Projet éolien-blockchain à Dakhla : face à la controverse, Soluna fait le point

Lors d'une conférence de presse organisée ce mercredi 9 décembre, le PDG de la société américaine Soluna a répondu aux critiques en exposant les avancements du projet de ferme éolienne-serveurs blockchain, prometteur mais objet de polémiques. 

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Projet éolien-blockchain à Dakhla : face à la controverse, Soluna fait le point Maquette du projet "Harmattan" de Soluna technologies

Le 09 décembre 2020 à 20:20

Modifié le 10 décembre 2020 à 13:19

La création d’un parc éolien de 900 MW est le projet ambitieux, mais déjà controversé, de la société américaine “Soluna Technologies”. 

Le projet “Harmattan” doit s'étendre sur plus de 10.000 hectares dans les environs de Dakhla. Il a pour objectif de produire de l’énergie propre pour faire tourner des serveurs destinés à la blockchain.

Pour rappel, c'est "Brookstone Partners" qui est à l'origine de cette initiative. Il s'agit du Fonds américain de capital investissement qui contrôle l'opérateur "Soluna". L’investissement doit se situer dans une fourchette de 1,4 à 3 milliards de dollars sur 5 ans.

Ce projet ambitionne également de développer et aider la région de Dakhla, notamment à travers le "1% program" dans le cadre duquel 1% du revenu du projet sera reversé à la communauté locale pour l’éducation, la formation professionnelle ainsi que l’entrepreneuriat et les programmes de santé.

Depuis l'annonce de son lancement en juillet 2018, plus aucune communication n'a été faite sur l'avancement du projet jusqu'à ce mercredi 9 décembre 2020, date à laquelle une conférence de presse a été organisée en ligne.

Cela dit, le méga projet a plutôt fait parler de lui, dans le cadre de la bataille judiciaire opposant Michael Toporek, actionnaire américain de Brookstone Partners Morocco et Omar Belmamoun qui en est le PDG. Ce dernier invoque la paternité du projet et accuse son associé de l'avoir détourné. Une procédure d'arbitrage est en vue, après une action pénale non concluante. 

La conférence de presse a été organisée pour "faire preuve de transparence", affirme John Belzaire, PDG de "Soluna technologies" qui déclare par ailleurs être "directement attaqué par le polisario dans les médias". Cet événement a été l’occasion de s'arrêter sur l'avancement du projet mais aussi d'en rappeler les objectifs. 

"Notre projet n’est pas une ferme de bitcoins"

Souvent associé à des activités criminelles en raison du traçage difficile, l'usage de la cryptomonnaie, qui repose sur la technologie blockchain, suscite de multiples craintes au sein de nombreux pays.

Sachant que ce projet vise à créer une infrastructure de location de capacités de calcul qui seront utilisées par les mineurs de cryptomonnaies et plus généralement par les réseaux de blockchain, des questions se posent sur les réels objectifs de ce projet.

La réponse de la société Soluna a été claire : ce projet "n'est pas une ferme de bitcoins et aucun bitcoin ne sera produit au Maroc". 

M. Belzaire assure que la société a "ouvertement exposé à la Banque centrale et à l’Office des changes sa structure, à la fois sur les volets financier et judiciaire, pour s’assurer qu’elle est conforme à toutes les législations en vigueur au Maroc. Nous avons présenté le business plan au gouvernement et avons été clairs que ces installations ne seront pas destinées à aider la communauté marocaine à développer de la cryptomonnaie ni à la vendre sur le territoire marocain”.

 "Nous comprenons que les travaux de l’AMDIE soient longs"

L'absence de communication vis-à-vis de l'avancement du projet durant les deux années suivant l'annonce de sa création a elle aussi laissé place aux doutes. S'agit-il de blocages ou de réticences au niveau administratif ? Le projet est-il réalisable ? Comment expliquer que la convention d'investissement dont la signature était prévue pour 2018 n'a toujours pas été signée ? 

Questionnée par nos soins, la société Soluna explique ce retard par "la complexité du projet, de sa taille, du nombre d’administrations concernées" et déclare comprendre "que les travaux de l’AMDIE soient longs".

Selon les explications de la société américaine, l'AMDIE coordonne avec les diverses administrations prenant part au processus. Celles-ci ont émis des requêtes auxquelles Soluna déclare avoir apporté des réponses. 

"Dans le cadre de nos discussions avec l’AMDIE nous avons eu l’occasion de clarifier les contours de celui-ci (le projet, ndlr). Nous avons, à titre d’exemple, été amenés à modifier les contours du foncier réservé au projet, et avons pu bénéficier à ce titre d’une extension du foncier alloué au projet par une décision de Commission régionale d’investissement le 6 février 2020, juste avant le confinement".

En outre, M. Belzaire, déclare que durant ces deux années de nombreuses études ont été effectuées et qui, vu leur importance ainsi que celle du projet, ont requis beaucoup de temps et d’argent.

