Idir Ouguindi

Enseignant en Sciences Economiques et sociales. Acteur Associatif.

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La Covid-19 et les personnes en situation de handicap, huit mois après

La Covid-19 et les personnes en situation de handicap, huit mois après

Le 08 octobre 2020 à 10:22

Modifié le 08 octobre 2020 à 10:22

Huit mois après le début de la pandémie de Covid-19, les personnes en situation de handicap sont les grandes oubliées des pouvoirs publics, selon les conclusions d’une enquête menée par l’ONG Handicap International - Humanité & Inclusion.

L’objectif de cette enquête était double. Il s’agissait d’une part d’évaluer l’accès des personnes vulnérables aux dispositifs d’information et d’aide mis en place dans le cadre des stratégies d’action face au Covid19, et d’autre part d’apprécier l’impact de la crise sur leur situation personnelle, et plus précisément vis-à-vis de leur revenu et de leur accès aux services sociaux de base.

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que les personnes en situation de handicap ont déjà en temps normal un accès moindre aux soins de santé, à l’éducation, à l’emploi ou à la vie sociale de manière plus générale. Elles sont plus facilement exposées à un risque de pauvreté, de violence ou de négligence. Elles font donc logiquement partie des personnes les plus marginalisées au sein des populations impactées par la crise actuelle. 

Ainsi selon l’enquête, 70,3% des personnes interrogées et considérées comme faisant partie des groupes vulnérables considèrent que la crise a eu un impact négatif très important sur leur situation personnelle, et ce quel que soit leur niveau de revenu. Les personnes en situation de handicap sont ainsi proportionnellement plus nombreuses parmi celles rapportant un impact négatif très important : 35,5% contre 28,8% parmi les tuteurs et 27,7% parmi les autres.

L’analyse selon le genre indique que l’impact négatif a été plus important chez les femmes, soit 72,5%, que chez les hommes, soit 68%. Près de 60% des enfants handicapés des familles interviewées n’avaient plus accès à l’éducation pendant la crise. Chez les adultes en situation de handicap, on note que le taux d’accès aux secteurs de la santé et à la réadaptation est passé de 14% à 4,7% pendant le confinement. Chez les enfants, le taux d’accès aux services est passé de 57,6% à 8,5% dans le secteur de la réadaptation, de 25,4% à 10,2% en matière de santé, de 15,2% à 3,4% en matière d’appui psychosocial.

Pour les personnes en situation de handicap, le constat est donc sans appel : une majorité déplore la faible intégration de la dimension du handicap dans les différentes mesures prises pour prévenir la propagation de l’épidémie et atténuer ses impacts économiques, médicaux et sociaux. 

Aucune aide pendant la crise pour la majorité des handicapés

En dépit des efforts mis en œuvre par la puissance publique, il peut être constaté que la majorité des personnes vulnérables n’ont reçu aucune aide pendant la crise. Leur précarité se renforce pourtant dès lors que se cumulent les facteurs fragilisant comme le niveau d’instruction, l’âge, le handicap, le caractère informel de l’activité. 

Ainsi, 45,8% des personnes n’ayant plus aucun revenu ont pu bénéficier d’une aide financière soit moins de la moitié. 48% des personnes dont le revenu a baissé pendant la crise ont eu une aide. Seules 39,2% des personnes qui n’avaient pas de revenu avant la crise ont pu obtenir une aide. En tout, près de 33% des personnes inscrites au RAMED sont restées sans appui financier. 

Si on observe les résultats de l’enquête pour les personnes en situation de handicap, et malgré leur difficulté à percevoir un revenu et le surcoût causé par leur handicap, elles sont 43% à avoir obtenu une aide soit moins de la moitié d’entre elles. Seuls 6,2% des bénéficiaires d’une aide financière n’avaient aucune forme de protection sociale. 24,2% n’avaient aucun revenu avant la crise et 33,3% n’avaient plus de revenu du tout pendant la crise. Les personnes handicapées ont ainsi très peu bénéficié du dispositif mis en place. 

