Darija. Abdallah Laroui : «c’est l’unité du Maroc qui est visée»
Le grand Abdallah Laroui, icône de la pensée et du rationalisme marocain, sort de sa tour d’ivoire pour défendre la langue arabe et s’opposer à une utilisation plus avancée de la darija comme langue d’enseignement.
Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de lire une interview de Abdallah Laroui. Notre penseur national, connu bien au-delà des frontières, sort rarement de sa tour d’ivoire. Il a la réputation de quelqu’un qui pèse ses mots et qui produit une réflexion scientifique pertinente.
Il a publié des ouvrages de référence et ses travaux sur l’idéologie arabe contemporaine ont marqué notre temps et la réflexion de nos contemporains, jusqu’en orient.
Ce mercredi matin donc, 20 novembre 2013, Abdallah Laroui himself apporte aux défenseurs de la langue arabe classique (fus’ha) dans l’enseignement, une caution scientifique et un renfort inespéré et de taille.
Dans une interview publiée par le quotidien Al-Ahdath Al-Maghribia, Abdallalh Laroui accuse : «L’enseignement en darija a pour objectif de miner l’unité nationale».
La publication de l’interview est étalée sur trois jours à compter de ce mercredi. Nous rapportons ici un compte rendu de ce qui nous paraît essentiel dans la première partie :
-Je suis sorti de ma tour d’ivoire car je vois bien les finalités de cette proposition d’enseigner en darija, qui consistent à miner l’unité nationale.
-Une telle option ne sera pas appliquée, ses conséquences seront contraires aux effets escomptés, elle est basée sur une grande confusion.
-L’écrit est différent de l’oral, il est indispensable. [Laroui s’exprime ici comme si la darija n’était qu’une langue de l’oralité et ne peut aller plus loin. Et notamment que la darija n’est pas capable de véhiculer l’apprentissage].
-Le rôle de l’école ne consiste pas à apprendre à l’enfant la langue qu’il parle chez lui.
-Au Maroc et au cours des premières années, l’enseignant s’adresse bien à l’élève en darija. Pour lui apprendre la lecture, les lettres, les chiffres, le calcul. Cette méthode existe dans les écoles marocaines et je ne vois pas de partie qui la combatte.
-Si nous maintenons un enseignement en darija pure, eh bien lorsque cet enfant aura huit ans, il saura effectuer les additions et les soustractions en darija, comme l’épicier. Et saura s’exprimer, parler de lui-même, dans sa propre langue. Alors qu’il le ferait mieux en langue arabe [allusion à la fus’ha].
-A l’âge de 12 ans, et si nous avons entretemps poursuivi notre enseignement en darija, l’enfant n’aura aucune relation avec l’arabe écrit et ses textes. Pour le coran, par exemple, il va ânonner des versets sans en comprendre le sens, comme on le voit en Indonésie et en Malaisie.
-Nous aurons donc un problème insurmontable au moment où nous voudrons apprendre à l’enfant la littérature et la création. Il n’y aura presque pas de textes à lui enseigner, et même s’il y en avait, comme la poésie en darija, il est impossible de la comprendre sans des références au contexte arabe, à la littérature arabe.
-Il faudrait au moins 100 ans pour que la darija devienne une langue à part entière, avec ses propres textes littéraires et capable d’être une langue d’enseignement et de culture. Et entretemps, nos contemporains en Orient auront effectué de grandes avancées alors que nous, nous nous serions consacrés à servir la darija…
Nous vous tiendrons au courant du contenu des deux autres parties de l’interview. Les propos publiés dans la première partie appellent certes des commentaires, voire des critiques, mais nous attendrons de lire l'intégralité de l'interview avant de vous proposer une réaction.
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