Exclusif. Comment Holmarcom prépare, en deux temps, un rapprochement BMCI-Crédit du Maroc
Le rachat de BMCI par Holmarcom Finance, attendu d'ici fin 2026, ne se résume pas à un changement d'actionnaire. Lamiae Kendili, DG adjointe du pôle Holmarcom Finance, nous précise le calendrier de l’opération, le sort des 5.100 collaborateurs du futur ensemble, la place que conserve BNP Paribas au Maroc et les ambitions futures du groupe Holmarcom dans le domaine financier.
L'acquisition par Holmarcom Finance Company de la totalité de la participation de BNP Paribas dans BMCI, attendue avant la fin 2026 sous réserve des autorisations réglementaires, est l'opération bancaire la plus importante au Maroc depuis longtemps. Plusieurs aspects, restés peu commentés, en éclairent la portée, la longue préparation, mais surtout les effets attendus dans le secteur bancaire.
Une part de marché de 10% dans la banque et dans l’assurance
À terme et sous réserve des autorisations réglementaires, Holmarcom détiendra 10% du marché bancaire qui s’ajouteront aux 10% du marché de l’assurance (AtlantaSanad).
Une position de longue date au capital de BMCI et un pôle conçu pour l'absorber
L'acquisition annoncée n'arrive pas en terrain vierge. “Holmarcom détient déjà une participation au capital de BMCI via Atlanta Sanad, 8,44%“, indique Lamiae Kendili, DGA de HFC. Cette position minoritaire répondait, selon elle, à une logique tranchée : “Ces positions minoritaires dans le secteur bancaire ont toujours répondu à la même stratégie : consolider la stratégie banque-assurance et consolider les partenariats commerciaux avec nos compagnies d'assurance. Ce sont les premières étapes avant de se diriger vers une acquisition majoritaire qui nécessite l'opportunité“.
La holding Holmarcom Finance Company a, de son aveu, été conçue pour porter une position dans le secteur bancaire, pas seulement les compagnies d'assurance du groupe. “Dès le départ, dans la structure de ce pôle, on a toujours eu un cap“, indique Lamiae Kendili. La fusion Atlanta-Sanad en pleine crise sanitaire, puis le rachat de Crédit du Maroc auprès de Crédit Agricole, en ont été les deux marches préparatoires.

L'opération avec BNP Paribas reproduit ainsi un schéma capitalistique éprouvé : un cédant français en stratégie de recentrage, un acquéreur marocain prêt depuis longtemps. “BNP Paribas, comme avant elle Crédit Agricole, s'inscrit dans une stratégie un peu globale où ils se recentrent, ils reconcentrent leurs activités sur leurs priorités stratégiques. On le voit à l'échelle internationale, pas seulement en Afrique“, relève la dirigeante.
Il faut dire que le retrait de BNP s'inscrit, plus largement, dans un mouvement de désengagement africain des grandes banques européennes engagé depuis 2023, notamment par Société Générale.
Un calendrier de closing dicté par l'opérationnel
“Nous devons closer avant la fin de l'année pour pouvoir démarrer l'année suivante sur l'intégration“, explique Lamiae Kendili. La période entre signing et closing, pendant laquelle "nous menons des processus réglementaires extrêmement rigoureux" ainsi que l'intégration est “préparée de manière très opérationnellement et très minutieusement“. Cette période est décrite comme un “temps incompressible“.
L'opération se déclinera en trois étapes : acquisition (closing), période de transition, puis rapprochement avec Crédit du Maroc. Deux principes structurent l'ensemble selon la dirigeante : “l'accompagnement de BNP dans l'intégration au groupe Holmarcom“ d'une part, “un partenariat commercial dans lequel on s'inscrit sur le long terme“ d'autre part.
BNP Paribas ne quitte pas vraiment le Maroc
Le retrait n'est pas vraiment total. Holmarcom et BNP Paribas signeront un partenariat stratégique commercial pour “continuer à accompagner la clientèle de BMCI et de BNP pour leurs besoins au Maroc, et à l'international“, ce dernier terme désignant principalement l'Europe. Au-delà, BNP conserve une présence indépendante via ses activités de banque de financement et d'investissement (CIB) et via sa filiale de location longue durée Arval.
“BNP est là depuis très longtemps et c'est une très bonne chose qu'il reste. Nous avons des interlocuteurs sérieux, professionnels et engagés et c’était le cas également pour Crédit Agricole“, commente Lamiae Kendili.
Le financement : fonds propres et effet de levier
Sur la mécanique du financement de l’opération, la dirigeante reste prudente en matière de chiffres. “Nous avons les capacités, le bilan et les leviers nécessaires qui nous permettent de structurer nos financements et accompagner notre développement dans la durée et de façon pérenne […]. Avec nos fonds propres, une utilisation maîtrisée de notre capacité de financement et l’accès aux marchés, nous déployons nos investissements avec méthode et discipline et selon une approche résolument institutionnelle“.
