Sukuks : il faudra attendre la loi sur la charia board
Certes, la nouvelle loi 33-06 régit aussi les sukuks, mais sans le dahir réglementant le comité de la charia, toujours en préparation, aucune émission ne pourra se faire sur le plan national.
«Voulez-vous connaître ma propre définition du sukuk ? C’est à la fois un mille-feuille et un couteau suisse», lance, sur un ton sérieux, Anass Patel, président fondateur de la société 570 Asset Management devant des financiers venus assister à la conférence sur le sujet, organisée par l’Association Marocaine pour les Professionnels de la Finance Participative. Et d’expliquer, «c’est un gâteau qui peut se faire de différentes manières, mais toujours avec les mêmes ingrédients. Un couteau suisse car il a plusieurs usages». Ce connaisseur de la finance à éthique islamique, basé en France, mais opérant essentiellement dans les pays du Golfe réfute catégoriquement l’idée d’assimiler les sukuks à des obligations. «C’est plus un droit de copropriété sur des actifs tangibles qui peuvent être des services, des biens, des droits ou l’usufruit de ces biens ou droits. Il est impossible d’en garantir ni le rendement ni le capital contrairement aux obligations, d’où la référence éthique», souligne-t-il.
Une fiscalité qui laisse à désirer
Anass Patel sait pertinemment que le Maroc fait ses premiers pas dans le domaine de la finance alternative. Mais il ne manque pas d’émettre deux remarques sur le système fiscal appliqué à ces certificats d’un nouveau genre. «J’avoue que je ne comprends pas pourquoi le Maroc prévoit un taux de 10%, retenu à la source. Je pense que le mode fiscal n’est pas alléchant. Il faut être vigilant d’autant plus que les voisins d’à côté préparent eux aussi une réglementation en la matière. Et ils risquent d’être plus attractifs», lance-t-il.
Il faut dire aussi que même si le Maroc dispose d’ores et déjà d’une réglementation sur les sukuk (loi 33-00 sur la titrisation, amendée en février 2013 afin d’inclure les certificats de sukuks), il faudra attendre que la loi soit publiée au Bulletin officiel pour qu’elle soit effective. Mais pour pouvoir opérer sur le marché national, il faudra patienter davantage, le temps que le dahir qui se penche sur la constitution du comité de la charia, son organisation, ses attributions et les règles de son fonctionnement, voit le jour. Tout de même, «il sera possible, même en l’absence de ce texte de loi d’émettre des certificats sukuk à l’international», précise Houda Chafil, DG de Maghreb titrisation.
À découvrir
à lire aussi
Article : Catastrophes naturelles : le nouveau système que prépare l’État pour mieux alerter les citoyens
Ouverte ce mercredi 24 juin 2026 à Casablanca, la consultation nationale sur les systèmes d'alerte précoce dresse le bilan d'un dispositif en pleine mutation. Face à la recrudescence des phénomènes extrêmes, le Maroc mise sur la haute technologie, l'intelligence artificielle et une couverture cartographique totale pour protéger ses populations et sécuriser ses infrastructures vitales.
Article : ASMEX : comment Sonia Mezzour a gagné une élection bien plus disputée que prévu
Après plusieurs semaines de tensions autour de ses statuts et de son processus électoral, l’ASMEX a finalement tenu, mardi 23 juin, son assemblée générale élective dans un climat apaisé. Sonia Mezzour a été élue présidente au terme d’un scrutin serré. Elle prend la tête d’une association appelée à tourner la page des crispations internes et à ouvrir rapidement le chantier de sa gouvernance.
Article : Énergie : le bureau de l’ONUDI au Maroc certifié ISO 50001, une première mondiale pour l’organisation
Le site de Rabat couvre désormais près de 40% de ses besoins électriques grâce au solaire, après l’installation de panneaux photovoltaïques, le passage à l’éclairage LED et la modernisation de la climatisation. Selon l’agence onusienne, ces mesures ont permis de réduire de 25% la consommation globale et de plus de 60% les émissions de carbone.
Article : Le Grand Stade Hassan II primé aux Architizer A+Awards 2026
Le futur fleuron sportif marocain a reçu le prix du jury dans la catégorie des projets sportifs non encore construits.
Article : Logistique : Colis.ma s’étend au Sénégal et lance son premier corridor en Afrique de l’Ouest
Spécialisée dans les échanges entre le Maroc et l’Europe, Colis.ma poursuit son développement avec l’ouverture d’un corridor logistique vers le Sénégal, première étape de son expansion sur le continent africain.
Article : Enquête. Le scandale silencieux des avoirs en déshérence : pour un dirham rendu aux héritiers, deux partent au Trésor
Chaque année, des millions de dirhams oubliés par leurs propriétaires ou leurs héritiers glissent discrètement vers les caisses de l'État. Au Maroc, la loi organise le transfert des avoirs en déshérence mais impose peu d'obligations pour retrouver leurs bénéficiaires. Enquête sur une zone peu explorée du système financier dont l'ampleur réelle demeure inconnue.