Les sept anecdotes inédites de la MDJS sur le sacre des Lions de l’Atlas en 1976

Le 10 janvier 2022 à 11h12

La Marocaine des jeux et des sports (MDJS) revient sur le parcours glorieux des Lions de l’Atlas en sept récits méconnus de l’histoire du football marocain, que les moins de 40 ans ne peuvent (peut-être) pas connaître…

La Coupe d’Afrique des Nations de 1976 fut la première édition durant laquelle l’ensemble des participants avait déjà pris part, au moins, à une précédente compétition continentale. Ce fut donc une dixième édition relevée entre les huit équipes expérimentées ayant pris part à cette compétition, organisée pour la troisième fois en Éthiopie. Le Maroc, qui en était à sa deuxième participation, s’en sortait avec deux victoires contre le Zaïre (1-0) et le Nigéria (3-1), en plus d’un nul contre le Soudan (2-2) au premier tour.

Au groupe final (ça se passait ainsi à l’époque), il réitérait l’exploit en battant encore une fois le Nigéria (2- 1), mais aussi l’Égypte (2-1) ; et enfin, en décrochant un précieux match nul contre la Guinée (1-1) qui lui vaut le sacre ce 14 mars 1976 au stade d’Addis-Abeba.

Un sélectionneur galonné droit dans ses bottes

Commençons le premier de ces sept récits avec Gheorghe Mărdărescu, entraîneur de l’équipe nationale à l’époque. Sa mission consistait avant tout à mettre en jambes des joueurs sélectionnés par une autre figure incontournable du football marocain, qui n’était autre que le Colonel Mehdi Belmajdoub, alors secrétaire général de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Connaissant parfaitement les difficultés des rencontres avec les équipes continentales, ce sélectionneur avait fait primer les qualités physiques, plutôt que techniques, lors de la sélection des joueurs. Droit dans ses bottes, ce galonné des Forces armées royales – par ailleurs véritable légende de l’équipe militaire – avait fait preuve d’une impartialité exemplaire : aucun joueur de son équipe de cœur n’avait été embarqué dans cette aventure footballistique panafricaine.

Ce sont les cadres de l’équipe du Maghreb de Fès (MAS) et du Chabab de Mohammedia qui ont constitué l’ossature de la sélection, avec quatre joueurs pour chacune des équipes.

Une limonade, oui, mais uniquement pour les cadres !

Le second récit se déroule lors d’un dîner, à l’issue d’une soirée de match de premier tour. Abdelmajid Dolmy, avec son duvet de remplaçant de 23 ans à l’époque, se dirige vers le buffet pour se faire servir un soda. « Non ! C’est réservé aux cadres », lui rétorque un membre du staff. Seuls trois joueurs de l’équipe nationale avaient été autorisés à consommer cette banale boisson. Et rien à voir avec des considérations d’ordre alimentaire !

À l’époque, alors que l’on pouvait se permettre de tirer sur une clope en pleine mi-temps, les régimes alimentaires étaient loin d’être une priorité ! Pour des raisons budgétaires ? Peut-être : le football marocain n’avait pas les moyens dont il dispose aujourd’hui – même la concentration du Onze national avait été prise en charge, à l’époque, par l’Arabie Saoudite. En tout cas, cette discrimination entre joueurs ne fut pas du goût d’Abdelmajid Dolmy, qui finit bien par avoir son soda. Il en était même arrivé à exiger son passeport afin de pouvoir quitter le camp de l’équipe nationale, ainsi qu’il le raconte lui-même dans son autobiographie. Signe avant-coureur de ce joueur de caractère, qui deviendra celui que les supporters surnomment le Maestro…

Les miraculés du ciel…

Après la qualification au tour final, l’équipe nationale était censée quitter la ville de Dir Dawa, où elle avait disputé ses trois premiers matchs. Prochaine étape : la capitale Addis-Abeba, à 450 kilomètres à l’est. Or, ce qui ne devait être qu’un vol domestique d’une heure fut une effroyable épreuve : quelques minutes après le décollage, l’un des réacteurs de l’avion prend feu. À bord, les passagers et l’équipage sont en panique ; l’avion se redirige alors vers l’aéroport d’origine, où la vieille carlingue de l’armée de l’air éthiopienne effectue un atterrissage forcé. Les joueurs, qui ont longtemps prié pour avoir la vie sauve, avaient même refusé, dans un premier temps, l’invitation du commandant de bord à remonter dans l’avion.

Baba, le but salvateur

C’est un match de poule, mais c’est aussi un match de final (ça se passait ainsi à l’époque). Le Maroc peut se contenter d’un nul pour s’assurer le sacre, sauf qu’il est mené au score depuis la 33e minute. Un but inscrit par Chérif Souleiman, l’une des stars de l’équipe guinéenne titulaire du ballon d’africain en 1972. Les coéquipiers de Petit Sory sont alors les heureux vainqueurs de la Coupe jusqu’à la 86e minute, lorsque Ahmed Makrouh, dit Baba, décoche un tir en dehors de la surface qui finit dans les filets… en pleine lucarne. Le seul but de la compétition de ce Jdidi fût le plus décisif. Mais le match n’est pas encore terminé…

El Hezzaz y laisse un doigt

On arrive à la fin du temps réglementaire de ce match décisif. Un attaquant guinéen lance un boulet de canon vers le cadre de Hamid El Hezzaz. Le keeper des Lions s’étire le long de son mètre 84 pour dévier le ballon du bout des gants. C’était en fait du bout du mineur de sa main droite, qui est resté crochu… à jamais. Ce qui n’a pas empêché ce joueur légendaire du Maghreb de Fès de défendre, pour de longues années encore, les cages de son équipe ainsi que celles du Onze national.

Faras, le capitaine sur le banc

Blessé quelque temps avant le début de la compétition, Ahmed Faras, le patron de l’équipe nationale, était resté scotché sur le banc de touche pendant les deux premiers matchs des Lions. Au moment de remettre ses crampons, il enchaîne trois rencontres d’anthologie lors desquelles il ouvre systématiquement le score pour haranguer ses coéquipiers. Avec ses trois buts au compteur, il termine cette CAN 1976 en tant que deuxième meilleur buteur de la compétition. Ce que l’on retient surtout, c’est que c’est lui qui soulève la coupe de cette édition en tant que capitaine des champions en titre. Un sacre qui lui a légitimement valu le ballon d’or africain de l’année ; le premier de l’histoire pour un joueur marocain. Après cette édition de la CAN, Ahmed Faras est même convoité par le Real Madrid. C’est d’ailleurs un certain Santiago Bernabeu qui avait fait le déplacement jusqu’à Mohammedia pour tenter de convaincre Mohamed Aït Menna, président spirituel du Chabab. Ahmad Faras déclinera finalement cette offre, refusant de s’éloigner de sa famille et de sa ville.

Une prime de 10.000 dirhams pour chaque joueur

De retour au Maroc, les joueurs de la sélection nationale sont accueillis en héros, sous les applaudissements des supporters marocains. Une cérémonie est organisée en leur honneur sur l’esplanade de l’actuelle Wilaya de Casablanca, en présence de Son Altesse Royale, le prince Sidi Mohammed, alors prince héritier. La prime de consécration attribuée aux joueurs s’élevait alors à 10.000 dirhams. Une somme dérisoire en comparaison avec les moyens actuels du football marocain mais, il n’empêche, c’était tout de même une petite fortune à une époque où la monnaie nationale valait plus que le franc français ! Et surtout, à une époque où le foot business n’en était qu’à ses balbutiements…

Le 10 janvier 2022

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