Le bitcoin aux anges après une onction des autorités
Bulle spéculative ou monnaie du futur, la valeur du bitcoin a flambé mardi après que des représentants des autorités américaines ont semblé donner leur onction à cette devise virtuelle pourtant soupçonnée d'être l'outil de pratiques frauduleuses.
Le bitcoin, monnaie électronique prisée des férus d'internet qui a fait parler d'elle lors de transactions illicites, a touché pour la première fois la barre des 900 dollars mardi sur les sites d'échanges spécialisés. Hautement volatile, elle s'échangeait quelques heures plus tard autour de 700 dollars, selon la plateforme Mt GOX qui gère une large part des échanges de bitcoins. Début avril, elle ne valait que… 200 dollars. Au cours d'une audition au Sénat, « la perception du bitcoin a été beaucoup plus positive que ce à quoi s'attendait le marché », a expliqué à l'AFP Steve Hanke, professeur d'économie appliquée à l'université Johns Hopkins de Baltimore.
Dans un courrier à la commission de la Sécurité intérieure du Sénat, le patron de la Banque centrale américaine (Fed) Ben Bernanke a en effet clairement salué les potentiels de cette monnaie. Il a estimé que si des innovations de ce type pouvaient « comporter des risques liés à la fraude », « elles pouvaient aussi être prometteuses à long terme », en faisant la promotion « d'un système de paiement plus rapide, plus sécurisé et plus efficace ».
Né après la crise financière de l'invention d'un mystérieux informaticien caché sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le bitcoin est à la fois une devise émise par un code informatique et un système de paiement sans structure centralisée. Ce type de devise « est attrayant parce qu'il procure des moyens bon marché, pratiques et efficaces de transférer de l'argent », a souligné Mythili Raman, du département de la Justice américaine, devant le Sénat. « La forte demande pour le bitcoin a été motivée par les exigences que font peser les réglementations », assure pour sa part Steve Hanke, soulignant que certaines grandes banques refusent aujourd'hui de faire d'importants transferts internationaux très réglementés.
Alternative au transfert d'argent
Grâce à son anonymat et son absence de frais de commission, le bitcoin devient « une alternative légitime pour transférer de l'argent et un moyen de paiement de plus en plus viable », affirme M. Hanke. La valeur du bitcoin pourrait aussi être alimentée à l'avenir par l'appétit de la Chine, « parce que les Chinois sont des épargnants et de plus en plus de gens voient le bitcoin comme un moyen d'investir leur argent », avait expliqué à l'AFP à Singapour Linke Yang, vice-président de BTC China, plus grosse plate-forme de bitcoins en Chine. A la mi-novembre, le prix du bitcoin sur BTC avait ainsi plus que quadruplé en un mois, pour atteindre 400 dollars.
Si l'usage du bitcoin ne tombe pas sous la surveillance de la Banque centrale parce qu'il n'est pas émis par une banque, cela risque de ne pas durer. Une récente étude d'un chercheur de l'antenne de la Fed à Chicago promet que « s'il est adopté en masse, il est improbable » que le bitcoin « reste libre de toute intervention gouvernementale parce que son code et son réseau sont opaques et vulnérables ». Ce chercheur de la Fed, François Velde, souligne aussi que la nouvelle monnaie « est un concept remarquable et une prouesse technique qui pourraient bien être utilisées par les institutions financières elles-mêmes (pouvant créer leurs propres bitcoins), voire par les gouvernements eux-mêmes ». « Si le bitcoin grandit et devient compétitif, il tombera sous le coup des autorités qui essayeront de le réglementer », acquiesce M Hanke.
Mais comme le montre l'amplitude de la variation de sa valeur en une seule journée, la nouvelle monnaie est risquée et fait encore l'objet de beaucoup de spéculation à court terme. En avril, le bitcoin avait subi un premier mini-krach, sa valeur étant divisée par quatre en deux jours. « Son prix élevé va attirer les concurrents et si c'est un concurrent crédible qui apparaît, son prix pourrait alors dégringoler », prévient M Hanke.
(Avec AFP)
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