Urgence sanitaire: les propriétaires de salles de cinéma se disent oubliés par l'Etat

Les exploitants de salles de cinéma viennent d’envoyer une lettre au ministre de la Culture pour connaître la date de réouverture de leurs établissements. Selon le management des groupes CinéAtlas et Mégarama, le manque de visibilité sur la réouverture des salles provoquera, pour le premier, la faillite des petits exploitants et pour le second mettra un coup d’arrêt quasi définitif à de nouveaux investissements au Maroc.

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Urgence sanitaire : Les propriétaires de salles de cinéma se disent oubliés par l'Etat

Le 03 septembre 2020 à 19:08

Modifié le 04 septembre 2020 à 17:40

 

Depuis le 18 mars dernier, toutes les salles de cinéma du Royaume ont dû fermer après notification des autorités. Si cette décision était tout à fait légitime au début de la crise, la réouverture et l’absence de clusters partout dans le monde provoquent l’incompréhension des exploitants marocains et des investisseurs étrangers incapables de se projeter dans l’avenir faute de visibilité de la part du gouvernement.

Un premier soutien ministériel suivi d’un silence radio

C’est notamment le cas du directeur général du groupe CinéAtlas, Pierre François Bernet, qui nous déclare être irrité par le manque de considération des autorités par rapport à ses investissements.

"La profession a obtenu un premier soutien sous forme de subvention du ministère de la Culture pour couvrir les frais fixes des exploitants de mars jusqu'à fin juin mais depuis, il n’y a aucune nouvelle.

"Elle prend en charge les loyers, les factures d'électricité-eau et une partie de la taxe sur l'enseigne. Même si elle n’a pas encore été versée, c’est une bonne initiative qui nous a permis de souffler un peu.

Le secteur réclame la poursuite du versement de l'indemnité CNSS

"Le flou total qui a suivi est peut-être dû au fait que notre secteur n’emploie au total que 250 personnes: 150 chez Mégarama, 30 chez nous et les 70 restants dans les autres salles du Maroc.

"Si nous sommes très loin du nombre d'employés du tourisme qui souffrent aussi, cela ne coûterait pas grand-chose à l'Etat de prolonger le versement de l'indemnité CNSS à nos employés.

"Ce qui est vraiment irritant est que la majorité des cinémas de la planète ont rouvert leurs portes même si à cause du manque de nouveaux films, cela leur coûtait plus cher d'être ouvert que fermé.

Les salles ratent une occasion inespérée de rebondir avec le 1er blockbuster post-coronavirus

"La fermeture prolongée nous a fait rater la sortie mondiale du 1er blockbuster depuis le début de la crise, le nouveau film de Christopher Nolan intitulé Tenet (26 août en France et 4 septembre aux USA).

"Attendu comme le messie par les exploitants, ce film a fait un carton à l’échelle planétaire en remplissant les salles et en faisant revenir les clients.

"Dès le mois d’août, j'ai prévenu le ministre que nous ne pouvions pas rater pareille occasion et que sa sortie au Maroc aurait relancé la machine.

Des études qui soulignent l’absence de contamination dans les cinémas

"Pour être honnête, comme mes confrères, je suis furieux sachant que toutes les dernières études scientifiques montrent une absence totale de contamination ou de clusters dans les salles du monde.

"Ainsi, une étude récente du syndicat allemand des exploitants, avec plusieurs témoignages d’épidémiologistes, démontre que dans une salle où tout le monde regarde dans la même direction, où personne ne parle et avec 1 ou 2 fauteuils d'écart il y a 99,8% de risques en moins d'attraper le coronavirus que dans un open space.

"De plus, à ce jour, il n'y a eu aucun cluster détecté dans l’ensemble des salles de la planète qui sont beaucoup moins dangereuses que les restaurants, les transports en commun ouverts à 75 % et les hammams où là c'est une véritable mascarade avec des postillons vaporisés.

