A Alep, des bénévoles formés pour agir en cas d'attaque chimique
Devant un tableau noir, une craie bleu ciel à la main, Mohammad Zayed, étudiant en chimie reconverti en enseignant, prépare à Alep des civils à intervenir auprès de la population en cas d’attaque chimique du régime syrien.
«Le régime a du gaz sarin, du gaz VX et du gaz moutarde. S’il s’agit de sarin, il faut ouvrir les fenêtres des habitations pour aérer, c’est un gaz très létal mais qui se disperse rapidement», explique ce Syrien de 21 ans.
«Le VX est plus dangereux, on ne peut se défaire de la tenue de protection à aucun moment car il pénétré non seulement par les voies respiratoires mais aussi par la peau et les yeux», ajoute-t-il.
Les cours pour la trentaine de bénévoles sont quotidiens dans une ancienne école d’Alep, la grande métropole du nord du pays.
Le gaz sarin est un puissant gaz neurotoxique mortel, inodore et invisible. Le VX est un dérivé du sarin encore plus puissant et le gaz moutarde un gaz de combat asphyxiant.
Le 21 août près de Damas, dans la région de la Ghouta, une attaque à l’arme chimique a fait plus de 1.400 morts, selon Washington qui, avec ses alliés, l’a imputée au régime de Bachar al-Assad mais ce dernier a accusé la rébellion.
Pour prévenir un nouveau recours à ces armes prohibées et éviter une frappe occidentale contre le régime, Russes et Américains ont conclu un accord pour démanteler le stock d’armes chimiques syriennes qu’ils évaluent à 1.000 tonnes.
Mais Mohammad Zayed reste mobilisé malgré tout.
Depuis deux mois, il forme dans un quartier de l’ouest d’Alep tenu par les rebelles un groupe de 26 civils -anciens pompiers, étudiants, soudeurs ou conducteurs d’engins- à la protection de la population en cas d’attaque chimique.
«Si demain le régime lance une attaque chimique sur la ville d’Alep nous serons prêts à agir et à aider les civils», assure-t-il.
Principes de base
Pour Abdel Monem, 45 ans, responsable de cette équipe de protection civile un peu spéciale, les choses sont claires: «Ce qui s’est passé dans la Ghouta est l’oeuvre du régime d’Assad. Si les rebelles avaient des armes chimiques cela ferait des mois que la guerre serait terminée et, de toutes façons, jamais ils ne les utiliseraient contre la population civile».
En revanche, il ne doute pas que le régime syrien soit capable d’utiliser son arsenal chimique à Alep. «Assad n’hésitera pas à faire usage d’armes chimiques contre Alep et il accusera les rebelles».
Abdel Monem et Mohammad Zayed affirment pouvoir compter sur les membres de l’équipe à 100%, mais le problème est qu’ils ne disposent que de 24 tenues de protection, prises lors d’une attaque contre une base de l’armée, et de trois masques à gaz.
«Sans masques nous ne pourrons pas faire grand chose pour eux, car même avec un mouchoir humide pour se couvrir la bouche et le nez on ne peut éviter d’inhaler les agents chimiques», reconnaît Mohammad Zayed.
«Il est très important qu’il y ait plus de groupes comme celui là dans le pays pour aider les civils. Nous connaissons nos limites mais nous essayerons de sauver un maximum de vies car sinon les gens mourront comme dans la Ghouta», ajoute-t-il.
Deux élèves sont volontaires pour participer à un exercice d’évacuation. Ils enfilent la tenue et les masques et rejoignent la cour de l’ancienne école.
Un étudiant, allongé sur ??le sol, joue le rôle du blessé. Abdel Monem donne les dernières instructions.
«Les étudiants reçoivent une formation de premiers secours pour aider les civils en cas d’attaque. Sur le terrain, notre équipe suivra les instructions du personnel médical de l’hôpital de Zarzour qui sera chargé d’accueillir les blessés», explique-t-il.
L’équipe a distribué des tracts à Alep pour expliquer aux civils comment réagir.
«Ce sont des principes de base pour qu’ils puissent tenir le coup jusqu’à l’arrivée des équipes de secours», dit Mohammed Zayed. Entre autres conseils, mouiller son visage et appliquer un chiffon ou une serviette sur la bouche et le nez.
En dépit de la volonté affichée du régime de renoncer à son arsenal chimique, le mot d’ordre général dans les quartiers rebelles d’Alep est: «on ne baisse pas la garde».
(Par AFP)
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