Les capitaux étrangers à l'assaut du marché immobilier espagnol
Au beau milieu du quartier très chic de Madrid, le majestueux bâtiment à la façade de style Mudejar du centre commercial ABC Serrano et un symbole de la tradition architecturale du pays. Mais il n'est plus espagnol.
Comme de nombreux autres édifices prestigieux, magasins, bureaux ou appartements en Espagne, il a été acheté par l'un des fonds étrangers qui reviennent dans le pays, après avoir fui l'explosion de la bulle immobilière en 2008 qui a précipité la crise. « Depuis l'été, il y a une fièvre des investissements en Espagne », affirme Jose Luis Ruiz, un consultant indépendant de vente immobilière. « Il y a des dizaines de fonds d'investissement de tous les grands pays, comme les Américains, les Allemands et les Britanniques, qui se concentrent sur l'Espagne », dit-il. Avec sa coupole et couverts d'azuleros, l'immeuble ABC Serrano abritait le siège du journal ABC, l'un des principaux journaux conservateurs du pays. « Avec les années, il est devenu obsolète mais il jouit d'un emplacement unique », explique à l'AFP Thierry Julienne, président de IBA Capital Partners, le fond d'investissement qui a acheté l'immeuble.
Les investissements dans l'immobilier en Espagne sont revenus à ses niveaux d'avant la crise immobilière de 2008. En 2013, ils ont doublé pour atteindre quatre milliards d'euros, grâce aux investisseurs étrangers, selon un rapport de la société immobilière CBRE, dont le siège est à Los Angeles. Ces fonds proviennent principalement des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de France, ainsi que de riches investisseurs privés d'Amérique latine. « Beaucoup d'investisseurs, principalement étrangers, reviennent sur le marché ou entrent sur le marché pour la première fois, et cela provoque une petite correction des prix », explique Mikel Marco-Gardoqui, le directeur de la CBRE chargé des investissements étrangers. Après avoir enregistré une chute de 37% en moyenne depuis la mi-2007, les prix immobiliers en Espagne ont progressé pour la première fois depuis 2010 sur la période juillet-septembre. Le prix des logements neufs et anciens ont augmenté en moyenne de 0,7% au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent.
Dans le secteur résidentiel, « il y a un grande nombre d'étrangers -Français, Belges, Hollandais, Anglais, Allemands et dernière des Russes- qui souhaitent posséder une maison ici pour leur retraite ou pour avoir une résidence secondaire », explique Mikel Marco-Gardoqui. Des Marocains de classe moyenne acquièrent des maisons à Malaga et « les Français achètent comme des fous sur la Costa Brava », la côte du nord-est du pays, renchérit Fernando Encinar, l'un des fondateurs d'Idealista, premier site Internet d'annonces immobilières en Espagne.
Autre profil type, la « veuve russe » qui s'installe avec ses enfants pendant que le mari continue de travailler en Russie, ajoute-t-il. Selon les chiffres du gouvernement, le nombre de maisons vendues en Espagne entre octobre 2012 et septembre 2013 a augmenté de 1,4% par rapport à l'année antérieure. Ce redressement est brandi par ceux qui veulent voir une reprise en Espagne, sortie timidement de deux ans de récession au troisième trimestre. Mais les professionnels du secteur restent prudents. Les banques, dont certaines ont dû recevoir une aide européenne de 41,3 milliards d'euros, accumulent un taux de créances douteuses de 13%, soit un record absolu en 50 ans. Or une grande partie de ces créances sont des crédits de promoteurs et de particuliers risquant de ne pas être remboursés et les banques ont toujours sur les bras des stocks immobiliers invendus.
La hausse du prix du logement « est un chiffre positif, évidemment », souligne Carlos Ferrer-Bonsoms, le directeur à Madrid du groupe international Jones Lang LaSalle. « En même temps, les gens se demandent comment c'est possible » alors qu'on « a parallèlement des informations qui nous disent le contraire, comme le temps que va mettre le secteur bancaire pour se défaire du stock qu'il a », poursuit-il.
Quelque 1,5 million de logements restent invendus sur le marché, selon Fernando Encinar, qui doute d'un redressement solide du secteur à court terme. « Vu l'état de l'Espagne, les investissements étrangers sont notre seul salut. Car il semble très difficile que nous puissions nous en sortir par nous-mêmes », dit Ruiz.
(Avec AFP)
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