L'excommunication de Driss Lachgar, un défi pour la démocratie
Après avoir excommunié Driss Lachgar dans une première vidéo diffusée le 27 décembre, le cheikh salafiste Abdelhamid Abou-Naim persiste et signe dans une longue vidéo d’une heure, mise en ligne sur youtube le lundi 30 décembre.
Cette seconde vidéo n’apporte pas grand-chose. Le cheikh semble plutôt rechercher son quart d’heure de gloire. En quelques jours, le nombre de ses fans Facebook a augmenté de 30%, passant à 2.600 fans, ce qui reste modeste.
Un discours truffé de généralités, non structuré, faible, mélangeant insultes, menaces, verbiage et accusations. Comme arguments, il convoque les stéréotypes rabâchés par les harangues fréristes et salafistes un peu partout dans le monde: Driss Lachgar, Abdallah Laroui, Ahmed Assid, Mehdi Ben Barka, Mohamed Abed Jabri, la gauche, les communistes, les laïcs, la presse laïcarde, sont des vendus, des sionistes, des francs-maçons, des salariés des ambassades étrangères, des traîtres vendus à l’étranger, des athées et des apostats, des orientalistes qui exécutent un complot contre l’Islam, contre Dieu et contre son prophète.
Ses collègues de la galaxie salafiste sont bien discrets. Hassan Kettani a exprimé par un post du Facebook, sa condamnation des propos de Driss Lachgar. Abou Hafs (Abdelwahab Rafiki) s’est désolidarisé des propos de Abou-Naïm.
Dans une déclaration à Médias 24, Driss Lachgar avait annoncé qu’il ne saisirait pas la Justice, mais qu’il escomptait bien que le ministre de tutelle et le chef du gouvernement fassent leur travail, car ces agissements tombent sous le coup de la loi.
Les propos mis en cause par le cheikh Abou-Naïm concernent une revendication des femmes ittihadies cautionnée par Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP, et consistant à interdire et criminaliser la polygamie et le mariage des mineures d’un côté et de réviser les dispositions légales sur l’héritage pour les rendre conformes à la Constitution et aux conventions internationales, dans le sens de l’égalité hommes-femmes.
S’exprimant le week end dans le cadre d’un meeting régional de l’USFP, Driss Lachgar est revenu sur l’affaire de l’excommunication. Il a rappelé notamment que tous les citoyens, quels qu’ils soient, ont le droit de débattre des problèmes qui les concerne come l’héritage ou l’égalité hommes-femmes et que ces questions ne sont pas le monopole des hommes de religion. Ce sont des questions qui relèvent de la loi et non de la religion, et donc elles doivent être traitées publiquement et sans esclusive.
Lundi 30 décembre, le bureau politique de l’USFP a consacré la majeure partie de sa réunion périodique à cette question. Il a noté le silence du gouvernement et l’sbence de réaction du parquet et du ministère de la Justice, dirigé par Mostafa Ramid. Des voix ont appelé à la dissolution du MUR (Mouvement pour l’unicité et la réforme, Harakat attawhid wal islah), bras idéologique du PJD sous couvert de prédication. La prédication et la politique doivent être séparés, ont-ils estimé.
De son côté, le PJD se réfugie dans un silence qui traduit son embarras. Son porte-parole le quoitidien Attajdid, a publié une déclaration du vice président du MUR, Moulay Omar Ben Hammad, qui renvoie dos à dos Abou-Naïlm et Lachgar : nous refusons “attatawol“ [un manque de respect irrévérencieux de la part de plus petit que soi] à l’encontre de la religion, s’agissant de la demande d’égalité dans l’héritage ou d’interdiction de la polygamie. Nous refusons également “Attakfir“ [excommunication par cheikh Abou-Naïm].
Le même quotidien reprend une mise au point de Mokrie Abou Zaid Al Idrissi, député PJD, qui avait accusé les amazighs du Souss d’être avares, lors d’une conférence dans un pays de Golfe, reprenant une blague dans ce sens. Le député PJD parle de lapsus, mettant en avant ce qu’il appelle son amitié et sa considération à l’égard des soussis.
Ce mercredi matin, Attajdid fait été de menaces de mort reçues par Mokrie Abou Zaid sur son téléphone portable.
Latefa Ahrar et 2M aussi
Le PJD et la sphère frériste sont moins discrets sur l’ordre moral. La diffusion par 2M dimanche d’un film (Al Mansiyoun, les oubliés) qui comporte des scènes accusées d’être attentatoires aux bonnes mœurs, a été dénoncée de tous côtés. La réponse de 2M, publiée par un confrère, est claire : nous n’avons d’obligations que de respecter la loi, la cahier des charges et les décisions de la Haca.
Toujours sur 2M, une prestation de Latefa Ahrar, qui remonte à fin novembre, a refait surface par la magie des réseaux sociaux et celle-ci s’est vue accuser de se moquer du Coran. Une accusation [infondée] tellement grave et porteuse de menaces potentielles, que l’intéressée s’est sentie obligée de se justifier en déclarant à un portail qu’elle faisait ses cinq prières quotidiennes.
Ces différentes polémiques et surtout celle lancée par Abou-Naïm, ne doivent pas être prises à la légère.
Elles interpellent le PJD d’abord en tant que parti de référence au gouvernement et détenteur du portefeuille de la Justice: le parquet ouvrira-t-il une instruction concernant ces vidéos qui tombent sous le coup de la loi?
Elles interpellent ensuite l’ensemble de la classe politique:
-ne faut-il pas séparer prédication religieuse et action politique?
-sur n’importe quel sujet, mais davantage encore sur les sujets relevant de la sphère privée, faut-il se référer à la Constitution ou à la charia? Si c’est le deuxième point, de quelle charia parle-t-on, celle de Cheikh Abou-Naïm ou une autre? Car la charia de Cheikh Abou-Naïm est une construction humaine, ce que l’on oublie volontiers lorsqu’on veut maintenir une tunique de Nessus au dessus de la société.
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