Colloque sur l'éducation : les participants dressent un tableau noir, mais les solutions existent
Les intervenants ont fait le tour des problèmes à l’origine d’un système d’éducation de bien piètre qualité. Toutefois, les nouvelles technologies et des expériences originales montrent qu’il n’y a pas de fatalité dans l’échec.
Au cours du Colloque international sur l'éducation qui s'est tenu les 4 et 5 octobre à Casablanca, on aura beaucoup parlé de la hache de guerre entre l’enseignement public et privé. Les Marocains sont bien placés pour savoir que le secteur privé a pris l’ascendant sur l’enseignement public. Nos concitoyens ont perdu toute confiance dans l’Education nationale et doivent souvent se saigner aux quatre veines pour éduquer leurs enfants dans de bonnes conditions en payant le prix fort. Il suffit de jeter un coup d’œil aux établissements publics pour comprendre le désarroi des parents.
Classes de cours surpeuplées, absence de chauffage voire de toilettes et la liste est encore bien longue. L’enseignement public en milieu urbain est sclérosé alors que dire des salles de classes en milieu rural qui ressemblent le plus souvent à des huttes sans eau ni électricité ?
Le boom de l’enseignement privé a donc encore de beaux jours devant lui si l’EN reste amorphe comme c’est le cas depuis plus de trente ans. N’oublions pas que les écoles privées et publiques n’obéissent pas à la même logique économique.
Les unes sont à but lucratif et les secondes sont d’utilité publique. Il faut préciser que l’écrasante majorité de la population ne peut choisir le secteur privé car elle n’a pas les moyens de financer un enseignement de meilleure facture. Les citoyens de ce pays qui sont tous assujettis à des impôts sont en droit d’attendre et même d’exiger un enseignement de qualité pour leur progéniture.
Un plan d’urgence doit être déclenché rapidement
La responsabilité du ministère de l’Education nationale est engagée car son inaction est lourde de conséquences. Un plan d’urgence à très court terme doit régler le problème vital des constructions et de la modernisation des équipements ainsi que des conditions de travail des enseignants.
Une solution débattue pourrait contribuer à faire des progrès conséquents dans l’apprentissage scolaire. Le «digital learning» est une méthode qui donne accès au savoir d’une manière originale. Il s’agit d’équiper chaque enfant d’un ordinateur connecté à un «cloud» de connaissances, banque de matières scolaires, et de mettre en place un suivi humain pour l’encadrer. De cette façon les écoliers même en plein désert, ne seront plus enclavés et seront réactifs aux programmes scolaires en temps réel. Pour peu que l’Etat allié à des mécènes finance les équipements informatiques (PC ou tablettes) et une connexion internet, ce nouveau type d’enseignement alternatif présente l’avantage d’être bon marché et efficace.
La société civile réunie en conclave a beaucoup pointé la défaillance chronique du rôle de l’Etat mais propose dans le même temps des initiatives novatrices pour y remédier. Pour exemple, Leila Benhima Chérif, présidente de l’association «L’heure joyeuse» expose des taux de réussite scolaire de ses petits protégés qui doivent faire pâlir d’envie les stratèges de l’EN et nous laissent rêveurs. L’Etat se doit de signer des conventions avec les acteurs de la société civile et surtout les appliquer pour mettre en commun leurs acquis. L’heure des débats stériles est révolue et il faut arrêter de se «tirer dans les pattes».
En off, un ex-ministre de l’EN nous affirmait que son prédécesseur clamait avant son départ qu’il n’était pas question que ses successeurs récoltent le fruit de son travail. Très édifiant quand on sait que la cohésion politique est primordiale pour pallier à ce chantier national toujours reporté aux calendes grecques.
Des exemples encourageants : Delassus et BMCE
Plusieurs chefs d’entreprises présents ont pris le taureau par les cornes en prenant en charge l’éducation des enfants de leurs employés. C’est le cas de la BMCE qui a mis en place Medersat.com ou le groupe Delassus qui a créé Sanady. Soutien scolaire ou mise à disposition d’infrastructures équipées, ces entrepreneurs ont compris que plus qu’une dépense, c’est un investissement dont ils seront les premiers bénéficiaires
L’heure n’est plus au constat aussi amer soit-il, car nous sommes tous embarqués sur le même rafiot de fortune et ce qui importe c’est l’avenir de nos enfants. Il n’y a pas de fatalité, et la qualité de l’enseignement n’est pas un luxe mais un droit constitutionnel.
La leçon à retenir de ce colloque est qu’hormis le fait qu’il a eu le mérite d’exister, il faut qu’il soit suivi d’effets. Karim Zaz, membre du comité d’organisation et éminent capitaine d’industrie, nous révèle qu’un livre blanc va être rédigé et communiqué aux acteurs et décisionnaires de l’EN.
Gageons que le futur ministre de l’Education nationale aura du «pain sur la planche» et qu’il est attendu au tournant par tous les intervenants de ce colloque et bonne nouvelle par le Roi en personne. Pour transformer cet essai, un seul crédo : du courage politique.
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