Cambodge: perpétuité requise contre deux hauts dirigeants khmers rouges
Les procureurs du tribunal international de Phnom Penh ont requis lundi la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité contre les deux plus hauts dirigeants khmers rouges encore en vie.
L’idéologue du régime Nuon Chea, 87 ans, et le chef de l’Etat du «Kampuchéa démocratique» Khieu Samphan, 82 ans, sont poursuivis pour leur responsabilité dans une machine totalitaire qui a fait, entre 1975 et 1979, quelque deux millions de morts, d’épuisement, de faim, sous la torture ou dans des exécutions sommaires.
L’accusation demande «de punir les accusés Nuon Chea et Khieu Samphan de l’emprisonnement à vie, qui est la seule peine qu’ils méritent», a déclaré la co-procureur Chea Leang.
«Aujourd’hui, au nom du peuple cambodgien et de la communauté internationale, nous demandons justice, justice pour les victimes qui ont péri et justice pour les victimes qui ont survécu à un régime cruel et malveillant sous la direction de ces deux accusés et d’autres dirigeants», a-t-elle ajouté.
Lors de trois journées de réquisitoire commencé la semaine dernière, les deux co-procureurs ont décrit implacablement le rôle selon eux «primordial» des deux accusés dans les atrocités du régime de Pol Pot, qui a «déshumanisé» des habitants devenus «esclaves».
Dans le but d’obtenir au moins un verdict avant la mort des accusés octogénaires, la procédure pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide a été découpée.
Ce premier «mini-procès» se concentre sur les «crimes contre l’humanité» qu’ont constitué les déplacements forcés de population lors de l’évacuation des villes.
Lors de l’une des plus grandes migrations forcées de l’Histoire moderne, la capitale Phnom Penh avait notamment été vidée de ses deux millions d’habitants obligés d’aller travailler dans des fermes collectivistes, en application de l’utopie marxiste des Khmers rouges de créer une société agraire, sans monnaie ni citadins.
Malgré le découpage de la procédure, le tribunal, très critiqué pour ses lenteurs, a perdu deux des quatre accusés jugés au départ lors ce procès commencé en 2011.
L’ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary est décédé en mars, à 87 ans, et sa femme, l’ex-ministre des Affaires sociales Ieng Thirith, a été libérée pour démence.
Depuis sa création en 2006, le tribunal, en pleine crise financière, n’a rendu qu’un seul verdict: la perpétuité pour «Douch», chef de la prison de Tuol Sleng à Phnom Penh, où 15.000 personnes ont été torturées avant d’être exécutées.
(Par AFP)
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