Toutes formes d’aides financières confondues, seuls 9,72% des interviewés ont obtenu une aide mensuelle sur la période de 3 mois du confinement, 74% ayant reçu l’aide 2 fois.

La nécessité de mettre en oeuvre une approche intégrée

À cet égard, il importe de rappeler que l’article 11 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées de 2007 et ratifiée par le Maroc le 8 Avril 2009 appelle les États à prendre « toutes mesures nécessaires pour assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les conflits armés, les crises humanitaires et les catastrophes naturelles. » 

Il convient donc de mettre en œuvre une approche intégrée afin de s’assurer que les personnes en situation de handicap ne sont laissées de côté ni dans la riposte face à la crise ni dans la relance. À cette fin, il est important de leur donner une place centrale et de les faire participer à la planification des actions comme à leur mise en œuvre. 

Toute action relative à la Covid-19 doit ainsi interdire toute forme de discrimination fondée sur le handicap et tenir compte des facteurs croisés comme le genre et l’âge. Cette rigueur est nécessaire pour empêcher concrètement que des barrières n’apparaissent pendant la riposte ou la relance et pour éliminer celles qui existent déjà. 

En tenant compte du handicap, la riposte et la relance serviront mieux l’intérêt commun car elles endigueront de façon plus systématique la propagation du virus et permettront de relancer les dynamiques de notre société sur des bases meilleures. L’inclusion du handicap rend en effet les systèmes plus souples et donc mieux à même de s’adapter aux situations complexes, en ciblant en priorité les personnes les plus à la marge, c’est-à-dire les plus dans le besoin.

Recommandations

Par ce texte, nous espérons aujourd’hui mettre en évidence l’impact de la Covid-19 sur les personnes en situation de handicap et proposer des recommandations clés à inclure dès maintenant dans la riposte et la relance :

- Garantir l’inclusion systématique du handicap dans toutes les interventions relatives à la riposte à la Covid-19 et à la relance consécutive, en y associant des actions ciblées ;

- Garantir l’accessibilité des informations, des installations, des services et des programmes dans la riposte à la Covid-19 et la relance consécutive.

- Garantir que les personnes en situation de handicap et les organisations qui les représentent soient consultées et participent activement à tous les stades de la riposte à la COVID-19 .

- Mettre en place des cadres de responsabilité garantissant l’inclusion du handicap dans la riposte à la Covid-19.

- Informer les personnes en situation de handicap du dispositif Ramed et les accompagner pour s’y enregistrer ;

- Prendre en compte le surcoût du handicap dans les aides financières.

- Appuyer les centres de réadaptation pour la prise en charge des coûts induits par la mise en place des mesures sanitaires particulières.

- Mobiliser les parents et tuteurs ainsi que les personnes en situation de handicap pour mettre en place des chaînes de communication et de soutien en cas de crise.

- Développer des réponses mobiles pour la réadaptation pendant la crise mais aussi pour le suivi des personnes vulnérables ou l’accompagnement éducatif.

- Faire un suivi téléphonique régulier des personnes vulnérables pendant le confinement afin de rompre l’isolement tout en identifiant des situations d’urgence le plus tôt possible.

- Renforcer les efforts faits en matière d’adaptation des différents groupes cibles, notamment pour les personnes avec une déficience intellectuelle, mentale ou atteintes d’un trouble du comportement. Dans ce cadre, développer également des outils d’information facilement utilisables par les parents.

- Développer l’information en présentiel vers les publics les plus vulnérables dont l’accès à une information écrite ou aux réseaux sociaux est plus limité. L’échange avec les participants est un facteur de compréhension et d’appropriation important.

- Appréhender les vulnérabilités de manière globale et non pas chacune de manière séparée. Informer et sensibiliser les organisations de personnes handicapées sur le genre et la lutte contre les violences et les discriminations faites aux femmes et sensibiliser les associations de protection sur le handicap. Encourager la coordination entre les secteurs sociaux pour favoriser l’information et l’orientation des bénéficiaires.

