Maroc-UE: l'accord de pêche paraphé
Il aura fallu un an et demi et six rounds de négociations pour parvenir à un accord. Les deux parties ont annoncé ce matin la conclusion d'un nouvel accord autorisant 126 bateaux européens à pêcher dans les eaux marocaines pour 4 ans.
Après un an et demi de négociations stériles, le Maroc et l'Union Européenne ont enfin conclu un nouvel accord de pêche. Réunis à Rabat ce 24 juillet, le ministre marocain de l'agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhannouch, et la commissaire européenne aux affaires maritimes, Maria Damakani, ont ainsi mis fin à une crise diplomatique qui dure depuis décembre 2011, date à laquelle le parlement européen avait annulé le prolongement de l'ancien accord conclu en 2007 et qui autorisait 137 navires européens à pêcher sur les côtes marocaines contre une contribution financière de 36,1 millions d'euros.
Pour autant, tout n'est pas encore joué. Contrairement à l'ancien accord, le nouveau protocole de pêche ne prendra pas effet immédiatement. Il sera soumis à l'aval des députés marocains et européens. Si la procédure législative marocaine ne devrait pas poser problème, les inquiétudes (des pêcheurs et du gouvernement espagnol) viennent du parlement européen. En effet, les raisons pour lesquelles les eurodéputés avaient annulé l'ancien accord relèvent de considérations politiques, soulevées par des ONG.
La campagne Fish Elsewhere (Allez pêcher ailleurs) défendait notamment à l'Europe d'inclure le Sahara marocain dans l'accord de pêche. Ce qui a conduit au rejet de l'accord par le parlement européen en décembre 2011. L'accord était entré en vigueur immédiatement en attendant sa validation par le parlement.
L'annonce de cette annulation avait provoqué la colère de Rabat et la surprise sur la scène politique internationale, puisque le parlement européen n'avait encore jamais remis en cause un accord commercial. Près de 200 députés avaient voté contre le protocole de pêche, notamment sous la pression du rapporteur du comité pêche au sein du parlement, le finlandais Carl Haglund. “En l'état actuel de l'accord, ce serait principalement à tort de recommander que le Parlement donne son consentement à l'extension d'un protocole présentant tant de défauts apparents”, avait-il alors déclaré à la presse.
Mais tous les Etats-membres n'avaient pas soutenu le rejet de l'accord. L'Espagne avait tout de suite réagi et n'a cessé depuis de mettre un coup de pression à Bruxelles pour que les négociations avancent. Et pour cause : si l'Europe constitue le plus grand marché des produits de la mer au monde (dont 60% sont importés), l'Espagne est à elle seule le troisième plus grand importateur mondial (5,2 milliards de dollars) derrière les Etats-Unis et le Japon.
C'est en raison de ces péripéties que le Maroc n'a pas accepté le souhait espagnol d'une entrée en vigueur immédiate du nouvel accord, en attendant sa validation par le parlement européen.
Le ministre espagnol de l'agriculture, Miguel Arias Canete, n'a d'ailleurs pas hésité à féliciter le roi du Maroc dès la conclusion de ce nouvel accord. Dans une déclaration à la presse espagnole, il considère “cette démarche très positive, d'autant plus qu'il y a une flotte amarrée depuis décembre 2011. Avec l'approbation de l'accord aujourd'hui, nous avons mis en place tous les mécanismes pour qu'il puisse entrer en vigueur dès que possible”. En effet, une centaine de navires espagnols sont bloqués sur les rives marocaines, une situation des plus déplaisantes pour le voisin espagnol, qui compte sur la pêche pour réduire les effets de la crise.
126 navires et 40 millions d'euros
Quant au contenu de ce nouvel accord, il faut dire qu'il porte sur 126 navires européens au lieu de 137 dans le cadre de l'ancien protocole. La contrepartie financière est plus élevée : 40 millions d'euros dont 14 millions dédiés à la poursuite de la mise en oeuvre du plan Halieutis. Maria Damakani assure que cet accord s'inscrit dans la ligne de la politique commune de la pêche. Interrogée par la presse sur la suite des évènements, elle répond sobrement : “je ne peux pas prévoir la réaction des parlementaires européens. Je suis ici pour signer le protocole, qui respecte le droit international et les droits de l'homme”.
Elle ajoute que les navires européens ne pêcheront que le surplus, et respecteront les réserves halieutiques marocaines. Quant à l'épineuse question relative aux côtes sahariennes, la commissaire européenne a insisté sur la répartition équitable de la contribution financière entre tous les marocains. Aziz Akhannouch, lui, a rappelé que l'accord porte sur les côtes marocaines, “de Tanger à Lagouira”.
À découvrir
à lire aussi
Article : Feux de forêt : 418 incendies recensés en 2025, l’ANEF mobilise 150 MDH pour renforcer la prévention en 2026
En 2025, le Maroc a limité à 1.728 hectares la superficie forestière touchée par les incendies en 2025, soit une baisse de 65% par rapport à la moyenne décennale. Face à un risque élevé pour l’été 2026, l’Agence nationale des eaux et forêts mobilise 150 millions de DH pour renforcer la prévention, la surveillance et les interventions sur le terrain.
Article : Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse ce 28 avril 2026
La Bourse de Casablanca clôture en baisse le 28 avril 2026, avec un volume dépassant 1 MMDH sous l’effet d’importantes transactions sur le marché de blocs.
Article : SIAM : 12 huiles d'olive relevant de trois régions primées lors du 16e concours national
En marge du SIAM, douze huiles d’olive extra vierge ont été primées pour la campagne 2025-2026. Ce palmarès, dominé par trois régions phares, illustre la dynamique de montée en gamme de la filière marocaine, désormais tournée vers les standards d'excellence internationaux.
Article : “3003”, un nouveau numéro pour dénoncer la corruption
L'INPPLC renforce la lutte contre la corruption avec le lancement du "3003". Ce nouveau canal de signalement sécurisé et confidentiel place le citoyen au cœur de la stratégie nationale d'intégrité 2025-2030 pour une protection accrue des deniers publics.
Article : Rabat : les démolitions au quartier de l’Océan divisent les élus municipaux
Les opérations de démolition dans le quartier de l’Océan à Rabat continuent d’alimenter le débat. Un élu de la majorité du conseil de la ville y voit une étape nécessaire de modernisation urbaine. Mais plusieurs conseillers d’opposition FGD dénoncent des pratiques qu’ils jugent irrégulières et opaques.
Article : Le projet de loi sur la réorganisation du Conseil national de la presse adopté en commission parlementaire
Ce mardi 28 avril 2026, la Commission de l'enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants a adopté à la majorité le projet de loi relatif à la réorganisation du Conseil national de la presse (CNP).