RAM : Les détails du plan d'aide de 6 milliards de DH de l'Etat

Une 1ère tranche de 2,5 MMDH sera débloquée incessamment sous forme de prêt garanti par l’Etat et les 3,5 restants, sous forme d’injections ponctuelles de capitaux et de subventions qui serviront à assurer le bon fonctionnement de la RAM pendant 2 ou 3 ans, le temps de dépasser la crise.

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RAM : Les détails du plan d'aide de 6 milliards de DH de l'Etat

Le 14 juillet 2020 à 16:42

Modifié le 15 juillet 2020 à 11:15

Lors du débat général sur le projet de loi de finances rectificative, organisé lundi 13 juillet à la première Chambre du Parlement, Mohamed Benchaâboun a annoncé un soutien financier public de 6 MMDH à la RAM sans toutefois révéler des détails.

Sollicitée par Medias24, une source ministérielle du transport aérien, associée aux négociations entre l’argentier du Royaume et la compagnie nationale, a fait le point sur la destination de cet appui financier qui permettra à la RAM, durement impactée, de lever des fonds avec la caution de l’Etat, entre autres mesures.

Une première tranche débloquée rapidement

Selon notre interlocuteur, l'enveloppe de 6 milliards de dirhams prévue par le ministère des Finances pour aider la compagnie nationale sera débloquée en plusieurs tranches, à savoir dans un premier temps 2,5 milliards de dirhams puis 3,5 milliards de dirhams sur plusieurs années.

« Les 2,5 MMDH seront levés par la RAM sous forme de crédit auprès de ses banques partenaires grâce à la caution de l'État, responsable en cas de non-remboursement.

« En d'autres termes, elle va donc s'endetter et aura davantage de charges à gérer à l’avenir », tient à préciser notre interlocuteur.

3,5 MMDH versés sur plusieurs années

Quant à la 2e tranche, la forme définitive du versement n'a pas encore été tranchée mais les 3,5 milliards devraient prendre la forme de subventions directes, d’injections d’argent public dans le capital de la RAM et très certainement encore à travers des prêts garantis par l'État.

« Il faut rappeler que l'obtention de l'aide directe et de la caution étatique auprès des banques est conditionnée par la mise en œuvre du plan de restructuration annoncé récemment par la direction.

« Cela passera obligatoirement par l'allègement de l'outil de production de la compagnie, à savoir le retrait de 20 avions sur un total de 59 appareils.

Un soutien conditionné à une flotte plus modeste

« Ce n'est qu'après avoir retiré le tiers de la flotte qu’elle décidera de ce qu'elle fera des avions immobilisés car dans cette première étape, l'essentiel est qu'ils ne soient plus dans le circuit.

« En attendant de connaître leur sort, ils doivent absolument être mis à l'écart de toute activité aérienne car tant qu'ils sont censés être opérationnels, leur mobilisation génère de grandes charges.

« En effet, quand un avion est retiré de l'exploitation commerciale, il faut prévoir d'enlever les ressources humaines qui vont avec, à savoir les pilotes, stewards, hôtesses de l'air, mécaniciens, agents d'entretien, ceux qui interviennent sur le reste de la chaîne sans compter les charges de parking …

« Si l'État a exigé une restructuration avec 858 licenciements, c'est d'une part à cause de la très forte réduction actuelle de l'activité mais également à cause des sombres prévisions pour les années à venir.

Un trafic aérien en baisse jusqu’à 2024

« En fait, ce plan social n'est pas une exception propre au Maroc car à l'instar de toutes les compagnies du monde, les autorités de tutelle de la RAM ont estimé que les perspectives de développement du trafic aérien continueront à péricliter jusqu'à 2022, voire même 2024.

 « Pour faire face à cette évolution, toutes les compagnies ont par conséquent été obligées de se délester d'une partie importante de leur flotte et évidemment de leur personnel navigant.

20 avions dans des hangars faute d’acquéreurs ou de locataires

« Pour l'instant, il n'est pas possible de se prononcer sur le sort des avions mis de côté car à moins de les céder pour une bouchée de pain, le marché de la revente d’appareils d’occasion même quasi neuf est loin d’être favorable avec un manque flagrant d'acquéreur durant cette conjoncture de crise.

« La même difficulté ne manquera pas de se poser si la RAM veut louer ses 20 avions à des opérateurs spécialisés, obligés de réduire drastiquement leur activité en raison d’une baisse mondiale du trafic.

« En effet, la crise actuelle a inversé la donne avec une offre très importante d'aéronefs et de pilotes désormais au chômage, confrontée à une demande qui n'arrête pas de se réduire à peau de chagrin.

« C'est la raison pour laquelle tous les transporteurs ont été obligés de se débarrasser d'une partie de leur flotte comme l'a fait Air France avec l'ensemble de ses Airbus A380 dont un seul de ces gros porteurs d’une capacité de plus de 500 places représente l'équivalent de 4 Boeing 737 de la RAM.

