Le rêve suspendu du téléspectateur marocain
Avec l'avènement du ramadan, la problématique de la qualité des programmes proposés au cours de ce mois béni par les différentes chaînes de télévisions nationales remonte au-devant de la scène.
En effet, la capacité de l'offre ramadanesque de répondre aux attentes du téléspectateur marocain focalise chaque année le débat le long de ce mois sacré.
Alors que le dernier rapport de mesure d'audience relatif à la première quinzaine du mois du ramadan publié par Marocmétrie, a fait état d'un taux d'audience de 73,7% réparti sur l'ensemble des chaînes de télévision du pôle audiovisuel public (Al Oula, 2M, Tamazight, Al Maghribiya), une large frange du public marocain a exprimé son mécontentement à l'égard de la qualité de l'offre de cette année.
D'un ton satirique, Morad, un cadre de la fonction publique (43 ans) a, dans une déclaration à la MAP, qualifié de «médiocre» la production de ce ramadan 2013, ce qui explique, a-t-il dit, sa migration vers d'autres chaînes étrangères.
Un avis partagé par Abdel Ali (34 ans, commerçant) qui a estimé que les émissions proposées cette année (comiques et dramatiques) «restent en deçà des aspirations» avant de souligner que la qualité de production ramadanesque se dégrade d'année en année.
Pour sa part, Abdelouahed (46 ans, technicien) a salué la portée de certaines émissions dramatiques qui abordent des situations sociales réelles de la vie quotidienne du citoyen, tout en critiquant la qualité de certaines sitcoms.
Pour des observateurs et des professionnels, la qualité de l'offre dramatique marocaine, en général, et de celle programmée durant le ramadan en particulier, reste tributaire de certaines pratiques professionnelles malsaines et non professionnelles.
Dans ce cadre, le critique cinématographique, Ahmed Sijilmassi, a expliqué que parmi les facteurs qui entravent la production d'émissions au moins «acceptables», figure la courte durée réservée à la préparation de ces produits.
Il a ajouté que la précipitation et l'improvisation des responsables d'exécution restent les principales causes qui entravent la réalisation de produits convaincants aussi bien sur le plan de l'image que du contenu, tout en soulevant la problématique de l'hégémonie et l'accaparement de certaines sociétés de production de l'offre ramadanesque depuis plusieurs années.
Le critique marocain s'est également attardé sur l'écriture du scénario et les dysfonctionnements dont souffre l'expérience marocaine dans ce domaine, mettant l'accent sur les qualités requises en la matière.
De son côté, Idriss Idrissi, réalisateur de la série «Haoulou ala mastour» diffusée sur la chaîne Al Oula avant l'Iftar, s'est arrêté sur les défaillances dont souffre l'expérience de la sitcom (situation comique) dès son entrée au Maroc.
Le comédien et réalisateur de la série «Nas el houma», Rachid El Ouali, a indiqué que son équipe a dû travailler de manière «marathonienne» pour être dans les délais, précisant que le tournage de la série n'a démarré que deux mois et demi avant le mois du ramadan.
Pour nombre d'observateurs, la résolution de la problématique de la qualité de la production dramatique marocaine nécessite la prise d'une série de mesures. C'est dans ce sens que le critique Ahmed Sijilmassi propose la création d'un fonds national pour le soutien au scénario, supervisé par des commissions de lecture composées de membres expérimentés en la matière.
Il a également mis l'accent sur l'importance de la formation académique pour la promotion de la production nationale, à travers la mise en place de branches et spécialités au niveau de l'université marocaine.
Le mois béni du ramadan reste, certes, une occasion annuelle pour évaluer la production dramatique nationale et mesurer sa capacité de répondre aux aspirations du téléspectateur marocain. Toutefois, la qualité de cette production devrait préoccuper aussi bien les observateurs que les responsables tout le long de l'année et pas uniquement avec l'avènement du mois sacré.
(Par MAP)
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