Les dernières pluies sans grand impact sur la campagne agricole et les barrages

Les premières pluies ont fait leur apparition au Maroc. Seront-elles bénéfiques pour la campagne agricole en cours ? Quel est leur effet sur les barrages ? Le point.

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Les dernières pluies sans grand impact sur la campagne agricole et les barrages

Le 25 octobre 2020 à 06:43

Modifié le 25 octobre 2020 à 18:31

Après deux années de sécheresse, le premier épisode pluvieux était attendu. Il a apporté un peu d’optimiste aux agriculteurs marocains, bien qu’il ne soit pas généralisé.

En effet, ces pluies n’ont concerné que quelques régions du Royaume, notamment Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Beni Mellal-Khénifra, Marrakech-Safi et Draâ-Tafilalet. Le pays a également connu ses premières chutes de neige sur les reliefs du haut Atlas.

Quels effets sur la campagne agricole ?

D’après des experts sondés par nos soins, ces premières pluies n’ont pas un impact significatif sur la nouvelle saison agricole, qui démarre déjà dans des conditions difficiles.

"Cela fait plus de 8 mois qu’il n’y a pas eu de pluie au Maroc" nous rappelle Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome. Les terres sont tellement sèches que ces premières précipitations ne faciliteront même pas les travaux du sol.

"Il faudrait un minimum de 15 ou 20 mm pour que la terre puisse être travaillée facilement", ajoute notre interlocuteur, notant que "la majorité des agriculteurs n’ont pour l’instant pas encore commencé à labourer les sols". Ils attendent l’arrivée d’une pluie conséquente.

Quand est-ce que les pluies deviennent décisives ? "La pluie doit être comparée à l’alimentation". L’homme a besoin de se nourrir au début de la journée, au milieu et à la fin. "Les pluies doivent ainsi être enregistrées au début de la saison agricole, au milieu et à la fin".

"Elles doivent être conséquente au début de la compagne pour que les agriculteurs puissent labourer les terres, et bonnes tout au long de l’année pour maintenir les cultures".

Un vent d’optimisme ?

"Ces premières pluies ravivent l’espoir des agriculteurs, jusque-là inquiets", nous confie pour sa part un agriculteur dans la région de Berrechid. "Certes, elles ne sont pas suffisantes, mais elles soufflent un vent d’optimisme dans le milieu agricole."

D’après M. Guennouni, "les agriculteurs sont amenés à travailler même s’ils n’ont pas les moyens. Après deux années consécutives de sécheresse et les répercussions du Covid, leur trésorerie est au plus bas".

Inquiétudes pour les semences

Pour ce qui est des semences, les agriculteurs estiment que la quantité importée cette année ne sera pas suffisante pour répondre aux besoins au niveau national.

Un constat confirmé par notre ingénieur agronome, qui nous confie que "le ministère de l’Agriculture importe chaque année une quantité de semences des pays étrangers, mais celle-ci ne représente qu'environ 20% des 5 millions d'hectares de céréales produites annuellement". 

Par ailleurs, en temps normal, une partie des récoltes réalisées lors de chaque campagne agricole est utilisée comme semence pour la saison qui suit, ce qui ne sera pas le cas pour la majorité des agriculteurs cette année, vu le rendement moyen de l’an passé.

Ces derniers "se précipitent ainsi pour en acheter auprès des centres relevant la Société nationale de commercialisation des semences. Ils prennent ce qu’ils peuvent. Il y a tellement de variétés qu’ils ne savent pas lesquelles choisir", ajoute M. Guennouni. 

"Ces semences sont produites dans des pays où la pluie est relativement abondante. Se comporteront-elles de la même manière dans les sols marocains ? on peut se poser la question", nous explique notre source.

Lors de son passage au parlement vers la mi-octobre, Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture, a tenu à rassurer les agriculteurs quant à la disponibilité des semences sélectionnées et de leur qualité, annonçant qu’un stock de 1,6 million de quintaux est disponible sur le marché, un chiffre en baisse par rapport à l'année précédente, où le stock de semences mis à la disposition des agriculteurs s'élevait à 2,2 millions de quintaux.

Qu’en est-il des barrages ?

Les chiffres quotidiens dévoilés par le Département ministériel chargé de l'eau montrent que ces dernières précipitations ont été insuffisantes même pour stabiliser les réserves. 

Sur une capacité totale de 15.597,2 Mm3 (millions de mètres cubes), les barrages au niveau national disposent d’une réserve totale de 5.693,3 Mm3, soit un taux de remplissage de 36,5% au 23 octobre 2020, contre 5,718,2 Mm3 et un taux de 36,7% au lundi 19 octobre 2020. Les réserves ont donc baissé malgré les ondées.