La charte sanitaire prête depuis juillet dernier

"Il faut donc arrêter de cultiver cette psychose totalement infondée qui nuit aux salles et dont nous payons la facture.

"En effet, les conditions sanitaires destinées aux exploitants ont été arrêtées après la rédaction d'un guide sanitaire édité et validé par le CCM depuis le 10 juillet dernier", continue l’homme d’affaires.

Atlas Cinémas poursuivra ses investissements au Maroc

A la question de savoir s'il allait poursuivre ses investissements au Maroc, notamment à El Jadida et à Tanger, Bernet affirme qu'il a la chance de bénéficier de fonds propres importants.

"Alors que d'autres auraient plié bagage depuis longtemps, je crois vraiment en l'avenir de ce secteur.

"C’est la raison pour laquelle j'ai mis toutes mes économies en jeu mais si j'ai les reins plus solides que d’autres, cela ne m’empêche pas de prêcher pour une égalité de traitement de toute la profession.

L’exploitation cinématographique toujours florissante malgré de nombreuses crises

"Si je crois autant en l’avenir, c’est parce que notre secteur a tout connu depuis sa création et il est toujours présent. En effet, depuis la première projection cinématographique des frères Lumière il y a 125 ans, l'exploitation a connu la 1ère guerre mondiale, la grippe espagnole, le second conflit, la grippe de Hong Kong, l'arrivée de la télévision, des magnétoscopes, du DVD, des copies piratées et du streaming.

"Malgré cela, les deux années record du chiffre d'affaires mondial de l'exploitation ont eu lieu en 2018 et en 2019. Le cinéma mondial, c’est 100 milliards de dollars dont 40 milliards générés par des salles de cinéma. Tout cela pour dire que notre secteur ne va pas mourir à cause de cette pandémie.

"Une fois que tout le monde sera vacciné et rassuré, le secteur va, selon moi, cartonner mais il ne faut pas que la fermeture s’éternise et que nous rations encore d'autres blockbusters.

"Entre Wonder Woman prévu le 30 septembre et le dernier James Bond, il y a intérêt à ce que nous soyons rouverts, sans quoi le Maroc va scier la branche sur laquelle est assis le cinéma » met en garde Bernet en ajoutant que son principal objectif est de sensibiliser les pouvoirs publics.

En cas de fermeture indéfinie, Mégarama n’exclut pas de se retirer du marché national

Manifestement moins optimiste, le directeur de la communication du groupe Mégarama, Jamal Mahyaoui, affirme qu'une fermeture indéfinie des salles provoquera une déroute financière voire, un retrait même pour un groupe international comme le sien.

"Si la situation s'éternise, nous atteindrons, dès décembre prochain, un quasi-point de non-retour et il n'y aura plus aucun intérêt pour notre société à rester dans un pays comme le Maroc.

"En effet, sans rentabilité, nous plierons bagage et nous nous en irons vers des cieux plus cléments.

"Ce n'est pas une question de reins solides mais de retour sur investissement et de rentabilité, contrariés par une décision des pouvoirs publics qui n’a plus aucun sens.

"Presque toute la planète a rouvert ses salles sauf le Maroc"

"Nous n'avons toujours aucune visibilité sur une date de reprise alors que les cinémas et les théâtres ont rouvert en France et sont passés depuis lundi dernier d’un taux d’occupation de 50% à 100% sans parler des festivals comme ceux d'Angoulême ou la Mostra de Venise.

"De plus, nous ne comprenons pas que la décision des autorités continue à s'appliquer aux exploitants cinématographiques alors que les cafés et restaurants, les écoles et les bus ont été autorisés à rouvrir.

"Au final, la profession émet un vrai cri d'alarme car plus le temps passe, plus nous perdons de l'argent et moins notre présence au Maroc devient intéressante » conclut le directeur pour qui le manque de visibilité est le pire ennemi des investisseurs étrangers.

Précisons que malgré nos nombreux appels et messages, le ministre de la Culture, Othman El Ferdaous, est resté injoignable toute la journée.

