Pendant le confinement, la "charge mentale du foyer" pèse surtout sur les femmes

Le confinement a mis au jour l’inégale répartition des tâches au sein des familles. Les femmes sont sur tous les fronts, ce qui créé une pression souvent difficilement supportable.

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Pendant le confinement, la (Photo MAP)

Le 19 mai 2020 à 17:29

Modifié le 20 mai 2020 à 10:37

Les inégalités de l'urgence sanitaire ne sont pas que sociales ; elles sont aussi genrées. Si le confinement a surexposé les femmes aux violences conjugales, il a aussi exacerbé la charge mentale qui pèse sur elles, notamment les plus précaires ; celles qui travaillent dans le secteur informel avec des salaires très bas et ne bénéficient d’aucune protection sociale.

Mi-avril, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) s’inquiétait du fait que les femmes sont plus nombreuses à avoir un statut de travailleuse indépendante et d’aide familiale, citant les statistiques du HCP relatives au secteur informel. "Très souvent, ce statut est confondu avec celui de travailleuse à domicile. Cette situation enfonce cette catégorie davantage dans la pauvreté, la précarité et la violence économique", indiquait l’ADFM.

"Les femmes sont surreprésentées dans les métiers des services. Nombreuses sont les femmes de ménage notamment à continuer à travailler en cette période, et la plupart sont réticentes à exercer leur droit de retrait par peur de se retrouver au chômage", nous disait encore récemment la sociologue Leila Bouasria.

"Certaines femmes se retrouvent en ligne de mire face au Covid-19, en l’occurrence celles qui travaillent dans le secteur paramédical et les supports, c’est-à-dire les femmes de ménage, les cuisinières ou les blanchisseuses. Dans ces métiers, elles sont majoritaires", souligne de son côté Nadia Ramdani, spécialiste des questions liées au genre, cofondatrice et présidente de l’Association Femmes pour la Diversité et la Paix (AFDP), contactée par Médias24.

Le principe de la charge mentale

"Le stress accumulé au cours de la journée s’ajoute aux doubles journées qui se profilent à leur retour du travail. Elles n’ont ni femme de ménage ni nounou et se retrouvent donc contraintes à faire toutes les tâches domestiques qui n’ont pas été faites pendant la journée, avec parfois des maris violents et par conséquent une pression très forte", ajoute Nadia Ramdani.

Cette situation, Nadia Ramdani la résume deux mots : la charge mentale. Encore méconnu au Maroc, ce concept de sociologie désigne la charge cognitive impulsée par l’organisation de la vie dans le foyer, notamment sur le front domestique : les tâches ménagères, les courses, les enfants qu’il faut conduire à l’école ou chez le médecin, les devoirs à surveiller, etc. La charge mentale est l’illustration criante de l’inégale répartition des rôles parentaux, les femmes étant beaucoup plus sollicitées pour la réalisation des tâches ménagères et domestiques.

"La charge mentale est presque inhérente à la condition féminine dans notre société. Il y a tout un conditionnement socio-culturel et religieux qui fait que les femmes doivent supporter cette charge. C’est un fait construit socialement et culturellement. Sans compter que tout ce temps incommensurable passé à gérer le foyer n’est ni comptabilisé, ni rémunéré. C’est un travail totalement invisibilisé, aussi bien dans la société qu’au sein même de la famille. On est là dans des inégalités genrées puisque l’attribution de ces tâches se fait sur la base du sexe et de façon totalement arbitraire", analyse Nadia Ramdani.

Un déterminisme socio-culturel qui s’articule dès l’enfance

Au-delà de l’inégale répartition des tâches, Nadia Ramdani s’interroge sur la "répartition genrée" des métiers. "Pourquoi les femmes sont-elles majoritaires dans certains secteurs et pas dans d’autres ? Pour moi, il s’agit d’un phénomène d’enculturation : dès le plus jeune âge, une éducation parentale, sociétale et scolaire se met en place et répartit les professions en fonction du sexe. C’est un schéma de pensées collectif qui se base sur des stéréotypes dont la source est avant tout sociale et culturelle. Il faut pointer du doigt ces constructions sociales pour pouvoir les déconstruire", revendique Nadia Ramdani.

L’enculturation est un concept introduit par l’anthropologue américaine Margaret Mead. Il renvoie au processus par lequel la cellule familiale transmet à l’enfant, dès sa naissance, des normes socio-culturelles qui vont le conditionner plus tard dans ses choix de vie, y compris sur le volet professionnel.

A rebours de ce déterminisme genrée, Nadia Ramdani appelle à "orienter les filles vers les métiers STIM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) pour autonomiser économiquement les femmes". Et de conclure : "C’est aussi une problématique économique : si les femmes sont orientées vers des métiers d’avenir et de rehausse économique, c’est un réel développement durable que l’on participe à mettre en place, en incluant la moitié de l’humanité."