Idir Ouguindi

Enseignant en Sciences Economiques et sociales. Acteur Associatif.

La Covid-19 et les personnes en situation de handicap, huit mois après

Le 08 octobre 2020 à10:22

Modifié le 08 octobre 2020 à 10:22

Huit mois après le début de la pandémie de Covid-19, les personnes en situation de handicap sont les grandes oubliées des pouvoirs publics, selon les conclusions d’une enquête menée par l’ONG Handicap International - Humanité & Inclusion.

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L’objectif de cette enquête était double. Il s’agissait d’une part d’évaluer l’accès des personnes vulnérables aux dispositifs d’information et d’aide mis en place dans le cadre des stratégies d’action face au Covid19, et d’autre part d’apprécier l’impact de la crise sur leur situation personnelle, et plus précisément vis-à-vis de leur revenu et de leur accès aux services sociaux de base.

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que les personnes en situation de handicap ont déjà en temps normal un accès moindre aux soins de santé, à l’éducation, à l’emploi ou à la vie sociale de manière plus générale. Elles sont plus facilement exposées à un risque de pauvreté, de violence ou de négligence. Elles font donc logiquement partie des personnes les plus marginalisées au sein des populations impactées par la crise actuelle. 

Ainsi selon l’enquête, 70,3% des personnes interrogées et considérées comme faisant partie des groupes vulnérables considèrent que la crise a eu un impact négatif très important sur leur situation personnelle, et ce quel que soit leur niveau de revenu. Les personnes en situation de handicap sont ainsi proportionnellement plus nombreuses parmi celles rapportant un impact négatif très important : 35,5% contre 28,8% parmi les tuteurs et 27,7% parmi les autres.

L’analyse selon le genre indique que l’impact négatif a été plus important chez les femmes, soit 72,5%, que chez les hommes, soit 68%. Près de 60% des enfants handicapés des familles interviewées n’avaient plus accès à l’éducation pendant la crise. Chez les adultes en situation de handicap, on note que le taux d’accès aux secteurs de la santé et à la réadaptation est passé de 14% à 4,7% pendant le confinement. Chez les enfants, le taux d’accès aux services est passé de 57,6% à 8,5% dans le secteur de la réadaptation, de 25,4% à 10,2% en matière de santé, de 15,2% à 3,4% en matière d’appui psychosocial.

Pour les personnes en situation de handicap, le constat est donc sans appel : une majorité déplore la faible intégration de la dimension du handicap dans les différentes mesures prises pour prévenir la propagation de l’épidémie et atténuer ses impacts économiques, médicaux et sociaux. 

Aucune aide pendant la crise pour la majorité des handicapés

En dépit des efforts mis en œuvre par la puissance publique, il peut être constaté que la majorité des personnes vulnérables n’ont reçu aucune aide pendant la crise. Leur précarité se renforce pourtant dès lors que se cumulent les facteurs fragilisant comme le niveau d’instruction, l’âge, le handicap, le caractère informel de l’activité. 

Ainsi, 45,8% des personnes n’ayant plus aucun revenu ont pu bénéficier d’une aide financière soit moins de la moitié. 48% des personnes dont le revenu a baissé pendant la crise ont eu une aide. Seules 39,2% des personnes qui n’avaient pas de revenu avant la crise ont pu obtenir une aide. En tout, près de 33% des personnes inscrites au RAMED sont restées sans appui financier. 

Si on observe les résultats de l’enquête pour les personnes en situation de handicap, et malgré leur difficulté à percevoir un revenu et le surcoût causé par leur handicap, elles sont 43% à avoir obtenu une aide soit moins de la moitié d’entre elles. Seuls 6,2% des bénéficiaires d’une aide financière n’avaient aucune forme de protection sociale. 24,2% n’avaient aucun revenu avant la crise et 33,3% n’avaient plus de revenu du tout pendant la crise. Les personnes handicapées ont ainsi très peu bénéficié du dispositif mis en place. 