Plus de 10 millions de dollars investis

Selon John Belzaire, "plus de 10 millions de dollars (US) ont été investis dans des efforts de développement”.

Les efforts auxquels il fait référence portent notamment sur la réalisation d’études de mesure de vent, conformes aux standards de la commission électronique internationale (IEC), l’installation de deux mâts de mesure, les relevés topographiques, la réalisation d’études d’impact environnemental (conformes aux standards EIC), mais aussi la mise en place de programmes de recrutement et de formation et la présélection de deux fournisseurs majeurs d’éoliennes. 

La réalisation des études environnementales ont, à elles seules, pris plus d’un an de travail. Sachant que la pandémie a causé un ralentissement au niveau des avancements du projet, John Belzaire affirme “viser mi-2021 pour être prêts au niveau du financement et de la pré-construction”. 

Selon le PDG de Soluna, “ces efforts de développement ont permis de réaliser des avancées notables sur le plan administratif”. 

Maquettes du projet "Harmattan" de Soluna technologies

"Les discussions avec les administrations concernées sont en cours"

Lorsque M. Belzaire parle d'avancées sur le plan administratif, il fait référence à une autorisation délivrée par le ministère de l’Energie en septembre 2019 pour la réalisation de du projet éolien-blockchain de 900 MW en autoconsommation, une autre provenant du CRI en octobre 2019 ainsi qu’une extension du foncier alloué au projet par une décision du CRI datant du 6 février 2020. 

Cette liste d'autorisations obtenues est accessible aux investisseurs de Soluna. C'est ainsi que cette dernière déclare faire preuve de transparence auprès de ses partenaires financiers, notamment ceux sollicités pour investir dans la phase de construction qui "sera financée par une combinaison de capitaux propres et de dettes en utilisant des structures de financement traditionnelles". 

Tout comme le volet financier, le processus administratif suit son cours "contrairement à ce qui a été annoncé", indique John Belzaire. 

Ce dernier précise que des discussions sont toujours en cours avec l’AMDIE et “d’autres administrations concernées par le projet” dans le but de leur apporter "toutes les clarifications nécessaires". 

Le PDG de Soluna technologies a également insisté sur “la faisabilité” du projet sur le plan technique et financier en précisant que ceux qui prétendent le contraire partagent “des fake news pour donner une image négative du projet”. 

>> Lire aussi : Eolien pour la Blockchain à Dakhla: Eclairage avec John Belizaire, PDG de Soluna

Maquette du projet "Harmattan" de Soluna technologies

Projet éolien-blockchain à Dakhla : face à la controverse, Soluna fait le point

Le 09 décembre 2020 à20:22

Modifié le 10 décembre 2020 à 13:19

Lors d'une conférence de presse organisée ce mercredi 9 décembre, le PDG de la société américaine Soluna a répondu aux critiques en exposant les avancements du projet de ferme éolienne-serveurs blockchain, prometteur mais objet de polémiques. 

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La création d’un parc éolien de 900 MW est le projet ambitieux, mais déjà controversé, de la société américaine “Soluna Technologies”. 

Le projet “Harmattan” doit s'étendre sur plus de 10.000 hectares dans les environs de Dakhla. Il a pour objectif de produire de l’énergie propre pour faire tourner des serveurs destinés à la blockchain.

Pour rappel, c'est "Brookstone Partners" qui est à l'origine de cette initiative. Il s'agit du Fonds américain de capital investissement qui contrôle l'opérateur "Soluna". L’investissement doit se situer dans une fourchette de 1,4 à 3 milliards de dollars sur 5 ans.

Ce projet ambitionne également de développer et aider la région de Dakhla, notamment à travers le "1% program" dans le cadre duquel 1% du revenu du projet sera reversé à la communauté locale pour l’éducation, la formation professionnelle ainsi que l’entrepreneuriat et les programmes de santé.

Depuis l'annonce de son lancement en juillet 2018, plus aucune communication n'a été faite sur l'avancement du projet jusqu'à ce mercredi 9 décembre 2020, date à laquelle une conférence de presse a été organisée en ligne.

Cela dit, le méga projet a plutôt fait parler de lui, dans le cadre de la bataille judiciaire opposant Michael Toporek, actionnaire américain de Brookstone Partners Morocco et Omar Belmamoun qui en est le PDG. Ce dernier invoque la paternité du projet et accuse son associé de l'avoir détourné. Une procédure d'arbitrage est en vue, après une action pénale non concluante. 

La conférence de presse a été organisée pour "faire preuve de transparence", affirme John Belzaire, PDG de "Soluna technologies" qui déclare par ailleurs être "directement attaqué par le polisario dans les médias". Cet événement a été l’occasion de s'arrêter sur l'avancement du projet mais aussi d'en rappeler les objectifs. 