« Au vu des perspectives d’évolution du développement du trafic aérien et dans l'incapacité de financer le fonctionnement de la compagnie dans sa taille actuelle, l'État a donc exigé de mettre le tiers de sa flotte dans des hangars.

Une aide publique pour survivre jusqu’au retour de la croissance

« En attendant des jours meilleurs, les 6 milliards de dirhams vont donc permettre à la RAM de tenir financièrement pendant les 3 ou 4 prochaines année avec une flotte et un personnel réduits de 30% dans le cadre d'une cure d'amaigrissement permettant d'avoir une taille correcte.

Interrogé sur leur utilisation, notre interlocuteur affirme que l'aide publique ne servira pas à financer le plan social mais plutôt à organiser la survie de la RAM pour les 5 prochaines années.

« En effet, contrairement à l’ONEE, le versement de l’aide publique ne se fera pas immédiatement à savoir en 2020 ou même en 2021 car il est prévu qu’il s’étalera sur les deux ou trois années à venir.

« Car malgré la réduction de la taille de la compagnie et de ses charges, consécutive au plan de restructuration, il va falloir survivre dans une conjoncture où le trafic aérien ne sera pas suffisant.

"La RAM sera déficitaire jusqu’en 2024"

« Ainsi, si les estimations tablent en 2020 sur une baisse de 80 à 90% du trafic de la RAM, l’année 2021, malgré le plan social, ne se présentera pas beaucoup mieux avec un trend baissier de 60 à 70%.

« Partant de là, il faudra donc attendre 2022 pour réaliser la moitié du niveau de 2019 et 2023 pour retrouver 70 à 80% du trafic réalisé en 2019. En d’autres termes, il faut tenir le cap jusqu’en 2024.

« Face aux zones de turbulences, liées à la mauvaise conjoncture mondiale, la RAM, même restructurée, restera certainement déficitaire durant au moins 4 ans et nécessitera donc un accompagnement sous forme de perfusions ponctuelles publiques », conclut notre source en précisant que l’aide garantie par l'État servira à assurer les frais de fonctionnement jusqu’à 2023, voire 2025.

Au final, il faut espérer que la RAM traverse actuellement le pic de la crise et pourra rebondir bientôt car si la pandémie et la désaffection devaient s’éterniser, elle aura du mal à survivre seule sans ce soutien financier de l’Etat qui permettra d’assurer la continuité de son activité et combler ses déficits à venir …

RAM : Les détails du plan d'aide de 6 milliards de DH de l'Etat

Le 14 juillet 2020 à16:42

Modifié le 15 juillet 2020 à 11:15

Une 1ère tranche de 2,5 MMDH sera débloquée incessamment sous forme de prêt garanti par l’Etat et les 3,5 restants, sous forme d’injections ponctuelles de capitaux et de subventions qui serviront à assurer le bon fonctionnement de la RAM pendant 2 ou 3 ans, le temps de dépasser la crise.

Lors du débat général sur le projet de loi de finances rectificative, organisé lundi 13 juillet à la première Chambre du Parlement, Mohamed Benchaâboun a annoncé un soutien financier public de 6 MMDH à la RAM sans toutefois révéler des détails.

Sollicitée par Medias24, une source ministérielle du transport aérien, associée aux négociations entre l’argentier du Royaume et la compagnie nationale, a fait le point sur la destination de cet appui financier qui permettra à la RAM, durement impactée, de lever des fonds avec la caution de l’Etat, entre autres mesures.

Une première tranche débloquée rapidement

Selon notre interlocuteur, l'enveloppe de 6 milliards de dirhams prévue par le ministère des Finances pour aider la compagnie nationale sera débloquée en plusieurs tranches, à savoir dans un premier temps 2,5 milliards de dirhams puis 3,5 milliards de dirhams sur plusieurs années.

« Les 2,5 MMDH seront levés par la RAM sous forme de crédit auprès de ses banques partenaires grâce à la caution de l'État, responsable en cas de non-remboursement.

« En d'autres termes, elle va donc s'endetter et aura davantage de charges à gérer à l’avenir », tient à préciser notre interlocuteur.

3,5 MMDH versés sur plusieurs années

Quant à la 2e tranche, la forme définitive du versement n'a pas encore été tranchée mais les 3,5 milliards devraient prendre la forme de subventions directes, d’injections d’argent public dans le capital de la RAM et très certainement encore à travers des prêts garantis par l'État.

« Il faut rappeler que l'obtention de l'aide directe et de la caution étatique auprès des banques est conditionnée par la mise en œuvre du plan de restructuration annoncé récemment par la direction.

« Cela passera obligatoirement par l'allègement de l'outil de production de la compagnie, à savoir le retrait de 20 avions sur un total de 59 appareils.

