La zone euro fait sa rentrée, délestée de l'urgence de la crise
La zone euro a fait sa rentrée vendredi à Vilnius dans un climat apaisé, même si elle va devoir très vite s'atteler à des dossiers sensibles mis entre parenthèses jusqu'aux élections allemandes. Pour leur première réunion depuis l'été, les ministres des Finances doivent prendre le pouls des pays de l'Union monétaire, alors que de nouvelles mesures d'aide vont être nécessaires pour plusieurs d'entre eux, au premier rang desquels, la Grèce.
Sauf surprise, ils devraient donner leur feu vert au déblocage d'une nouvelle tranche d'aide pour Chypre, de 1,5 milliard d'euros sur les 10 milliards promis au pays. «Tous les signaux sont au vert», a indiqué jeudi un responsable européen, se fondant sur l'examen de la troïka qui rassemble les bailleurs de fonds de l'île. En dehors de cela, aucune annonce majeure n'est attendue vu l'imminence des élections du 22 septembre en Allemagne où les dossiers liés à la gestion de la crise sont politiquement sensibles, le pays ayant été le premier contributeur aux différents plans de sauvetage de pays de la zone euro depuis quatre ans.
Pourtant, les dossiers chauds ne manquent pas. Les ministres vont notamment se pencher sur le cas de la Slovénie, en difficulté à cause de son secteur bancaire qui croule sous les mauvaises créances s'élevant à 7 milliards d'euros selon le Fonds monétaire international (FMI).Le pays a récemment dû venir en aide à deux petites banques privées en leur fournissant des garanties publiques, faisant monter les spéculations, notamment dans la presse outre-Rhin, sur un besoin d'assistance financière.
Mais le ministre allemand Wolfgang Schäuble a jugé vendredi que le pays pouvait se passer d'un plan d'aide. «S'il respecte ses engagements, il pourra faire sans», a-t-il estimé. Ce que son homologue slovène Uros Cüfer a confirmé. «Nous avons de l'argent sur nos comptes, nous sommes donc en mesure de nous en sortir par nous-mêmes», a-t-il affirmé. Autre sujet à l'agenda des ministres: la fin des programmes d'aide de l'Irlande et du Portugal.
Avant de revenir sur les marchés, Dublin espère bénéficier de mesures d'accompagnement. Cela pourrait se traduire par une ligne de crédit de plusieurs milliards d'euros ou par un recours au programme de rachat d'obligations de la Banque centrale européenne (BCE), qui n'a encore jamais été utilisé.
Pour le Portugal, qui connaît une reprise fragile et des soubresauts politiques, l'horizon est moins dégagé et il est plus difficile d'envisager un retour complet sur les marchés dès mi-2014. Sous pression, Lisbonne a d'ailleurs demandé jeudi à ses créanciers de lui desserrer la bride en revoyant l'objectif de réduction de déficit pour 2014. «Il est très important que le pays s'en tienne aux décisions déjà prises dans le cadre du programme, ce qui inclut l'objectif de réduction de déficit», a répondu le chef de file de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. «Que l'objectif soit plus haut ou plus bas, l'important est que le monde extérieur comprenne que le Portugal va respecter ses engagements», a-t-il renchéri.
Dans l'après-midi puis samedi, les ministres des Finances discuteront, cette fois-ci à 28, de l'union bancaire après le feu vert du Parlement européen jeudi à l'entrée en vigueur, prévue à l'automne 2014, du superviseur bancaire unique placé sous l'égide de la BCE.
L'institut monétaire devrait apporter vendredi des informations sur l'état d'avancement de ce projet, qui doit casser le lien entre crise bancaire et crise de la dette. Avant qu'il ne voie le jour, une évaluation complète des actifs de quelque 130 banques européennes devrait avoir lieu début 2014. Les ministres tenteront d'avancer également sur un autre pilier de l'union bancaire: le mécanisme de «résolution», pour régler le sort des banques en difficultés de la zone euro.
Ce projet fait grincer les dents des Allemands qui le jugent, en l'état, incompatible avec les traités européens. Sur le fond, Berlin n'est pas favorable à un fonds de résolution commun, qui contraindrait les banques allemandes à financer les faillites ou les sauvetages de celles d'autres pays. «C'est la première fois que nous parlons de ce sujet, et le Conseil européen veut un accord sur ce dossier en décembre, il est (donc) important que nous tenions les délais», a rappelé M. Dijsselbloem.
(Par MAP)
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