Faire du sport un levier de développement au Maroc: Les recommandations d'un expert

Dans un nouveau rapport, produit par Abdelkader Bourhim et envoyé à la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), l'expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportives émet une dizaine de recommandations pour faire du sport un véritable levier de développement au Maroc.

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Faire du sport un levier de développement au Maroc: Les recommandations d'un expert (Photo AIC press)

Le 05 janvier 2021 à 12:30

Modifié le 06 janvier 2021 à 11:39

Dans ce rapport, intitulé "Le sport que nous voulons: le pouvoir économique, social et stratégique du sport dans le nouveau développement du Maroc", M. Bourhim estime que le sport est une véritable industrie. Le secteur pèse près de 1.200 milliards d’euros, soit 2% du PIB mondial. En termes d’emploi, il représente 2,2% des travailleurs de l’Union européenne. En France par exemple, il représente 480.000 emplois, contre seulement 240.000 au Maroc. 

En Afrique du sud, pays dont l’économie est relativement proche de celle du Maroc, la contribution du sport au PIB est d’environ 2%, alors qu'au Maroc, en 2014, seul 0,66% du PIB était consacré au sport. Ces quelques chiffres donnent un aperçu sur le potentiel économique du sport dans le monde, mais aussi sur le retard qu’accuse le Maroc en la matière.

Pour en faire un véritable levier de développement économique, social et stratégique au Royaume, l’expert recommande de :

1- Bâtir et implémenter une véritable politique nationale et régionale du sport reposant sur trois piliers fondamentaux: la formation, la bonne gouvernance et la performance sportive et économique.

2- Adapter les modes de gouvernance des organisations aux spécificités des nouveaux enjeux sportifs et économiques marocains. Pour ce faire, une formation des dirigeants sportifs aux exigences du sport professionnel s’impose. Il faudra également dissocier le sport amateur, des associations à but non lucratif, et du sport professionnel organisé en sociétés sportives privées. Les professionnels du secteur doivent aussi mettre en place un management opérationnel dans chaque structure sportive, en s’appuyant sur les compétences issues des filières spécialisées en management du sport et en plaçant celles-ci au cœur de la gestion de nos clubs et de nos institutions sportives. Il est aussi préférable de numériser les modes d’adhésions aux clubs sportifs.

3- Créer une agence nationale pour le sport afin d’assurer la régulation du secteur et veiller à la mise en œuvre efficace de la politique sportive. Elle devra certainement associer des représentants de l’état du mouvement sportif, des collectivités territoriales et des acteurs économiques et sociaux (fédérations, clubs et entreprises privées).

4- Consolider les outils juridiques offerts par la nouvelle loi 30-09 de la jeunesse et du sport pour permettre d'assurer une plus grande protection et davantage de garanties pour les intervenants dans le secteur du sport (investisseurs, institutionnels, médias, etc.), afin de favoriser l'émergence d'une véritable industrie du sport au Maroc. 

5- Déployer massivement des infrastructures de proximité et les infrastructures socio-éducatives pour améliorer la pratique d’activités physiques et l’inclusion par le sport dans les territoires. Leur gestion devra s'inscrire dans le programme de la régionalisation avancée pour faciliter leur déploiement et leur exploitation. Il faudra également harmoniser les politiques sportives locales afin de limiter les disparités territoriales en termes d'infrastructures.

6- Renforcer la formation de haut niveau pour favoriser l’émergence d’une expertise managériale du sport au Maroc. Pour ce faire, l'expert recommande de renforcer et développer les formations "Sports-études", adapter le rythme scolaire à la pratique du sport pour éviter le décrochage, communiquer sur la filière du sport en tant "qu'école de la deuxième chance" pour les jeunes en échec scolaire, accompagner et subventionner la création de centres de formation dans les clubs sportifs, favoriser l’émergence d’experts dans le management des clubs et des institutions sportives et développer les formations de pointe "type polytechnique" pour doter notre sport de gestionnaires hautement qualifiés.

7- Créer un institut national d’excellence sportive de pointe pour réunir nos meilleurs athlètes, tous sports confondus, et les préparer à la performance dans les grandes compétitions internationales.

