Covid-19. L'angoisse du personnel médical face au “danger sans visage”
Dans un contexte de pandémie mondiale, les membres du personnel soignant craignent d’être contaminés et de devenir à leur tour contaminants. Sans compter un stress intense qui augmente les risques psychosociaux.
« Ce coronavirus, c’est un danger qui n’a pas de visage. » Oussama Loukili, secrétaire général du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP) pour les arrondissements Ben M’Sik et Sidi Othmane, à Casablanca, parle sans ambages. Chirurgien à l’hôpital Ben M’Sik, il s’épanche auprès de Médias24 sur les craintes du personnel médical, sur tous les fronts depuis que les autorités ont annoncé le premier cas testé positif au nouveau coronavirus, le 2 mars dernier.
« Les médecins des centres de santé, les médecins urgentistes et les réanimateurs sont les premiers exposés à ce coronavirus. Ce que nous craignons le plus, ce sont les porteurs asymptomatiques, chez qui il est impossible de détecter le danger », explique Oussama Loukili. Chevronné aux situations stressantes, ce dernier reconnaît que l’introduction de ce virus au Maroc a accru le niveau de stress, déjà élevé, auquel est régulièrement confronté le personnel médical.
« L’angoisse, c’est de ne pas toujours être en mesure de distinguer un malade porteur du Covid-19 d’un malade qui ne l’est pas. Toute personne est susceptible d’être contaminée et d’être ainsi vecteur de contamination. Il faut être constamment vigilant, aucun moment d’inattention n’est permis », souligne-t-il.
Les cas de contamination – voire parfois de décès – observés chez leurs confrères étrangers, notamment en France, en Espagne et en Italie, ont démultiplié l’anxiété des soignants. « On ne veut pas devenir une source de contamination et contaminer, sans le savoir, des confrères, des patients, des proches… Le stress pour nous, c’est aussi d’être porteur du virus, tout en étant asymptomatique, et contaminer malgré nous notre entourage professionnel ou personnel. On a vu nos confrères et nos consœurs succomber dans des pays qui ont des moyens de prévention beaucoup plus importants que les nôtres », s’inquiète Oussama Loukili.
La crainte de contaminer ses proches
Des inquiétudes que partage Younès Marji, infirmier anesthésiste au Centre hospitalier préfectoral (CHP) Moulay Abdellah de Salé, de surcroît dans un contexte totalement inédit à l’échelle planétaire.
« C’est la première fois que nous sommes confrontés à une telle situation et que nous travaillons dans un contexte de pandémie mondiale, avec un virus à propos duquel nous ne savons que peu de choses », indique Younès Marji à Médias24. Ce dernier travaille dans l’une des trois unités dédiées au traitement des patients du Covid-19, mises en place dans ce CHP, qui accueillent chacune « entre 20 et 30 personnes ».
Craignant de contaminer leurs proches, « la quasi-totalité » des membres du personnel médical se sont volontairement placés en isolement, le CHP ayant mis à leur disposition des établissements hôteliers. Lui, a préféré se confiner à son domicile en dehors des horaires de travail, sa femme et sa fille étant parties s’installer chez d’autres membres de la famille. « Ça fait un mois que je ne les ai pas vues », soupire-t-il.
Des mesures sanitaires qui rendent difficile le maintien des liens avec les proches, aussi bien pour le personnel médical que pour les patients du Covid-19 hospitalisés, qui ne peuvent recevoir de visites. « Beaucoup de patients ont du mal à s’adapter aux mesures de confinement et d’isolement. Leur seul lien avec leur famille, c’est WhatsApp. Le personnel soignant arrive tout de même à établir un lien social avec ceux qui sont hospitalisés plus d’une semaine, même si ça reste par téléphone », témoigne encore Younès Marji.
Un contexte favorable à la hausse des risques psychosociaux
Il n’empêche, ces marques de soutien et d’attention que partagent régulièrement soignants et soignés font l’effet d’une soupape, dans un milieu où les risques psychosociaux sont légion. « La pratique de la médecine est, de toute façon et de manière générale, très stressante ; plus encore depuis ces dernières semaines », souligne Noureddine Belahnichi, psychiatre et président de l’Association marocaine des psychiatres du secteur public.
« Cette pandémie impressionne de par son ampleur, sa durée et son évolution, qui reste très imprécise. Sans compter les flux d’informations souvent exagérées, voire erronées lorsqu’elles se réfèrent à des études scientifiques qui n’en ont que le nom. Tous ces facteurs constituent un terrain favorable aux risques psychosociaux pour les soignants », ajoute-t-il.
A ces facteurs, se greffe également la confrontation à la souffrance des patients – de tous les patients –, qui s’accompagne parfois d’un « sentiment d’impuissance, de troubles anxieux, d’une perte de sens dans l’exercice de sa profession ». Autant de symptômes qui caractérisent le syndrome d’épuisement professionnel, très fréquent auprès du personnel médical, comme le confirment les différentes enquêtes menées ces dernières années dans les hôpitaux universitaires marocains.
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