Radioscopie: syndicats, émiettement et hommes providentiels
A l’occasion de la réélection de Noubir Amaoui à la tête de la Confédération démocratique du travail (CDT), un tour d’horizon des principaux syndicats nationaux et des hommes qui représentent les intérêts des travailleurs marocains s’impose.
Avec la réélection du secrétaire général de la CDT, se pose avec force actualité la question de savoir à quoi servent encore nos syndicats.
Si au Maroc, ils sont plus de 30, il faut noter que les organisations réellement représentatives ne sont qu’au nombre de 5 et que la prolifération syndicale adossée à un interventionnisme politique a fini par brouiller toute visibilité de son action.
CDT, le trublion de gauche
En 1978, l'USFP décide de créer sa propre centrale syndicale appelée Confédération démocratique du Travailet Noubir Amaoui est élu secrétaire général de la CDT.
La grève générale de 1981 lui donnera une grande crédibilité malgré le coût politique et humain que paiera le Maroc et la dotera d'une légitimité qui confirmera sa place.
A la suite du printemps arabeet de la révision constitutionnelle de 2011, le SG de la CDT appelle au boycott du référendum constitutionnel et après 35 ans à la tête de cette centrale, Noubir Amaoui fait de nouveau l’actualité en se représentant seul une énième fois à la tête de son syndicat.
Un des dirigeants de ce syndicat, M. Zahir nous assure pourtant que c’est seulement sur l’insistance des congressistes que le SG a bien voulu rempiler pour un nouveau mandat.
Devant une telle longévité, Il faut croire que le pouvoir n’use pas mais l’exemple de Mahjoub Benseddik resté plus de 50 ans à la tête de l’UMT a peut-être ouvert des vocations.
UMT, la vieille dame du syndicalisme
L’UMT est le premier syndicat créé au Maroc qui a donné naissance à tous les grands mouvements syndicalistes marocains.
Selon l’un des secrétaires nationaux de l’UMT, M. El Ouafi, «la multiplication des syndicats fait du mal à l’action syndicale au Maroc» et il est vrai qu’avec plus de 30 organisations syndicales, on ne sait plus qui représente qui.
Il poursuit avec dépit que «la balkanisation du champ syndical est caricaturale voire ridicule et qu’elle est le fruit de l’émiettement du champ politique marocain qui compte autant de partis que de syndicats».
L’UMT semble avoir compris la leçon et a décidé, depuis 1978, de couper ses liens directs avec les partis politiques (l’Istiqlal en 1955 puis l’UNFP en 1959).Le syndicat est dirigé depuis 2010 par Miloudi Moukharik pour redonner du lustre au plus grand syndicat marocain (320.000 cotisants sur 820.000 membres, chifffres UMT) malgré les scissions à répétition dont celle de la CDT.
UGTM-Istiqlal, un même secrétaire général
Le propre d’un syndicat est de défendre les droits matériels de ses adhérents et s’il est souvent l’émanation d’un parti politique, il est toutefois censé rester indépendant politiquement de celui-ci.
Dans notre pays, Il faut croire que cela n’a jamais été le cas et l’exemple le plus flagrant est celui de l’Union générale des travailleurs marocains.
Jamais un secrétaire général d’un syndicat, UGTM en l’occurrence, n’a été en même temps SG d’un parti politique, l’Istiqlal plus précisément, et pourtant Hamid Chabat porte ces deux casquettes allègrement et sans complexes.
Ce mélange des genres constitue un précédent dans l’histoire politique et syndicale du Maroc et est dénoncé par les adversaires de Chabat mais aussi par les amateurs de simple logique politique.
Ce syndicat qui revendique 300.000 adhérents salariés et ouvriers est le fruit de la scission de l’Union Marocaine du Travail en 1960.
L’UNTM, le bras armé du PJD
L’Union nationale du travail au Maroc qui fête ses 40 ans est en quelque sorte un nouveau venu sur la scène syndicale car s’il est né en 1973 sous la houlette du Dr.Abdelkrim Khatib, cette formation syndicale n’a pris son envol qu’au milieu des années 2000 etrevendique désormais une place non négligeable dans l’Education nationale et chez les agriculteurs.
Son poids est la garantie pour Abdelilah Benkirane d’avoir une relative paix sociale en ces temps de grogne syndicale grâce à Mohamed Yatim, SG de l’UNMT qui a offert au Chef du gouvernement une tribune syndicale.
Selon les statuts du syndicat, les jours de Mohamed Yatim à la tête de l'UNTM sont comptés car après deux mandats à sa tête, il ne pourra plus briguer un troisième lors du futur congrès prévu en 2014.
C’est le directeur de cabinet d’Abdelilah Benkirane qui est pressenti pour succéder à ce dernier.
Tout comme ses prédécesseurs, ce syndicat n’est pas simplement inféodé au PJD dont il se veut le bras syndical mais également au diktat du Mouvement unicité et réforme?(MUR),?matrice idéologique du PJD.
La FDT, sous tutelle
La Fédération démocratique du travail (FDT) créée en 2003 est un bon exemple des liaisons dangereuses entre partis politiques etsyndicats.
L’ex-bras droit du patron de la FDT qui s’était présenté au poste de SG du syndicat en prônant l’abandon de la tutelle de l’USFP avait vu tous ses soutiens le lâcher.
Le patron de l’USFP de l’époque Abdelouahed Radi avait pesé de tout son poids pour contrecarrer avec succès les ambitions de ce prétendant partisan de l’indépendance du syndicat vis-à-vis de la direction du parti.
Il faut rappeler que la FDT est la troisième force syndicale dans le secteur privé, après l’UMT?et?la?CDT?et?la deuxième dans la fonction publique après la CDT.?
Partis-syndicats : Des relations improductives
Oser remettre en cause les relations entre syndicat et parti n’est pas un exercice de tout repos.
Partis et syndicats ont toujours cohabité et en général ce sont les partis qui ont toujours contrôlé les syndicats même si la CDT a inauguré une première après sa rupture avec l’USFP en créant son propre parti le Congrès national Ittihadi (CNI).
Entre 1990 et 2000, il faut noter la création d’un syndicat par an avec un résultat qui ne s’est pas fait attendre au niveau des élections professionnelles. Ainsi en 2009, 65% des sièges dans le secteur privé à pourvoir ont été remportés par des délégués sans attaches syndicales.
La création d’un syndicat suit immédiatement celle d’un parti politiqueet si certains appellent cela du pluralisme syndical, le bon sens pencherait plutôt pour un émiettement du champ syndical car dans le berceau du syndicalisme européen, lesaccointances entre partis et syndicats ne sont plus que de lointains souvenirs.
Le champ syndical se démocratise et s’émiette. Mais à l’intérieur des syndicats, comme le montrent les exemples de la CDT et de l’UMT, on croit toujours à l’homme providentiel.
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