8- Faire du secteur sportif, une véritable industrie productive et rentable, créatrice d’emplois et de richesses. La première étape à réaliser est l'évaluation précise de la surface économique du sport au Maroc. Les professionnels du secteur peuvent ainsi profiter du cadre légal offert par la loi 30-09 pour encourager l’auto-régulation du secteur du sport. M. Bourhim recommande aussi, dans ce sens, d'accompagner les clubs sportifs dans le cadre d'un "moratoire", l'objectif étant de réussir leur transformation de simples associations, dont les revenus sont essentiellement issus de subventions, vers la société de spectacle sportif productrices de la performance économique et sportive. Il faudra également permettre l’émergence de nouveaux médias pour la retransmission des événements sportifs et élaborer le cahier des charges des modes de diffusion ainsi que les contrats de répartition des recettes publicitaires.

9- Favoriser le déploiement de partenariats publics-privés (PPP) dans le secteur du sport pour encourager à la réalisation de projets sportifs d’envergure. Pour ce faire, encourager les initiatives privées pour participer au financement et à l’investissement dans le sport (infrastructures, clubs, etc.), s'avère nécessaire. Il est également recommandé d'offrir au sport davantage d’opportunités de financement (banques, fonds d'investissement, acteurs privés, etc.) afin d’atteindre la performance économique et sportive, et d'optimiser la gestion des subventions octroyées par l'État et les collectivités au secteur sportif afin d'alléger les dépenses publiques tout en maintenant son rôle de régulateur et de garant de la bonne gouvernance.

10- Généraliser le digital comme outil d’optimisation et de modernisation de la gestion des clubs et des organisations sportives et instaurer massivement le numérique (réseaux sociaux, site internet, etc.). Les clubs devront aussi déployer des applications mobiles dédiées pour renforcer et développer le lien avec leur écosystème. 

"Le sport a le pouvoir de tout changer. Intégrer le sport dans la réflexion de la Commission spéciale sur le modèle de développement est, aujourd’hui, indispensable, si le Maroc souhaite prétendre à un développement rapide et pérenne. Le caractère multidimensionnel du sport permet d’agir sur tous les segments qui composent notre pays. De la croissance à l’emploi, en passant par la santé, l’éducation et la diplomatie, le sport, de par son agilité, est un secteur à la fois stratégique et opérationnel. En effet, en prenant des mesures significatives en ce sens, nous pourrons observer des changements dans la vie des Marocains et pour toute l’économie du Royaume", souligne Abdelkader Bourhim. 

Tags : Le sport
(Photo AIC press)

Faire du sport un levier de développement au Maroc: Les recommandations d'un expert

Le 05 janvier 2021 à12:36

Modifié le 06 janvier 2021 à 11:39

Dans un nouveau rapport, produit par Abdelkader Bourhim et envoyé à la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), l'expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportives émet une dizaine de recommandations pour faire du sport un véritable levier de développement au Maroc.

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Dans ce rapport, intitulé "Le sport que nous voulons: le pouvoir économique, social et stratégique du sport dans le nouveau développement du Maroc", M. Bourhim estime que le sport est une véritable industrie. Le secteur pèse près de 1.200 milliards d’euros, soit 2% du PIB mondial. En termes d’emploi, il représente 2,2% des travailleurs de l’Union européenne. En France par exemple, il représente 480.000 emplois, contre seulement 240.000 au Maroc. 

En Afrique du sud, pays dont l’économie est relativement proche de celle du Maroc, la contribution du sport au PIB est d’environ 2%, alors qu'au Maroc, en 2014, seul 0,66% du PIB était consacré au sport. Ces quelques chiffres donnent un aperçu sur le potentiel économique du sport dans le monde, mais aussi sur le retard qu’accuse le Maroc en la matière.

Pour en faire un véritable levier de développement économique, social et stratégique au Royaume, l’expert recommande de :

1- Bâtir et implémenter une véritable politique nationale et régionale du sport reposant sur trois piliers fondamentaux: la formation, la bonne gouvernance et la performance sportive et économique.

2- Adapter les modes de gouvernance des organisations aux spécificités des nouveaux enjeux sportifs et économiques marocains. Pour ce faire, une formation des dirigeants sportifs aux exigences du sport professionnel s’impose. Il faudra également dissocier le sport amateur, des associations à but non lucratif, et du sport professionnel organisé en sociétés sportives privées. Les professionnels du secteur doivent aussi mettre en place un management opérationnel dans chaque structure sportive, en s’appuyant sur les compétences issues des filières spécialisées en management du sport et en plaçant celles-ci au cœur de la gestion de nos clubs et de nos institutions sportives. Il est aussi préférable de numériser les modes d’adhésions aux clubs sportifs.