"Notre projet n’est pas une ferme de bitcoins"

Souvent associé à des activités criminelles en raison du traçage difficile, l'usage de la cryptomonnaie, qui repose sur la technologie blockchain, suscite de multiples craintes au sein de nombreux pays.

Sachant que ce projet vise à créer une infrastructure de location de capacités de calcul qui seront utilisées par les mineurs de cryptomonnaies et plus généralement par les réseaux de blockchain, des questions se posent sur les réels objectifs de ce projet.

La réponse de la société Soluna a été claire : ce projet "n'est pas une ferme de bitcoins et aucun bitcoin ne sera produit au Maroc". 

M. Belzaire assure que la société a "ouvertement exposé à la Banque centrale et à l’Office des changes sa structure, à la fois sur les volets financier et judiciaire, pour s’assurer qu’elle est conforme à toutes les législations en vigueur au Maroc. Nous avons présenté le business plan au gouvernement et avons été clairs que ces installations ne seront pas destinées à aider la communauté marocaine à développer de la cryptomonnaie ni à la vendre sur le territoire marocain”.

 "Nous comprenons que les travaux de l’AMDIE soient longs"

L'absence de communication vis-à-vis de l'avancement du projet durant les deux années suivant l'annonce de sa création a elle aussi laissé place aux doutes. S'agit-il de blocages ou de réticences au niveau administratif ? Le projet est-il réalisable ? Comment expliquer que la convention d'investissement dont la signature était prévue pour 2018 n'a toujours pas été signée ? 

Questionnée par nos soins, la société Soluna explique ce retard par "la complexité du projet, de sa taille, du nombre d’administrations concernées" et déclare comprendre "que les travaux de l’AMDIE soient longs".

Selon les explications de la société américaine, l'AMDIE coordonne avec les diverses administrations prenant part au processus. Celles-ci ont émis des requêtes auxquelles Soluna déclare avoir apporté des réponses. 

"Dans le cadre de nos discussions avec l’AMDIE nous avons eu l’occasion de clarifier les contours de celui-ci (le projet, ndlr). Nous avons, à titre d’exemple, été amenés à modifier les contours du foncier réservé au projet, et avons pu bénéficier à ce titre d’une extension du foncier alloué au projet par une décision de Commission régionale d’investissement le 6 février 2020, juste avant le confinement".

En outre, M. Belzaire, déclare que durant ces deux années de nombreuses études ont été effectuées et qui, vu leur importance ainsi que celle du projet, ont requis beaucoup de temps et d’argent.

Plus de 10 millions de dollars investis

Selon John Belzaire, "plus de 10 millions de dollars (US) ont été investis dans des efforts de développement”.

Les efforts auxquels il fait référence portent notamment sur la réalisation d’études de mesure de vent, conformes aux standards de la commission électronique internationale (IEC), l’installation de deux mâts de mesure, les relevés topographiques, la réalisation d’études d’impact environnemental (conformes aux standards EIC), mais aussi la mise en place de programmes de recrutement et de formation et la présélection de deux fournisseurs majeurs d’éoliennes. 

La réalisation des études environnementales ont, à elles seules, pris plus d’un an de travail. Sachant que la pandémie a causé un ralentissement au niveau des avancements du projet, John Belzaire affirme “viser mi-2021 pour être prêts au niveau du financement et de la pré-construction”. 

Selon le PDG de Soluna, “ces efforts de développement ont permis de réaliser des avancées notables sur le plan administratif”. 

Maquettes du projet "Harmattan" de Soluna technologies

"Les discussions avec les administrations concernées sont en cours"

Lorsque M. Belzaire parle d'avancées sur le plan administratif, il fait référence à une autorisation délivrée par le ministère de l’Energie en septembre 2019 pour la réalisation de du projet éolien-blockchain de 900 MW en autoconsommation, une autre provenant du CRI en octobre 2019 ainsi qu’une extension du foncier alloué au projet par une décision du CRI datant du 6 février 2020. 

Cette liste d'autorisations obtenues est accessible aux investisseurs de Soluna. C'est ainsi que cette dernière déclare faire preuve de transparence auprès de ses partenaires financiers, notamment ceux sollicités pour investir dans la phase de construction qui "sera financée par une combinaison de capitaux propres et de dettes en utilisant des structures de financement traditionnelles". 

Tout comme le volet financier, le processus administratif suit son cours "contrairement à ce qui a été annoncé", indique John Belzaire. 

Ce dernier précise que des discussions sont toujours en cours avec l’AMDIE et “d’autres administrations concernées par le projet” dans le but de leur apporter "toutes les clarifications nécessaires". 

Le PDG de Soluna technologies a également insisté sur “la faisabilité” du projet sur le plan technique et financier en précisant que ceux qui prétendent le contraire partagent “des fake news pour donner une image négative du projet”. 

>> Lire aussi : Eolien pour la Blockchain à Dakhla: Eclairage avec John Belizaire, PDG de Soluna

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