Risque d'incendie : le laisser-aller des patrons
Deux usines ont été ravagées par les flammes le weekend dernier à Casablanca. S'ils demeurent rares, les incendies industriels sont souvent d'une grande violence, et rappellent la négligence des chefs d'entreprises qui privilégient la réduction des coûts à celle des risques.
Selon une classification établie par Mehdi Meurger, directeur de Panda Services et spécialiste de la sûreté, le comportement des entreprises marocaines face aux risques d'incendie varie en fonction de leur taille. Ainsi, les très grands groupes comme l'OCP ou la Samir disposent d'un équipement sécuritaire de haut niveau nécessaire à leurs impératifs de production ; un peu plus regardants sur les prix, les grands groupes qui subissent plus directement les effets d'une économie fluctuante sont également au point. Ce sont généralement les chefs de petites et moyennes entreprises qui négligent leurs installations. «La PME fait ce qu’elle peut, prise entre la rentabilité et les coûts de la sécurité», regrette Mehdi Meurger.
Dans une logique de coûts minimaux, les structures disposant des budgets les plus serrés font montre d'une faiblesse voire d'une quasi-absence d'équipements sécuritaires. Une situation qui met en péril la sûreté des hommes et la production. Ainsi, l'incendie de l'usine Rosamor en 2008 a provoqué la mort de 55 personnes. D'autres incidents de même nature peuvent bloquer la chaîne de production pendant plusieurs mois.
Un souci d'économie dominant
Mais il ne s'agit pas exclusivement d'une histoire de coût. «Dans un système de sécurité, le maillon le plus faible est très souvent l’élément humain», explique Mehdi Meurger à Médias 24. En effet, si les entreprises installent caméras, extincteurs et portes d'évacuation, ces équipements ne seront pour la plupart jamais utilisés (caméras éteintes, portes d'évacuation bloquées), toujours dans un souci d'économie. C'est un tel comportement qui a provoqué la catastrophe de Rosamor, puisque les portes d'évacuation étaient verrouillées afin d'éviter les vols au sein de l'usine.
En outre, la plupart des patrons refusent de faire appel à un bureau d'études auquel ils privilégient les services de l'installateur, qui bien souvent ne dispose pas des connaissances requises mais qui offre des tarifs trois à quatre fois inférieurs. «Dans un projet d’étude de sécurité, une offre professionnelle était à 450.000 DH, le client a choisi une offre à 190.000 DH (dont 80.000 DH de fabrication) : prestataire et client se sont tous les deux trompés, l’objectif ne sera pas atteint», indique M. Meurger.
Et quand bien même l'entreprise aurait-elle satisfait aux exigences de sécurité imposées à l'obtention d'un droit de construire, il est constaté une absence totale de contrôle de la part des autorités compétentes. La plupart du temps, la protection civile qui est dans l'obligation de vérifier les installations ne remplit pas son devoir, et la corruption aidant, il n'y a quasiment aucune garantie que le matériel soit toujours efficace.
Seules les grosses structures ou les entreprises étrangères, bien obligées de se plier aux réglementations internationales strictes, font ainsi montre d'une certaine responsabilité. Là encore, il faut préciser que si la direction est bien souvent consciente des risques, le personnel chargé de la sécurité au sein des entreprises manque cruellement de formation en la matière.
Un manque à gagner pour les exportations marocaines
Pourtant, «Le Maroc est obligé de se mettre à niveau s'il veut développer ses exportations: il faudra sécuriser les capacités de production, un incendie, c’est une usine perdue et des devises !», précise Mehdi Meurger. «L'économie évolue à une telle vitesse que l'Etat doit prendre sa part d'action corrective et évolutive dans le constat d'une sécurité trop souvent négligée et défaillante en cas de problème». Le rôle des pouvoirs publics s'impose pour renforcer la réglementation marocaine et assurer des visites de contrôle régulières.
Les comportements à éradiquer sont nombreux. «La maîtrise de l'évacuation du personnel est une priorité», rappelle le patron de Panda Services. Il invite à la conception d'un minimum de contrôle essentiel de la part de la protection civile et à une simulation en entreprise tous les six mois, ainsi qu'une répartition sur plusieurs années du budget alloué à la sécurité. «Il faut avoir de bons consultants qui maîtrisent le référentiel normatif».
Pour Kevin Vaudry, directeur du groupe Technique sécurité, il faut avant tout changer les mentalités. «J'ai effectué de nombreux devis pour des écoles ou de grands hôtels qui ne présentaient aucun système d'incendie, ni aucune voie d'évacuation. Certes la plupart des bâtiments sont en béton, ce qui réduit le risque de propager le feu. Mais le danger vient le plus souvent des installations électriques chaotiques».
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