Younes Maamar

Ingénieur, ex DG ONE, ex Banque mondiale.

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L'informel ou les lettres de noblesse de nos intouchables

L'informel ou les lettres de noblesse de nos intouchables

Le 06 octobre 2020 à 10:09

Modifié le 06 octobre 2020 à 11:23

Il y a tout un pan de l'économie nationale qui est hors des radars économiques de l'Etat. On a pris l'habitude de l'appeler le secteur de l’informel avec toute la connotation péjorative que ce mot porte dans les économies mûres.

Peu sont ceux qui le défendent, à l'exception peut-être de l'UGEP mais dont la voix est étouffée par les autres représentants du patronat. 

S'il y a un investissement productif par excellence, qui plus est dans le contexte d'une relance cruciale en ces temps difficiles, c'est celui qui permettrait de ramener l'informel au formel ou, au vu de sa taille et de son importance, de séduire l’informel à rejoindre par la grande porte, la famille de l'économie nationale et in-fine de la contribution fiscale. C'est lui donner les lettres de noblesse qu'il nous impose.

Jugez de vous mêmes: Derb Ghallef [à Casablanca] représente 2.500 magasins à 100.000 dirhams de valeur moyenne de stock qui tourne au moins 6 fois par an, c'est-à-dire 1,5 milliard de dirhams de chiffre d'affaires annuel. Généralisez aux autres Derb Ghallef de notre pays et aux myriades de petits commerces et petits ateliers et vous avoisinez les 30 à 35 milliards de dirhams de chiffre d'affaires annuel, exclus de l'assiette fiscale!

Or pour permettre à ce secteur de se formaliser, il faut amorcer une dynamique vertueuse qui va devoir coûter à l'Etat et dont le retour sur investissement doit être construit sur le moyen terme, pas le court terme. L'attrait à sortir de l'informel est de prime abord inexistant pour un entrepreneur de Derb Ghallef, et la méfiance envers l'Etat exacerbe davantage ce sentiment.

Il doit bien y avoir des leviers et particulièrement avec le numérique qui s'impose à tous! Que ce soit par le fait de le sortir de la précarité et de le protéger face aux abus et parfois aux extorsions, que ce soit par l'accès à des financements subventionnés (ce secteur repose sur le cash et les emprunts d'usuriers), et par le mobile money et l'inclusion financière, que ce soit par la mise en place d'une taxe à l'importation des containers, entièrement déductible de l'IS (ce qui poussera à faire des déclarations), que ce soit par l'AMO et la CNSS ou enfin par l'accès à la propriété (pas des locaux commerciaux souvent squattés mais des logements personnels). En somme comment rendre le formel attrayant pour ceux qui se sont construits dans son ombre.

De par sa taille, de par sa vivacité et de par sa contribution au tissu socio-économique de notre pays, l'informel mérite tous les égards. Il mérite de s'asseoir à la table des acteurs de la relance au même titre que le grand patronat. Il mérite le respect. Il mérite un nom à sa hauteur.

Ne pas avoir réussi à l'intégrer dans la matrice économique officielle, c'est avoir failli.

Younes Maamar

Ingénieur, ex DG ONE, ex Banque mondiale.

L'informel ou les lettres de noblesse de nos intouchables

Le 06 octobre 2020 à10:15

Modifié le 06 octobre 2020 à 11:23

Il y a tout un pan de l'économie nationale qui est hors des radars économiques de l'Etat. On a pris l'habitude de l'appeler le secteur de l’informel avec toute la connotation péjorative que ce mot porte dans les économies mûres.

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Peu sont ceux qui le défendent, à l'exception peut-être de l'UGEP mais dont la voix est étouffée par les autres représentants du patronat. 

S'il y a un investissement productif par excellence, qui plus est dans le contexte d'une relance cruciale en ces temps difficiles, c'est celui qui permettrait de ramener l'informel au formel ou, au vu de sa taille et de son importance, de séduire l’informel à rejoindre par la grande porte, la famille de l'économie nationale et in-fine de la contribution fiscale. C'est lui donner les lettres de noblesse qu'il nous impose.

Jugez de vous mêmes: Derb Ghallef [à Casablanca] représente 2.500 magasins à 100.000 dirhams de valeur moyenne de stock qui tourne au moins 6 fois par an, c'est-à-dire 1,5 milliard de dirhams de chiffre d'affaires annuel. Généralisez aux autres Derb Ghallef de notre pays et aux myriades de petits commerces et petits ateliers et vous avoisinez les 30 à 35 milliards de dirhams de chiffre d'affaires annuel, exclus de l'assiette fiscale!

Or pour permettre à ce secteur de se formaliser, il faut amorcer une dynamique vertueuse qui va devoir coûter à l'Etat et dont le retour sur investissement doit être construit sur le moyen terme, pas le court terme. L'attrait à sortir de l'informel est de prime abord inexistant pour un entrepreneur de Derb Ghallef, et la méfiance envers l'Etat exacerbe davantage ce sentiment.

Il doit bien y avoir des leviers et particulièrement avec le numérique qui s'impose à tous! Que ce soit par le fait de le sortir de la précarité et de le protéger face aux abus et parfois aux extorsions, que ce soit par l'accès à des financements subventionnés (ce secteur repose sur le cash et les emprunts d'usuriers), et par le mobile money et l'inclusion financière, que ce soit par la mise en place d'une taxe à l'importation des containers, entièrement déductible de l'IS (ce qui poussera à faire des déclarations), que ce soit par l'AMO et la CNSS ou enfin par l'accès à la propriété (pas des locaux commerciaux souvent squattés mais des logements personnels). En somme comment rendre le formel attrayant pour ceux qui se sont construits dans son ombre.

De par sa taille, de par sa vivacité et de par sa contribution au tissu socio-économique de notre pays, l'informel mérite tous les égards. Il mérite de s'asseoir à la table des acteurs de la relance au même titre que le grand patronat. Il mérite le respect. Il mérite un nom à sa hauteur.

Ne pas avoir réussi à l'intégrer dans la matrice économique officielle, c'est avoir failli.

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