Toutes formes d’aides financières confondues, seuls 9,72% des interviewés ont obtenu une aide mensuelle sur la période de 3 mois du confinement, 74% ayant reçu l’aide 2 fois.

La nécessité de mettre en oeuvre une approche intégrée

À cet égard, il importe de rappeler que l’article 11 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées de 2007 et ratifiée par le Maroc le 8 Avril 2009 appelle les États à prendre « toutes mesures nécessaires pour assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les conflits armés, les crises humanitaires et les catastrophes naturelles. » 

Il convient donc de mettre en œuvre une approche intégrée afin de s’assurer que les personnes en situation de handicap ne sont laissées de côté ni dans la riposte face à la crise ni dans la relance. À cette fin, il est important de leur donner une place centrale et de les faire participer à la planification des actions comme à leur mise en œuvre. 

Toute action relative à la Covid-19 doit ainsi interdire toute forme de discrimination fondée sur le handicap et tenir compte des facteurs croisés comme le genre et l’âge. Cette rigueur est nécessaire pour empêcher concrètement que des barrières n’apparaissent pendant la riposte ou la relance et pour éliminer celles qui existent déjà. 

En tenant compte du handicap, la riposte et la relance serviront mieux l’intérêt commun car elles endigueront de façon plus systématique la propagation du virus et permettront de relancer les dynamiques de notre société sur des bases meilleures. L’inclusion du handicap rend en effet les systèmes plus souples et donc mieux à même de s’adapter aux situations complexes, en ciblant en priorité les personnes les plus à la marge, c’est-à-dire les plus dans le besoin.

Recommandations

Par ce texte, nous espérons aujourd’hui mettre en évidence l’impact de la Covid-19 sur les personnes en situation de handicap et proposer des recommandations clés à inclure dès maintenant dans la riposte et la relance :

- Garantir l’inclusion systématique du handicap dans toutes les interventions relatives à la riposte à la Covid-19 et à la relance consécutive, en y associant des actions ciblées ;

- Garantir l’accessibilité des informations, des installations, des services et des programmes dans la riposte à la Covid-19 et la relance consécutive.

- Garantir que les personnes en situation de handicap et les organisations qui les représentent soient consultées et participent activement à tous les stades de la riposte à la COVID-19 .

- Mettre en place des cadres de responsabilité garantissant l’inclusion du handicap dans la riposte à la Covid-19.

- Informer les personnes en situation de handicap du dispositif Ramed et les accompagner pour s’y enregistrer ;

- Prendre en compte le surcoût du handicap dans les aides financières.

- Appuyer les centres de réadaptation pour la prise en charge des coûts induits par la mise en place des mesures sanitaires particulières.

- Mobiliser les parents et tuteurs ainsi que les personnes en situation de handicap pour mettre en place des chaînes de communication et de soutien en cas de crise.

- Développer des réponses mobiles pour la réadaptation pendant la crise mais aussi pour le suivi des personnes vulnérables ou l’accompagnement éducatif.

- Faire un suivi téléphonique régulier des personnes vulnérables pendant le confinement afin de rompre l’isolement tout en identifiant des situations d’urgence le plus tôt possible.

- Renforcer les efforts faits en matière d’adaptation des différents groupes cibles, notamment pour les personnes avec une déficience intellectuelle, mentale ou atteintes d’un trouble du comportement. Dans ce cadre, développer également des outils d’information facilement utilisables par les parents.

- Développer l’information en présentiel vers les publics les plus vulnérables dont l’accès à une information écrite ou aux réseaux sociaux est plus limité. L’échange avec les participants est un facteur de compréhension et d’appropriation important.

- Appréhender les vulnérabilités de manière globale et non pas chacune de manière séparée. Informer et sensibiliser les organisations de personnes handicapées sur le genre et la lutte contre les violences et les discriminations faites aux femmes et sensibiliser les associations de protection sur le handicap. Encourager la coordination entre les secteurs sociaux pour favoriser l’information et l’orientation des bénéficiaires.

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