Comme précisé ci-haut, les pluies ont principalement concerné quatre régions. Médias 24 a comparé les réserves et le taux de remplissage des principaux barrages de chaque région de ce vendredi avec la situation du 19 octobre, soit avant le passage des pluies. Il en ressort que Draâ-Tafilalet est celle qui en a le plus profité, le taux de remplissage de ses principaux barrages ayant augmenté.

Situation des principaux barrages de la région Draâ-Tafilalet au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Comme le montre le tableau ci-dessus, le barrage Mansour Eddahbi, le plus important de la région, est désormais rempli à hauteur de 22,4%, contre 20,4% le 19 octobre. Sultan Moulay Ali Cherif affiche, lui, un taux de remplissage de 49,1% (contre 48,9%), et 18% pour Hassan Addakhil.

Même chose au Souss Massa où malgré les très faibles pluies, la situation de ses principaux barrages s'est légèrement améliorée. Rappelons que cette région est en stress hydrique depuis quelques années.

Situation des principaux barrages de la région Souss-Massa au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Les pluies étaient concentrées sur la province de Taroudant, ce qui explique l'amélioration conséquente qu'a connue le barrage d’Aoulouz. Son taux de remplissage est passé à 35,3%, contre 30% le 19 octobre. Même constat du côté de Moulay Abdellah, avec une légère augmentation (9,7% par rapport à 8,9%), contrairement aux plus grands barrages de la région, Abdelmoumene et Youssef Ben Tachefine.

Dans le bassin hydraulique de l'Oum Rebiaa, qui connaît pour la première fois un manque d'eau, les réserves continuent de baisser.

Situation des principaux barrages de la région Beni Mellal-Khénifra au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Le barrage Al Massira, le plus important du bassin de l'Oum Rebia, affiche un taux de remplissage de 12,7% contre 12,9% au 19 octobre. Bin El Ouidane passe également à 19,4% contre 20,1% quelques jours auparavant. 

Enfin, le barrage Lalla Takerkoust qui alimente principalement El Haouz, région qui connaît également un déficit en ressources hydriques, continue aussi de se vider.

Situation des principaux barrages de la région Marrakech-Safi au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Notons toutefois que les chutes de neige auront un impact positif sur les barrages et la nappe phréatique, à moyen terme. L’eau de fonte permettra de les alimenter.  

Lire aussi: Sonacos : voici les prix des semences de céréales pour la campagne 2020-2021

Tags : Barrages

Les dernières pluies sans grand impact sur la campagne agricole et les barrages

Le 25 octobre 2020 à08:23

Modifié le 25 octobre 2020 à 18:31

Les premières pluies ont fait leur apparition au Maroc. Seront-elles bénéfiques pour la campagne agricole en cours ? Quel est leur effet sur les barrages ? Le point.

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Après deux années de sécheresse, le premier épisode pluvieux était attendu. Il a apporté un peu d’optimiste aux agriculteurs marocains, bien qu’il ne soit pas généralisé.

En effet, ces pluies n’ont concerné que quelques régions du Royaume, notamment Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Beni Mellal-Khénifra, Marrakech-Safi et Draâ-Tafilalet. Le pays a également connu ses premières chutes de neige sur les reliefs du haut Atlas.

Quels effets sur la campagne agricole ?

D’après des experts sondés par nos soins, ces premières pluies n’ont pas un impact significatif sur la nouvelle saison agricole, qui démarre déjà dans des conditions difficiles.

"Cela fait plus de 8 mois qu’il n’y a pas eu de pluie au Maroc" nous rappelle Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome. Les terres sont tellement sèches que ces premières précipitations ne faciliteront même pas les travaux du sol.

"Il faudrait un minimum de 15 ou 20 mm pour que la terre puisse être travaillée facilement", ajoute notre interlocuteur, notant que "la majorité des agriculteurs n’ont pour l’instant pas encore commencé à labourer les sols". Ils attendent l’arrivée d’une pluie conséquente.

Quand est-ce que les pluies deviennent décisives ? "La pluie doit être comparée à l’alimentation". L’homme a besoin de se nourrir au début de la journée, au milieu et à la fin. "Les pluies doivent ainsi être enregistrées au début de la saison agricole, au milieu et à la fin".

"Elles doivent être conséquente au début de la compagne pour que les agriculteurs puissent labourer les terres, et bonnes tout au long de l’année pour maintenir les cultures".

Un vent d’optimisme ?

"Ces premières pluies ravivent l’espoir des agriculteurs, jusque-là inquiets", nous confie pour sa part un agriculteur dans la région de Berrechid. "Certes, elles ne sont pas suffisantes, mais elles soufflent un vent d’optimisme dans le milieu agricole."