Un soutien conditionné à une flotte plus modeste

« Ce n'est qu'après avoir retiré le tiers de la flotte qu’elle décidera de ce qu'elle fera des avions immobilisés car dans cette première étape, l'essentiel est qu'ils ne soient plus dans le circuit.

« En attendant de connaître leur sort, ils doivent absolument être mis à l'écart de toute activité aérienne car tant qu'ils sont censés être opérationnels, leur mobilisation génère de grandes charges.

« En effet, quand un avion est retiré de l'exploitation commerciale, il faut prévoir d'enlever les ressources humaines qui vont avec, à savoir les pilotes, stewards, hôtesses de l'air, mécaniciens, agents d'entretien, ceux qui interviennent sur le reste de la chaîne sans compter les charges de parking …

« Si l'État a exigé une restructuration avec 858 licenciements, c'est d'une part à cause de la très forte réduction actuelle de l'activité mais également à cause des sombres prévisions pour les années à venir.

Un trafic aérien en baisse jusqu’à 2024

« En fait, ce plan social n'est pas une exception propre au Maroc car à l'instar de toutes les compagnies du monde, les autorités de tutelle de la RAM ont estimé que les perspectives de développement du trafic aérien continueront à péricliter jusqu'à 2022, voire même 2024.

 « Pour faire face à cette évolution, toutes les compagnies ont par conséquent été obligées de se délester d'une partie importante de leur flotte et évidemment de leur personnel navigant.

20 avions dans des hangars faute d’acquéreurs ou de locataires

« Pour l'instant, il n'est pas possible de se prononcer sur le sort des avions mis de côté car à moins de les céder pour une bouchée de pain, le marché de la revente d’appareils d’occasion même quasi neuf est loin d’être favorable avec un manque flagrant d'acquéreur durant cette conjoncture de crise.

« La même difficulté ne manquera pas de se poser si la RAM veut louer ses 20 avions à des opérateurs spécialisés, obligés de réduire drastiquement leur activité en raison d’une baisse mondiale du trafic.

« En effet, la crise actuelle a inversé la donne avec une offre très importante d'aéronefs et de pilotes désormais au chômage, confrontée à une demande qui n'arrête pas de se réduire à peau de chagrin.

« C'est la raison pour laquelle tous les transporteurs ont été obligés de se débarrasser d'une partie de leur flotte comme l'a fait Air France avec l'ensemble de ses Airbus A380 dont un seul de ces gros porteurs d’une capacité de plus de 500 places représente l'équivalent de 4 Boeing 737 de la RAM.

« Au vu des perspectives d’évolution du développement du trafic aérien et dans l'incapacité de financer le fonctionnement de la compagnie dans sa taille actuelle, l'État a donc exigé de mettre le tiers de sa flotte dans des hangars.

Une aide publique pour survivre jusqu’au retour de la croissance

« En attendant des jours meilleurs, les 6 milliards de dirhams vont donc permettre à la RAM de tenir financièrement pendant les 3 ou 4 prochaines année avec une flotte et un personnel réduits de 30% dans le cadre d'une cure d'amaigrissement permettant d'avoir une taille correcte.

Interrogé sur leur utilisation, notre interlocuteur affirme que l'aide publique ne servira pas à financer le plan social mais plutôt à organiser la survie de la RAM pour les 5 prochaines années.

« En effet, contrairement à l’ONEE, le versement de l’aide publique ne se fera pas immédiatement à savoir en 2020 ou même en 2021 car il est prévu qu’il s’étalera sur les deux ou trois années à venir.

« Car malgré la réduction de la taille de la compagnie et de ses charges, consécutive au plan de restructuration, il va falloir survivre dans une conjoncture où le trafic aérien ne sera pas suffisant.

"La RAM sera déficitaire jusqu’en 2024"

« Ainsi, si les estimations tablent en 2020 sur une baisse de 80 à 90% du trafic de la RAM, l’année 2021, malgré le plan social, ne se présentera pas beaucoup mieux avec un trend baissier de 60 à 70%.

« Partant de là, il faudra donc attendre 2022 pour réaliser la moitié du niveau de 2019 et 2023 pour retrouver 70 à 80% du trafic réalisé en 2019. En d’autres termes, il faut tenir le cap jusqu’en 2024.

« Face aux zones de turbulences, liées à la mauvaise conjoncture mondiale, la RAM, même restructurée, restera certainement déficitaire durant au moins 4 ans et nécessitera donc un accompagnement sous forme de perfusions ponctuelles publiques », conclut notre source en précisant que l’aide garantie par l'État servira à assurer les frais de fonctionnement jusqu’à 2023, voire 2025.

Au final, il faut espérer que la RAM traverse actuellement le pic de la crise et pourra rebondir bientôt car si la pandémie et la désaffection devaient s’éterniser, elle aura du mal à survivre seule sans ce soutien financier de l’Etat qui permettra d’assurer la continuité de son activité et combler ses déficits à venir …

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