Redémarrage très frileux des recrutements au sein des entreprises

Les entreprises veulent avant tout maintenir leurs emplois plutôt que d’en créer de nouveaux. Les rares recrutements observés sont opérés avec prudence et concernent les postes liés au digital, au commercial et aux RH.

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Redémarrage très frileux des recrutements au sein des entreprises

Le 28 juin 2020 à 10:50

Modifié le 29 juin 2020 à 07:18

''Le mot reprise n’est pas de rigueur ; parlons plutôt de maintien de l’emploi.'' Contactée par Médias24, Amina Ghazi, directrice du recrutement au sein du cabinet ORH Assessment, filiale du groupe LMS Organisation & Ressources Humaines, émet quelques réserves sur le redémarrage ''très discret'' des recrutements au Maroc. 

''Nous ne sommes absolument pas sur la même tendance qu’auparavant, c’est-à-dire avant le confinement et la crise sanitaire. Pour l’instant, les employeurs jouent la carte de la prudence'', nous dit-elle.

Des patrons prudents, certes, mais stratégiques surtout. Face à l’incertitude que fait encore peser la pandémie de Covid-19, la priorité n’est pas de recruter mais de maintenir les emplois et, même lorsqu’il est question de recrutement, l’enjeu est de viser juste. ''Les recrutements ont repris discrètement et de façon stratégique. Ils se tournent surtout vers les fonctions indispensables pour l’entreprise, principalement le digital et le commercial, afin, justement, de maintenir cette activité'', souligne Amina Ghazi. 

C’est peu dire que le digital a eu le vent en poupe pendant le confinement : l’alternative du télétravail a contraint les entreprises à s’adapter, et par conséquent à se digitaliser, notamment en recrutant des profils capables de gérer des connexions, des données et des postes à distance.

D’après des données communiquées à Médias24 par le cabinet ReKrute, la fonction informatique/électronique a été la plus demandée dans le secteur bancaire depuis le début de l’année 2020, avec 388 postes. Parmi les autres fonctions les plus sollicitées, figurent les administrateurs de base de données, les chargés de clientèle à distance, les développeurs mobile iOS ou encore les directeurs de projet en système d’information.

Une prédominance des profils digitaux que confirme Djaffer Louai, cofondateur de Novo Job, un site de recrutement panafricain présent sur le marché marocain depuis trois ans. ''Nous avons enregistré une chute de plus de 70% des recrutements sur le marché marocain pendant le confinement, par rapport à la même période l’an dernier. Tous les secteurs ont été touchés, à l’exception du digital qui a maintenu, et continue de maintenir, ses recrutements car il est en quête de profils rares'', observe Djaffer Louai, joint par Médias24.

Surconcentration des candidats sur un faible nombre d'annonces

Qu’en est-il désormais, au lendemain de la deuxième phase du déconfinement ? Comme Amina Ghazi, Djaffer Louai se montre prudent : ''Nous ne pouvons pas dire que les recrutements repartent, ni évaluer l’ampleur de ce timide redémarrage. Nous avons remarqué un retour des demandeurs d’emplois – quasiment à hauteur de notre audience habituelle – mais les annonces manquent. Il y a une surconcentration des candidats sur un faible nombre d’annonces.''

Ce ''redémarrage pseudo-normal'' est-il marqué par des secteurs plus disposés à recruter que d’autres ? Là encore, la réponse de Djaffer Louai est incertaine, à l’image des réponses de ses clients marocains (une dizaine d’agences d’intérim et de cabinets de recrutement), marquées par beaucoup d’incertitude et d’hésitation : ''Honnêtement, la situation est très floue. Nos échanges avec certains DRH marocains montrent que le recrutement n’est pas la priorité. Globalement, les entreprises font avec les moyens du bord et retardent au maximum les recrutements, sauf en cas de nécessité absolue. Entre la reprise telle qu’elle est annoncée sur le papier et les problèmes logistiques réels des entreprises, il y a un écart.'' 

Les cadres, mieux lotis ?

Il y a bien un autre secteur qui parvient à maintenir la tête hors de l’eau : les métiers du conseil et du développement RH. Comprendre, les cols blancs. ''Les affaires reprennent depuis le 11 juin, voire même depuis début juin. Les clients veulent rencontrer les candidats et inversement'', s’enthousiasme Marc Chalet, responsable de l’activité Executive Search au sein du cabinet marocain Diorh, spécialisé dans le recrutement des cadres et des postes affectés aux comités de direction.

Ce chasseur de têtes dit maintenir le contact avec les clients ''qui ont les reins solides et visent des objectifs de croissance plus que de résultats'', ainsi que les secteurs qui n’ont pas perdu de leur dynamisme, particulièrement ''les entreprises pharmaceutiques, d’équipements médicaux et de distribution des hydrocarbures''.

Les postes commerciaux ne sont pas les plus courus, à l’inverse, par exemple, des directeurs des ressources humaines : ''Ce sont eux qui assurent l’application des gestes barrières et les relations avec les syndicats. Leur présence est cruciale au sein des entreprises.'' Le message de Marc Chalet est le même que celui d’Amina Ghazi et de Djaffer Louai : ''Un poste vacant, c’est un manque à gagner. Il faut avant tout pallier certains départs et privilégier les fonctions essentielles au bon fonctionnement des entreprises.'' Plus encore en cette période d’incertitude.