D’après M. Guennouni, "les agriculteurs sont amenés à travailler même s’ils n’ont pas les moyens. Après deux années consécutives de sécheresse et les répercussions du Covid, leur trésorerie est au plus bas".

Inquiétudes pour les semences

Pour ce qui est des semences, les agriculteurs estiment que la quantité importée cette année ne sera pas suffisante pour répondre aux besoins au niveau national.

Un constat confirmé par notre ingénieur agronome, qui nous confie que "le ministère de l’Agriculture importe chaque année une quantité de semences des pays étrangers, mais celle-ci ne représente qu'environ 20% des 5 millions d'hectares de céréales produites annuellement". 

Par ailleurs, en temps normal, une partie des récoltes réalisées lors de chaque campagne agricole est utilisée comme semence pour la saison qui suit, ce qui ne sera pas le cas pour la majorité des agriculteurs cette année, vu le rendement moyen de l’an passé.

Ces derniers "se précipitent ainsi pour en acheter auprès des centres relevant la Société nationale de commercialisation des semences. Ils prennent ce qu’ils peuvent. Il y a tellement de variétés qu’ils ne savent pas lesquelles choisir", ajoute M. Guennouni. 

"Ces semences sont produites dans des pays où la pluie est relativement abondante. Se comporteront-elles de la même manière dans les sols marocains ? on peut se poser la question", nous explique notre source.

Lors de son passage au parlement vers la mi-octobre, Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture, a tenu à rassurer les agriculteurs quant à la disponibilité des semences sélectionnées et de leur qualité, annonçant qu’un stock de 1,6 million de quintaux est disponible sur le marché, un chiffre en baisse par rapport à l'année précédente, où le stock de semences mis à la disposition des agriculteurs s'élevait à 2,2 millions de quintaux.

Qu’en est-il des barrages ?

Les chiffres quotidiens dévoilés par le Département ministériel chargé de l'eau montrent que ces dernières précipitations ont été insuffisantes même pour stabiliser les réserves. 

Sur une capacité totale de 15.597,2 Mm3 (millions de mètres cubes), les barrages au niveau national disposent d’une réserve totale de 5.693,3 Mm3, soit un taux de remplissage de 36,5% au 23 octobre 2020, contre 5,718,2 Mm3 et un taux de 36,7% au lundi 19 octobre 2020. Les réserves ont donc baissé malgré les ondées.

Comme précisé ci-haut, les pluies ont principalement concerné quatre régions. Médias 24 a comparé les réserves et le taux de remplissage des principaux barrages de chaque région de ce vendredi avec la situation du 19 octobre, soit avant le passage des pluies. Il en ressort que Draâ-Tafilalet est celle qui en a le plus profité, le taux de remplissage de ses principaux barrages ayant augmenté.

Situation des principaux barrages de la région Draâ-Tafilalet au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Comme le montre le tableau ci-dessus, le barrage Mansour Eddahbi, le plus important de la région, est désormais rempli à hauteur de 22,4%, contre 20,4% le 19 octobre. Sultan Moulay Ali Cherif affiche, lui, un taux de remplissage de 49,1% (contre 48,9%), et 18% pour Hassan Addakhil.

Même chose au Souss Massa où malgré les très faibles pluies, la situation de ses principaux barrages s'est légèrement améliorée. Rappelons que cette région est en stress hydrique depuis quelques années.

Situation des principaux barrages de la région Souss-Massa au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Les pluies étaient concentrées sur la province de Taroudant, ce qui explique l'amélioration conséquente qu'a connue le barrage d’Aoulouz. Son taux de remplissage est passé à 35,3%, contre 30% le 19 octobre. Même constat du côté de Moulay Abdellah, avec une légère augmentation (9,7% par rapport à 8,9%), contrairement aux plus grands barrages de la région, Abdelmoumene et Youssef Ben Tachefine.

Dans le bassin hydraulique de l'Oum Rebiaa, qui connaît pour la première fois un manque d'eau, les réserves continuent de baisser.

Situation des principaux barrages de la région Beni Mellal-Khénifra au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Le barrage Al Massira, le plus important du bassin de l'Oum Rebia, affiche un taux de remplissage de 12,7% contre 12,9% au 19 octobre. Bin El Ouidane passe également à 19,4% contre 20,1% quelques jours auparavant. 

Enfin, le barrage Lalla Takerkoust qui alimente principalement El Haouz, région qui connaît également un déficit en ressources hydriques, continue aussi de se vider.

Situation des principaux barrages de la région Marrakech-Safi au 23 octobre comparée à celle du 19 octobre (Médias 24)

Notons toutefois que les chutes de neige auront un impact positif sur les barrages et la nappe phréatique, à moyen terme. L’eau de fonte permettra de les alimenter.  

Lire aussi: Sonacos : voici les prix des semences de céréales pour la campagne 2020-2021

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