 

Urgence sanitaire: les propriétaires de salles de cinéma se disent oubliés par l'Etat

Le 03 septembre 2020 à19:08

Modifié le 04 septembre 2020 à 17:40

Les exploitants de salles de cinéma viennent d’envoyer une lettre au ministre de la Culture pour connaître la date de réouverture de leurs établissements. Selon le management des groupes CinéAtlas et Mégarama, le manque de visibilité sur la réouverture des salles provoquera, pour le premier, la faillite des petits exploitants et pour le second mettra un coup d’arrêt quasi définitif à de nouveaux investissements au Maroc.

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Depuis le 18 mars dernier, toutes les salles de cinéma du Royaume ont dû fermer après notification des autorités. Si cette décision était tout à fait légitime au début de la crise, la réouverture et l’absence de clusters partout dans le monde provoquent l’incompréhension des exploitants marocains et des investisseurs étrangers incapables de se projeter dans l’avenir faute de visibilité de la part du gouvernement.

Un premier soutien ministériel suivi d’un silence radio

C’est notamment le cas du directeur général du groupe CinéAtlas, Pierre François Bernet, qui nous déclare être irrité par le manque de considération des autorités par rapport à ses investissements.

"La profession a obtenu un premier soutien sous forme de subvention du ministère de la Culture pour couvrir les frais fixes des exploitants de mars jusqu'à fin juin mais depuis, il n’y a aucune nouvelle.

"Elle prend en charge les loyers, les factures d'électricité-eau et une partie de la taxe sur l'enseigne. Même si elle n’a pas encore été versée, c’est une bonne initiative qui nous a permis de souffler un peu.

Le secteur réclame la poursuite du versement de l'indemnité CNSS

"Le flou total qui a suivi est peut-être dû au fait que notre secteur n’emploie au total que 250 personnes: 150 chez Mégarama, 30 chez nous et les 70 restants dans les autres salles du Maroc.

"Si nous sommes très loin du nombre d'employés du tourisme qui souffrent aussi, cela ne coûterait pas grand-chose à l'Etat de prolonger le versement de l'indemnité CNSS à nos employés.

"Ce qui est vraiment irritant est que la majorité des cinémas de la planète ont rouvert leurs portes même si à cause du manque de nouveaux films, cela leur coûtait plus cher d'être ouvert que fermé.

Les salles ratent une occasion inespérée de rebondir avec le 1er blockbuster post-coronavirus

"La fermeture prolongée nous a fait rater la sortie mondiale du 1er blockbuster depuis le début de la crise, le nouveau film de Christopher Nolan intitulé Tenet (26 août en France et 4 septembre aux USA).

"Attendu comme le messie par les exploitants, ce film a fait un carton à l’échelle planétaire en remplissant les salles et en faisant revenir les clients.

"Dès le mois d’août, j'ai prévenu le ministre que nous ne pouvions pas rater pareille occasion et que sa sortie au Maroc aurait relancé la machine.

Des études qui soulignent l’absence de contamination dans les cinémas

"Pour être honnête, comme mes confrères, je suis furieux sachant que toutes les dernières études scientifiques montrent une absence totale de contamination ou de clusters dans les salles du monde.

"Ainsi, une étude récente du syndicat allemand des exploitants, avec plusieurs témoignages d’épidémiologistes, démontre que dans une salle où tout le monde regarde dans la même direction, où personne ne parle et avec 1 ou 2 fauteuils d'écart il y a 99,8% de risques en moins d'attraper le coronavirus que dans un open space.

"De plus, à ce jour, il n'y a eu aucun cluster détecté dans l’ensemble des salles de la planète qui sont beaucoup moins dangereuses que les restaurants, les transports en commun ouverts à 75 % et les hammams où là c'est une véritable mascarade avec des postillons vaporisés.

La charte sanitaire prête depuis juillet dernier

"Il faut donc arrêter de cultiver cette psychose totalement infondée qui nuit aux salles et dont nous payons la facture.

