Reprise difficile pour les tournages cinématographiques
Entre de nombreuses annulations et reports consécutifs à la déclaration de l’état d’urgence en mars, les tournages ont été durement impactés par le confinement. Si depuis le 25 juin, le CCM délivre à nouveau des autorisations de tournage aux sociétés audiovisuelles et cinématographiques, le réalisateur- producteur Nabil Ayouch affirme que pour l’instant, la reprise ne concerne que l’industrie télévisée. En d’autres termes, aucun film marocain et encore moins étranger ne sont en cours de tournage actuellement.
Si partout dans le monde, les tournages cinématographiques ont repris, au Maroc seuls les plateaux de production télévisuelle ont redémarré leurs activités en juillet dernier, nous apprend le producteur Nabil Ayouch.
La reprise des tournages de séries télévisées soumise à un guide sanitaire
« Côté marocain, les tournages ont repris avec les restrictions des autorités publiques qui ont été levées le 25 juin dernier et des autorisations à nouveau délivrées par le Centre cinématographique marocain.
« A titre personnel, j'ai eu deux tournages de séries télévisées annulés en mars dernier, le premier interrompu en plein milieu du tournage et l'autre dans sa phase de préparation mais heureusement, ils ont tous deux redémarré avec la reprise de l'activité début juillet.
« Cependant, ils sont désormais soumis à l’application des dispositions d'un guide sanitaire rédigé par le CCM. D'une trentaine de pages, ce dernier contient de nombreuses recommandations sur toutes les mesures à adopter pour protéger à la fois les équipes techniques et les comédiens.
« Pour l'instant, ce qui a vraiment repris est l'industrie de la télévision qui représente la majorité des productions audiovisuelles, et toutes chaînes confondues, ce sont 2M et la SNRT qui sont classées premières.
« Actuellement, ma société de production ne tourne ni long-métrage, ni court-métrage ou publicité, mais plusieurs tournages de feuilletons télévisés qui redémarré.
Les tournages de long-métrage nationaux ou étrangers toujours à l’arrêt
« A ma connaissance, il n’y a pour l’instant aucun tournage en cours au Maroc de long-métrage marocain ou de films étrangers.
« S’il est possible et même probable, que les productions nationales reprennent bientôt, ce n'est pas encore le cas des sociétés internationales d'investissements cinématographiques qui ont fort à faire chez elles pour gérer la pandémie et sont donc plutôt frileuses pour se déplacer.
Des coûts de production qui ont augmenté
« Si l’activité reprend au ralenti, il faut préciser que les coûts de fabrication sont beaucoup plus élevés que qu'avant l'apparition de la pandémie.
« En effet, l’application des mesures sanitaires implique une série de coûts additionnels qui n'étaient pas prévus comme par exemple, le fait de devoir transporter les équipes dans plus de véhicules, mettre des gels et des masques à la disposition des équipes techniques et comédiens, des mesures particulières pour le catering pour éviter d’éventuelles contaminations aux repas … », explique le réalisateur-producteur.
Les futurs scripts devront prendre en considération la distanciation sociale
Interrogé sur l'impact de la distanciation sociale sur les scènes à tourner, Ayouch espère que la profession ne sera pas obligée de devoir changer les scripts pour respecter l'écart de sécurité sanitaire entre les comédiens.
« Ceci dit, nous y pensons car tout ce qui a été écrit avant la crise doit être réadapté et tout ce qui sera écrit dorénavant devra tenir compte du fait que toutes les situations ne sont plus forcément tournables.
« Ainsi, lorsque deux acteurs doivent jouer une scène de dispute, nous ne tournerons pas deux plans différents mais les deux protagonistes devront être un peu plus loin que ce qui était prévu au départ. Il n'y aura pas de montage car on s’arrangera au moment de l'écriture et de la mise en scène.
Avec les reports, risque de pénurie de films marocains et étrangers
« Si actuellement, je ne tourne pas de long-métrage, en mars dernier, je finalisais mon dernier film qui était en hase de postproduction.
"Ainsi, l’apparition de la pandémie a tout décalé et les réalisateurs qui avaient déjà reçu une avance sur recettes ont demandé un délai à leurs partenaires pour décaler les tournages et la livraison du film.
« En fait, à cause de l’interruption de près de quatre mois de l'activité de tournage, il risque d'y avoir, d'ici la fin de l'année, une pénurie de films et en particulier de long-métrages marocains et étrangers.
« Si l'on parle de cinéma, le vrai problème est ailleurs car même s'il y a une pénurie de films qui n’ont pas pu être tournés ou ont été reportés sine die, il y a surtout une absence de salles où les diffuser.
Une réouverture rapide des salles doit suivre la reprise des tournages
« Leurs exploitants vivent une situation absolument dramatique et je ne comprends pas pourquoi ces établissements ne peuvent toujours pas ouvrir, c'est quelque chose qui me dépasse complètement.
« Qu’on interdise à ds toutes petites salles de rouvrir, pourquoi pas mais sachant qu'au Maroc nous avons la chance d'avoir des espaces avec des grandes capacités d'accueil comme à Casablanca (Rif, l'Empire, le Ritz …), il n'y a donc aucun problème pour appliquer la distanciation sociale.
« On peut donc tout à fait se permettre de rouvrir les salles comme partout ailleurs dans le monde avec un siège sur deux voire une rangée sur deux d'autant plus qu'au Maroc elles sont malheureusement rarement pleines.
« Selon moi, il est surréaliste d’autoriser à reprendre leurs activités des souks bondés de monde et, dans le même temps, continuer à interdire la diffusion de films en salles. C'est pourquoi, il y a donc une véritable urgence à les ouvrir rapidement.
2020, une année quasi-blanche pour les producteurs
« En termes de recettes cinématographiques (salles, production, fiscales ...), le manque à gagner de 2020 sera très important car contrairement à d'autres secteurs, la production et la réalisation n’ont reçu aucune aide pour le compenser.
« Entre les reports et annulations de tournages qui coûteront beaucoup plus chers qu'avant, l'année s’annonce difficile pour le secteur aussi bien au niveau local qu’international.
« Vu que tout le monde pensait que la pandémie aurait reculé après l'été et que depuis quelques semaines, c'est tout l'inverse qui se produit, il est compliqué d'avoir un avis tranché sur les échanges avec le monde extérieur en particulier avec les producteurs de films étrangers au Maroc », conclut Ayouch qui espère cependant le retour rapide des investisseurs cinématographiques internationaux.
Précisons que malgré plusieurs appels et messages, nous n’avons pas été en mesure de joindre le directeur du CCM pour obtenir des chiffres sur les reports et annulations ainsi que sur le manque à gagner de l’industrie cinématographique en particulier du côté des investisseurs étrangers.
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