3- Créer une agence nationale pour le sport afin d’assurer la régulation du secteur et veiller à la mise en œuvre efficace de la politique sportive. Elle devra certainement associer des représentants de l’état du mouvement sportif, des collectivités territoriales et des acteurs économiques et sociaux (fédérations, clubs et entreprises privées).

4- Consolider les outils juridiques offerts par la nouvelle loi 30-09 de la jeunesse et du sport pour permettre d'assurer une plus grande protection et davantage de garanties pour les intervenants dans le secteur du sport (investisseurs, institutionnels, médias, etc.), afin de favoriser l'émergence d'une véritable industrie du sport au Maroc. 

5- Déployer massivement des infrastructures de proximité et les infrastructures socio-éducatives pour améliorer la pratique d’activités physiques et l’inclusion par le sport dans les territoires. Leur gestion devra s'inscrire dans le programme de la régionalisation avancée pour faciliter leur déploiement et leur exploitation. Il faudra également harmoniser les politiques sportives locales afin de limiter les disparités territoriales en termes d'infrastructures.

6- Renforcer la formation de haut niveau pour favoriser l’émergence d’une expertise managériale du sport au Maroc. Pour ce faire, l'expert recommande de renforcer et développer les formations "Sports-études", adapter le rythme scolaire à la pratique du sport pour éviter le décrochage, communiquer sur la filière du sport en tant "qu'école de la deuxième chance" pour les jeunes en échec scolaire, accompagner et subventionner la création de centres de formation dans les clubs sportifs, favoriser l’émergence d’experts dans le management des clubs et des institutions sportives et développer les formations de pointe "type polytechnique" pour doter notre sport de gestionnaires hautement qualifiés.

7- Créer un institut national d’excellence sportive de pointe pour réunir nos meilleurs athlètes, tous sports confondus, et les préparer à la performance dans les grandes compétitions internationales.

8- Faire du secteur sportif, une véritable industrie productive et rentable, créatrice d’emplois et de richesses. La première étape à réaliser est l'évaluation précise de la surface économique du sport au Maroc. Les professionnels du secteur peuvent ainsi profiter du cadre légal offert par la loi 30-09 pour encourager l’auto-régulation du secteur du sport. M. Bourhim recommande aussi, dans ce sens, d'accompagner les clubs sportifs dans le cadre d'un "moratoire", l'objectif étant de réussir leur transformation de simples associations, dont les revenus sont essentiellement issus de subventions, vers la société de spectacle sportif productrices de la performance économique et sportive. Il faudra également permettre l’émergence de nouveaux médias pour la retransmission des événements sportifs et élaborer le cahier des charges des modes de diffusion ainsi que les contrats de répartition des recettes publicitaires.

9- Favoriser le déploiement de partenariats publics-privés (PPP) dans le secteur du sport pour encourager à la réalisation de projets sportifs d’envergure. Pour ce faire, encourager les initiatives privées pour participer au financement et à l’investissement dans le sport (infrastructures, clubs, etc.), s'avère nécessaire. Il est également recommandé d'offrir au sport davantage d’opportunités de financement (banques, fonds d'investissement, acteurs privés, etc.) afin d’atteindre la performance économique et sportive, et d'optimiser la gestion des subventions octroyées par l'État et les collectivités au secteur sportif afin d'alléger les dépenses publiques tout en maintenant son rôle de régulateur et de garant de la bonne gouvernance.

10- Généraliser le digital comme outil d’optimisation et de modernisation de la gestion des clubs et des organisations sportives et instaurer massivement le numérique (réseaux sociaux, site internet, etc.). Les clubs devront aussi déployer des applications mobiles dédiées pour renforcer et développer le lien avec leur écosystème. 

"Le sport a le pouvoir de tout changer. Intégrer le sport dans la réflexion de la Commission spéciale sur le modèle de développement est, aujourd’hui, indispensable, si le Maroc souhaite prétendre à un développement rapide et pérenne. Le caractère multidimensionnel du sport permet d’agir sur tous les segments qui composent notre pays. De la croissance à l’emploi, en passant par la santé, l’éducation et la diplomatie, le sport, de par son agilité, est un secteur à la fois stratégique et opérationnel. En effet, en prenant des mesures significatives en ce sens, nous pourrons observer des changements dans la vie des Marocains et pour toute l’économie du Royaume", souligne Abdelkader Bourhim. 

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