L'opération porte pourtant sur un montant significatif. Si le prix ne sera connu qu'au closing, la dirigeante reconnaît que BMCI et Crédit du Maroc sont “à peu près de la même taille“, ce qui, rapporté au prix payé en 2022 pour Crédit du Maroc et aux multiples des transactions africaines récentes de BNP Paribas, peut fournir une fourchette indicative. Les deux banques, CDM et BMCI, sont en effet cotées. En 2022 et 2024, les 78,7% de CDM ont été acquis à 4,7 milliards de DH environ, soit, selon nos calculs, une décote d’environ 12% par rapport au cours boursier de l’époque.
D’ici fin 2026, HFC aura ainsi absorbé deux banques de poids comparable en moins de cinq ans. La manière dont le groupe va porter cet effet de levier cumulé sera observée avec intérêt par les analystes. Rappelons à cet égard l’investissement effectué par IFC dans le capital de HFC en avril 2025, avec une prise de participation de 135 millions de dollars. La présence de HFC renforce la perception extérieure de la holding, notamment en matière de gouvernance et de capacité financière.
5.100 collaborateurs : aucun “plan de licenciement”
Le futur ensemble réunira 2.700 collaborateurs côté BMCI et environ 2.400 côté Crédit du Maroc. Sur ce périmètre, Lamiae Kendili prend un engagement explicite : “C'est une fusion entre deux égaux, au cours de laquelle il n'y aura absolument aucun plan de départ contraint“, autrement dit aucun licenciement. Et d'ajouter : “Ce projet est une opportunité de croissance. Il vise à renforcer notre collectif, pas à le restreindre".
Y aura-t-il des départs volontaires sur incitations financières ? Le ton utilisé ne le laisse pas supposer, insistant au contraire sur la culture d’entreprise consistant à garder tout le monde et à élargir le champ des opportunités de carrière et d’évolution au sein d’un groupement plus grand.
Au lendemain du closing, BMCI conservera son nom et son identité visuelle, contrairement au Crédit du Maroc dont le rebranding avait été immédiat. “Dans un premier temps, on va garder les deux bandeaux jusqu'au rapprochement“, précise Lamiae Kendili. Le nom commun du futur ensemble ne sera tranché qu'à l'étape ultérieure du rapprochement, “dans la logique qui est celle d'un rapprochement entre égaux“.
Le vocabulaire du “rapprochement entre égaux“ est revendiqué, chaque établissement pesant entre 4 et 5 % de part de marché, soit des poids très comparables. L’ensemble devrait se hisser à la 5e place des banques commerciales marocaines.
Les atouts de BMCI
Lamiae Kendili écarte sans détour l'idée d'un redressement à opérer dans le cas de BMCI. “Un redressement, non, absolument pas. On est sur une banque solide qui est bien gérée, avec des normes de gestion des risques, une gouvernance qui sont celles d'un grand groupe bancaire BNP Paribas“. Le futur actionnaire entend capitaliser sur les forces préservées, à commencer par les business models déployés en CIB (corporate et investment banking) et en banque privée, “de vrais atouts distinctifs de la BMCI".
Une complémentarité de portefeuilles plus que de territoires
Selon la dirigeante, les deux banques sont complémentaires plutôt que concurrentes. “On a effectivement une vraie complémentarité en termes de fonds de commerce, d’expertises et d’offres de services“, avance-t-elle. La future entité après-fusion sera une banque universelle.
L’Afrique de l'Ouest en point de mire
Le rapprochement est pensé pour donner au futur ensemble “une capacité d'investissement et des expertises beaucoup plus importantes“ sur la technologie, dans un marché où “les usages changent très vite“.
L'horizon stratégique est continental, mais ciblé. Holmarcom est déjà installé en Côte d'Ivoire avec une compagnie d'assurance bâtie en greenfield (à partir de zéro). “On ne prend pas des participations pour planter des drapeaux“, prévient la dirigeante, qui revendique “une ambition sur l'Afrique de l'Ouest“. On peut en effet penser que la première cible devrait être la Côte d’Ivoire où existe déjà la filiale assurance.
Une promesse stratégique
Pour ce qui concerne la fusion, Lamiae Kendili capitalise sur l'expérience de l'intégration de Crédit du Maroc : “Cela nécessite beaucoup de rigueur, un déploiement millimétré. On ne laisse strictement rien au hasard. On a pleine conscience de la responsabilité, on ne prend pas de risques, on n’appuie sur le bouton qu’une fois qu’on est prêts et que tout est balisé“.
La suite, autorisations réglementaires, prix de cession, structure de financement, négociation sociale, position du Conseil de la concurrence sur la concentration du marché, reste à éclairer. Le rachat n'est, à ce stade, ni un coup d'éclat ni une opération bouclée : c'est une promesse stratégique dont les termes économiques et sociaux seront jugés sur leurs effets. Lamiae Kendili insiste sur le fait qu’en effectuant ces deux acquisitions, Holmarcom a envoyé un message fort de confiance dans le secteur financier marocain.
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