(Photo MAP)

Pendant le confinement, la "charge mentale du foyer" pèse surtout sur les femmes

Le 20 mai 2020 à10:37

Modifié le 20 mai 2020 à 10:37

Le confinement a mis au jour l’inégale répartition des tâches au sein des familles. Les femmes sont sur tous les fronts, ce qui créé une pression souvent difficilement supportable.

Les inégalités de l'urgence sanitaire ne sont pas que sociales ; elles sont aussi genrées. Si le confinement a surexposé les femmes aux violences conjugales, il a aussi exacerbé la charge mentale qui pèse sur elles, notamment les plus précaires ; celles qui travaillent dans le secteur informel avec des salaires très bas et ne bénéficient d’aucune protection sociale.

Mi-avril, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) s’inquiétait du fait que les femmes sont plus nombreuses à avoir un statut de travailleuse indépendante et d’aide familiale, citant les statistiques du HCP relatives au secteur informel. "Très souvent, ce statut est confondu avec celui de travailleuse à domicile. Cette situation enfonce cette catégorie davantage dans la pauvreté, la précarité et la violence économique", indiquait l’ADFM.

"Les femmes sont surreprésentées dans les métiers des services. Nombreuses sont les femmes de ménage notamment à continuer à travailler en cette période, et la plupart sont réticentes à exercer leur droit de retrait par peur de se retrouver au chômage", nous disait encore récemment la sociologue Leila Bouasria.

"Certaines femmes se retrouvent en ligne de mire face au Covid-19, en l’occurrence celles qui travaillent dans le secteur paramédical et les supports, c’est-à-dire les femmes de ménage, les cuisinières ou les blanchisseuses. Dans ces métiers, elles sont majoritaires", souligne de son côté Nadia Ramdani, spécialiste des questions liées au genre, cofondatrice et présidente de l’Association Femmes pour la Diversité et la Paix (AFDP), contactée par Médias24.

Le principe de la charge mentale

"Le stress accumulé au cours de la journée s’ajoute aux doubles journées qui se profilent à leur retour du travail. Elles n’ont ni femme de ménage ni nounou et se retrouvent donc contraintes à faire toutes les tâches domestiques qui n’ont pas été faites pendant la journée, avec parfois des maris violents et par conséquent une pression très forte", ajoute Nadia Ramdani.

Cette situation, Nadia Ramdani la résume deux mots : la charge mentale. Encore méconnu au Maroc, ce concept de sociologie désigne la charge cognitive impulsée par l’organisation de la vie dans le foyer, notamment sur le front domestique : les tâches ménagères, les courses, les enfants qu’il faut conduire à l’école ou chez le médecin, les devoirs à surveiller, etc. La charge mentale est l’illustration criante de l’inégale répartition des rôles parentaux, les femmes étant beaucoup plus sollicitées pour la réalisation des tâches ménagères et domestiques.

"La charge mentale est presque inhérente à la condition féminine dans notre société. Il y a tout un conditionnement socio-culturel et religieux qui fait que les femmes doivent supporter cette charge. C’est un fait construit socialement et culturellement. Sans compter que tout ce temps incommensurable passé à gérer le foyer n’est ni comptabilisé, ni rémunéré. C’est un travail totalement invisibilisé, aussi bien dans la société qu’au sein même de la famille. On est là dans des inégalités genrées puisque l’attribution de ces tâches se fait sur la base du sexe et de façon totalement arbitraire", analyse Nadia Ramdani.

Un déterminisme socio-culturel qui s’articule dès l’enfance

Au-delà de l’inégale répartition des tâches, Nadia Ramdani s’interroge sur la "répartition genrée" des métiers. "Pourquoi les femmes sont-elles majoritaires dans certains secteurs et pas dans d’autres ? Pour moi, il s’agit d’un phénomène d’enculturation : dès le plus jeune âge, une éducation parentale, sociétale et scolaire se met en place et répartit les professions en fonction du sexe. C’est un schéma de pensées collectif qui se base sur des stéréotypes dont la source est avant tout sociale et culturelle. Il faut pointer du doigt ces constructions sociales pour pouvoir les déconstruire", revendique Nadia Ramdani.

L’enculturation est un concept introduit par l’anthropologue américaine Margaret Mead. Il renvoie au processus par lequel la cellule familiale transmet à l’enfant, dès sa naissance, des normes socio-culturelles qui vont le conditionner plus tard dans ses choix de vie, y compris sur le volet professionnel.

A rebours de ce déterminisme genrée, Nadia Ramdani appelle à "orienter les filles vers les métiers STIM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) pour autonomiser économiquement les femmes". Et de conclure : "C’est aussi une problématique économique : si les femmes sont orientées vers des métiers d’avenir et de rehausse économique, c’est un réel développement durable que l’on participe à mettre en place, en incluant la moitié de l’humanité."

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