>>Lire aussi : Une vague de licenciements massifs se prépare dans le secteur privé

Redémarrage très frileux des recrutements au sein des entreprises

Le 28 juin 2020 à10:48

Modifié le 29 juin 2020 à 07:18

Les entreprises veulent avant tout maintenir leurs emplois plutôt que d’en créer de nouveaux. Les rares recrutements observés sont opérés avec prudence et concernent les postes liés au digital, au commercial et aux RH.

''Le mot reprise n’est pas de rigueur ; parlons plutôt de maintien de l’emploi.'' Contactée par Médias24, Amina Ghazi, directrice du recrutement au sein du cabinet ORH Assessment, filiale du groupe LMS Organisation & Ressources Humaines, émet quelques réserves sur le redémarrage ''très discret'' des recrutements au Maroc. 

''Nous ne sommes absolument pas sur la même tendance qu’auparavant, c’est-à-dire avant le confinement et la crise sanitaire. Pour l’instant, les employeurs jouent la carte de la prudence'', nous dit-elle.

Des patrons prudents, certes, mais stratégiques surtout. Face à l’incertitude que fait encore peser la pandémie de Covid-19, la priorité n’est pas de recruter mais de maintenir les emplois et, même lorsqu’il est question de recrutement, l’enjeu est de viser juste. ''Les recrutements ont repris discrètement et de façon stratégique. Ils se tournent surtout vers les fonctions indispensables pour l’entreprise, principalement le digital et le commercial, afin, justement, de maintenir cette activité'', souligne Amina Ghazi. 

C’est peu dire que le digital a eu le vent en poupe pendant le confinement : l’alternative du télétravail a contraint les entreprises à s’adapter, et par conséquent à se digitaliser, notamment en recrutant des profils capables de gérer des connexions, des données et des postes à distance.

D’après des données communiquées à Médias24 par le cabinet ReKrute, la fonction informatique/électronique a été la plus demandée dans le secteur bancaire depuis le début de l’année 2020, avec 388 postes. Parmi les autres fonctions les plus sollicitées, figurent les administrateurs de base de données, les chargés de clientèle à distance, les développeurs mobile iOS ou encore les directeurs de projet en système d’information.

Une prédominance des profils digitaux que confirme Djaffer Louai, cofondateur de Novo Job, un site de recrutement panafricain présent sur le marché marocain depuis trois ans. ''Nous avons enregistré une chute de plus de 70% des recrutements sur le marché marocain pendant le confinement, par rapport à la même période l’an dernier. Tous les secteurs ont été touchés, à l’exception du digital qui a maintenu, et continue de maintenir, ses recrutements car il est en quête de profils rares'', observe Djaffer Louai, joint par Médias24.

Surconcentration des candidats sur un faible nombre d'annonces

Qu’en est-il désormais, au lendemain de la deuxième phase du déconfinement ? Comme Amina Ghazi, Djaffer Louai se montre prudent : ''Nous ne pouvons pas dire que les recrutements repartent, ni évaluer l’ampleur de ce timide redémarrage. Nous avons remarqué un retour des demandeurs d’emplois – quasiment à hauteur de notre audience habituelle – mais les annonces manquent. Il y a une surconcentration des candidats sur un faible nombre d’annonces.''

Ce ''redémarrage pseudo-normal'' est-il marqué par des secteurs plus disposés à recruter que d’autres ? Là encore, la réponse de Djaffer Louai est incertaine, à l’image des réponses de ses clients marocains (une dizaine d’agences d’intérim et de cabinets de recrutement), marquées par beaucoup d’incertitude et d’hésitation : ''Honnêtement, la situation est très floue. Nos échanges avec certains DRH marocains montrent que le recrutement n’est pas la priorité. Globalement, les entreprises font avec les moyens du bord et retardent au maximum les recrutements, sauf en cas de nécessité absolue. Entre la reprise telle qu’elle est annoncée sur le papier et les problèmes logistiques réels des entreprises, il y a un écart.'' 

Les cadres, mieux lotis ?

Il y a bien un autre secteur qui parvient à maintenir la tête hors de l’eau : les métiers du conseil et du développement RH. Comprendre, les cols blancs. ''Les affaires reprennent depuis le 11 juin, voire même depuis début juin. Les clients veulent rencontrer les candidats et inversement'', s’enthousiasme Marc Chalet, responsable de l’activité Executive Search au sein du cabinet marocain Diorh, spécialisé dans le recrutement des cadres et des postes affectés aux comités de direction.

Ce chasseur de têtes dit maintenir le contact avec les clients ''qui ont les reins solides et visent des objectifs de croissance plus que de résultats'', ainsi que les secteurs qui n’ont pas perdu de leur dynamisme, particulièrement ''les entreprises pharmaceutiques, d’équipements médicaux et de distribution des hydrocarbures''.

Les postes commerciaux ne sont pas les plus courus, à l’inverse, par exemple, des directeurs des ressources humaines : ''Ce sont eux qui assurent l’application des gestes barrières et les relations avec les syndicats. Leur présence est cruciale au sein des entreprises.'' Le message de Marc Chalet est le même que celui d’Amina Ghazi et de Djaffer Louai : ''Un poste vacant, c’est un manque à gagner. Il faut avant tout pallier certains départs et privilégier les fonctions essentielles au bon fonctionnement des entreprises.'' Plus encore en cette période d’incertitude.

>>Lire aussi : Une vague de licenciements massifs se prépare dans le secteur privé

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