Lait : soupçons d’entente sur les prix
Le Conseil de la concurrence relève deux indices qui font penser à une entente sur les prix entre les industriels du lait. Ces derniers se mettraient d’accord en secret au détriment des clients. Le gouvernement poursuit les recherches pour en savoir plus.
« L’augmentation du prix du lait est-elle réglementaire?» C’est la question à laquelle le Conseil de la concurrence a été invité à répondre, sur saisine du ministère chargé des Affaires générales et de la Gouvernance en septembre dernier.
L’augmentation du prix du lait est conforme à la réglementation. Le secteur est en effet libéralisé depuis 1993. C’est l’offre et la demande qui définissent les prix.
Des pratiques anticoncurrentielles
Cependant le Conseil estime que le marché connaît des agissements anticoncurrentiels. «Il est anormal que le prix de ce produit soit uniforme, alors qu’il est libre, qu’il peut théoriquement aller du simple au double», se consterne une source informée qui a répondu aux questions de Médias 24.
«C’est une anomalie qui est spécifique au Maroc», constate notre source. Il y a 17 opérateurs, «et régulièrement, ils s’alignent sur la même hausse, toujours», accuse notre source.
Le rapport préliminaire du Conseil de la concurrence a identifié un certain nombre d’indices quant à une concertation entre les différents acteurs, dont deux sont jugés frappants.
D’abord, l’opérateur historique, en l’occurrence Centrale Laitière, occupe une position dominante, donc dès qu’il décide d’une augmentation du prix, les autres concurrents le suivent automatiquement. C’est ce qui fait que le prix est uniforme. Ce qui est anormal dans une économie de marché. Il s’agit du 1er indice.
Les opérateurs modifient les prix simultanément
La 2ème c’est qu’il y a eu une coordination dans le timing puisque la décision d’augmenter le prix du lait s’est opérée dans une période rapprochée.
De surcroît, les opérateurs justifient la hausse du prix par l’augmentation du prix des intrants, principalement celui des aliments composés. Alors que cette augmentation s’est opérée en 2008 et non pas aujourd’hui.
Il faut signaler, entre autres, que l’offre est inférieure à la demande, elle s’accroît, certes mais demeure insuffisante. Elle ne couvre que 90% du marché
Mais les indices ne sont pas des preuves matérielles irréfutables. Ils doivent, en effet, être étayés par des documents, des PV, des données statistiques, etc. Le Conseil de la concurrence ne les pas obtenus puisqu’en l’état actuel, il n’a pas le pouvoir d’enquête.
Etiqueter les prix de vente publics sur l’emballage, une recommandation capitale
Vu les anomalies, le Conseil a donc émis des recommandations qu’il a soumis au Chef du gouvernement, pour améliorer le fonctionnement de la structure du marché afin de le rendre plus concurrentiel.
Parmi elles, celle d’imposer aux producteurs de lait d’étiqueter le prix sur le produit lui-même.
« Cela parait simple, mais c’est très important», soutient notre source. Cela donne au consommateur le pouvoir de décider et non aux commerçants de détail. En sus, si un opérateur affiche «3,20 DH» et son concurrent «3,10», la concurrence est stimulée.
Le gouvernement mène actuellement une enquête terrain
Le Conseil a sollicité la direction de la concurrence et du prix qui relève du ministère délégué auprès du gouvernement chargé de la Gouvernance.
Et cela, afin de diligenter une enquête complémentaire approfondie pour affirmer ou infirmer les conclusions du rapport préliminaire. Cette direction dispose du pouvoir d’enquête et donc l’inspection sur la véracité des indices auprès des différents acteurs.
Un dossier réalisé en urgence
En moyenne, le rapport préliminaire d’un dossier s’élabore en 6 mois. Concernant le dossier sur l’augmentation du prix du lait, le rapport a été produit par deux rapporteurs qui l’ont instruit en un mois.
Cette durée limitée trouve sa source dans deux raisons. La 1ère réside dans l’urgence du dossier relative à l'impact du produit en question. Il fallait donc une réponse dans les plus brefs délais. La seconde est relative au mandat du présent conseil qui s’est achevé le 13 octobre. «Autrement, le conseil aurait utilisé une durée plus longue pour cette enquête préliminaire», précise notre source. Et d’ajouter : « dans d’autres pays, les études concurrentielles sur le secteur du lait peut prendre de 2 à 4 ans. Réunir des preuves sur un secteur aussi important où plusieurs acteurs opèrent nécessite une durée considérable. »
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