"En effet, les conditions sanitaires destinées aux exploitants ont été arrêtées après la rédaction d'un guide sanitaire édité et validé par le CCM depuis le 10 juillet dernier", continue l’homme d’affaires.

Atlas Cinémas poursuivra ses investissements au Maroc

A la question de savoir s'il allait poursuivre ses investissements au Maroc, notamment à El Jadida et à Tanger, Bernet affirme qu'il a la chance de bénéficier de fonds propres importants.

"Alors que d'autres auraient plié bagage depuis longtemps, je crois vraiment en l'avenir de ce secteur.

"C’est la raison pour laquelle j'ai mis toutes mes économies en jeu mais si j'ai les reins plus solides que d’autres, cela ne m’empêche pas de prêcher pour une égalité de traitement de toute la profession.

L’exploitation cinématographique toujours florissante malgré de nombreuses crises

"Si je crois autant en l’avenir, c’est parce que notre secteur a tout connu depuis sa création et il est toujours présent. En effet, depuis la première projection cinématographique des frères Lumière il y a 125 ans, l'exploitation a connu la 1ère guerre mondiale, la grippe espagnole, le second conflit, la grippe de Hong Kong, l'arrivée de la télévision, des magnétoscopes, du DVD, des copies piratées et du streaming.

"Malgré cela, les deux années record du chiffre d'affaires mondial de l'exploitation ont eu lieu en 2018 et en 2019. Le cinéma mondial, c’est 100 milliards de dollars dont 40 milliards générés par des salles de cinéma. Tout cela pour dire que notre secteur ne va pas mourir à cause de cette pandémie.

"Une fois que tout le monde sera vacciné et rassuré, le secteur va, selon moi, cartonner mais il ne faut pas que la fermeture s’éternise et que nous rations encore d'autres blockbusters.

"Entre Wonder Woman prévu le 30 septembre et le dernier James Bond, il y a intérêt à ce que nous soyons rouverts, sans quoi le Maroc va scier la branche sur laquelle est assis le cinéma » met en garde Bernet en ajoutant que son principal objectif est de sensibiliser les pouvoirs publics.

En cas de fermeture indéfinie, Mégarama n’exclut pas de se retirer du marché national

Manifestement moins optimiste, le directeur de la communication du groupe Mégarama, Jamal Mahyaoui, affirme qu'une fermeture indéfinie des salles provoquera une déroute financière voire, un retrait même pour un groupe international comme le sien.

"Si la situation s'éternise, nous atteindrons, dès décembre prochain, un quasi-point de non-retour et il n'y aura plus aucun intérêt pour notre société à rester dans un pays comme le Maroc.

"En effet, sans rentabilité, nous plierons bagage et nous nous en irons vers des cieux plus cléments.

"Ce n'est pas une question de reins solides mais de retour sur investissement et de rentabilité, contrariés par une décision des pouvoirs publics qui n’a plus aucun sens.

"Presque toute la planète a rouvert ses salles sauf le Maroc"

"Nous n'avons toujours aucune visibilité sur une date de reprise alors que les cinémas et les théâtres ont rouvert en France et sont passés depuis lundi dernier d’un taux d’occupation de 50% à 100% sans parler des festivals comme ceux d'Angoulême ou la Mostra de Venise.

"De plus, nous ne comprenons pas que la décision des autorités continue à s'appliquer aux exploitants cinématographiques alors que les cafés et restaurants, les écoles et les bus ont été autorisés à rouvrir.

"Au final, la profession émet un vrai cri d'alarme car plus le temps passe, plus nous perdons de l'argent et moins notre présence au Maroc devient intéressante » conclut le directeur pour qui le manque de visibilité est le pire ennemi des investisseurs étrangers.

Précisons que malgré nos nombreux appels et messages, le ministre de la Culture, Othman El Ferdaous, est resté injoignable toute la journée.

 

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