou à Londres que dans n’importe quel autre pays arabe.
Vous mettez le doigt sur un point important. C’est une étude sur les investissements directs. Il faut distinguer entre investissements directs et placements. L’étude ne porte pas sur tous les types de mouvements de capitaux.
Qu’est-ce qui oppose ou complète donc vos critères de similitudes et les critères du classement Doing Business ?
Dans les critères du classement Doing Business il y a les aspects d’infrastructure, des aspects juridiques avec le droit de propriété ou la lutte contre la corruption. Pour les similitudes, c’est culturel, en plus des critères de relations personnelles
Quel usage avez-vous fait des sources de l’Inter-Arab Investment Guarantee Corporation ? Quel est le rôle de cet organisme ?
C’est un organisme utile et nécessaire qui assure, pour tous les Etats arabes, leurs investissements et placements à l’étranger. L’organisme existait, on l’a réveillé et il fonctionne. L’Inter-Arab Guarantee Corporation est une source d’information importante sur les investissements et les placements arabes dans le monde, donc dans le monde arabe. Il est basé au Koweït.
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