Coronavirus : La facture économique pourrait dépasser 70 milliards de DH

C’est l’équivalent d’une perte de 8 points sur le PIB non agricole, somme des valeurs ajoutées du commerce, des services et de l’industrie. Estimé à près de 900 milliards de dirhams, ce PIB devait croître de 3% en 2020, il baissera désormais de 5% selon un économiste consulté par Médias 24.

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Coronavirus : La facture économique pourrait dépasser 70 milliards de DH La grande place de Casablanca vide. (Photo MAP)

Le 24 mars 2020 à 20:23

Modifié le 26 mars 2020 à 11:20

Calculer la facture de la crise du coronavirus n’est pas une sinécure. Deux approches peuvent être utilisées selon un économiste consulté par Médias24.

La première est sectorielle. Elle consiste à calculer les pertes accusées par chaque secteur de l’économie et d’en faire la somme. On peut se baser ici sur la valeur ajoutée de chaque secteur comme sur la productivité moyenne par secteur. Faute de données suffisantes à ce stade, et en raison du manque de visibilité sur les prévisions de production et la baisse de productivité dans chaque secteur, cette méthode s’avère difficile à adopter.

La deuxième méthode, elle, est plus globale et donne une estimation assez générale du potentiel des dégâts. Elle consiste à calculer la perte en valeur ajoutée en comparant les prévisions actuelles de croissance du PIB avec celles communiqués avant la crise.

Et pour être plus fiable, le chiffre ne doit prendre en compte que le manque à gagner et les pertes sur le PIB non agricole, donc sur le commerce, les services et l’industrie, secteurs directement touchés par la crise.

72 milliards de pertes : une prévision optimiste

Le PIB non agricole était de près de 900 milliards de dirhams en 2019. Il devait croître d’au moins 3% en 2020 selon les différentes prévisions (ministère des Finances, HCP, Bank Al-Maghrib)

Selon notre expert, ce PIB signera désormais une décroissance de 5%. Une prévision qui reste très optimiste, selon lui, car elle suppose la fin du confinement avant juin et un redressement graduel de l’activité économique entre juin et décembre. Le retour à la normale ne se fera, selon lui, qu’à partir de 2021.

En se basant sur cette prévision, le PIB non agricole perdra donc 5 points, auxquels il faut ajouter le manque à gagner des 3 points de croissance prévue mais non réalisée. Soit une perte totale de 8 points.

En valeur, cela donne un potentiel de perte de 72 milliards de dirhams au bas mot. Et qui sera consommé essentiellement entre mars et juin. Ce qui est inédit.

Le PIB non agricole avait baissé de 1 point en 2008, année de grande crise. Mais cette baisse s’est faite sur une année. Aujourd’hui, le choc sera concentré sur trois mois en raison du confinement et de l’arrêt temporaire de l’activité économique. C’est brutal.

Les trois phases de la crise

Ces prévisions restent optimistes et se basent sur un scénario en trois phases.

> Phase 1 :  le double choc

L’économie subit un double choc. Un choc de la demande intérieure et extérieure, en raison de la baisse de la consommation des ménages et des exportations. Et un second choc lié à l’offre en raison de l’arrêt de production dans plusieurs secteurs, comme le tourisme, le transport aérien et routier, le commerce (hors alimentaire), l’industrie …

La fin de cette phase est conditionnée par la fin du confinement au Maroc et en Europe, qui devrait être levé avant juin.

> Phase 2 : le redressement

Cette phase durera de juin à décembre, avec la reprise progressive de l’activité économique. Pour certains métiers, il y aura un énorme effet de rattrapage, mais pour d’autres, la reprise sera lente.

Deux exemples illustrent cette reprise à double vitesse.

Même si le confinement est levé avant juin, il n’est pas sûr que le tourisme reprenne son rythme normal. Il y aura toujours des craintes, et les gens ne voyageront pas aussi facilement qu’avant. La reprise ici sera lente. Et dépend de variables qu’on ne maîtrise pas, comme les politiques de gestion de crise en Europe. Idem pour les secteurs exportateurs, qui dépendent essentiellement du rythme de l’activité économique en Europe.

En revanche, d’autres secteurs vont réaliser un rattrapage très rapide après le confinement. Notre économiste donne l’exemple du coiffeur, un cas marrant mais assez représentatif de cette idée de grand rattrapage.

Si d’habitude, il fait 50 coupes par jour, il en fera 100 une fois le confinement levé, en raison des chevelures hirsutes qui auront poussé entre temps.

> Phase 3 : le retour à la normale

Il se fera à partir de janvier 2021. Mais tout dépendra encore une fois de la conjoncture internationale, notamment de la reprise des économies européennes.

En cas de prolongement de l’état d’urgence sanitaire et de maintien du confinement au-delà de juin (scénario peu probable mais qui n’est pas exclu), la facture économique du Covid-19 pourrait s’alourdir. 

La grande place de Casablanca vide.

Coronavirus : La facture économique pourrait dépasser 70 milliards de DH

Le 24 mars 2020 à20:30

Modifié le 26 mars 2020 à 11:20

C’est l’équivalent d’une perte de 8 points sur le PIB non agricole, somme des valeurs ajoutées du commerce, des services et de l’industrie. Estimé à près de 900 milliards de dirhams, ce PIB devait croître de 3% en 2020, il baissera désormais de 5% selon un économiste consulté par Médias 24.

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Calculer la facture de la crise du coronavirus n’est pas une sinécure. Deux approches peuvent être utilisées selon un économiste consulté par Médias24.

La première est sectorielle. Elle consiste à calculer les pertes accusées par chaque secteur de l’économie et d’en faire la somme. On peut se baser ici sur la valeur ajoutée de chaque secteur comme sur la productivité moyenne par secteur. Faute de données suffisantes à ce stade, et en raison du manque de visibilité sur les prévisions de production et la baisse de productivité dans chaque secteur, cette méthode s’avère difficile à adopter.

La deuxième méthode, elle, est plus globale et donne une estimation assez générale du potentiel des dégâts. Elle consiste à calculer la perte en valeur ajoutée en comparant les prévisions actuelles de croissance du PIB avec celles communiqués avant la crise.

Et pour être plus fiable, le chiffre ne doit prendre en compte que le manque à gagner et les pertes sur le PIB non agricole, donc sur le commerce, les services et l’industrie, secteurs directement touchés par la crise.

72 milliards de pertes : une prévision optimiste

Le PIB non agricole était de près de 900 milliards de dirhams en 2019. Il devait croître d’au moins 3% en 2020 selon les différentes prévisions (ministère des Finances, HCP, Bank Al-Maghrib)

Selon notre expert, ce PIB signera désormais une décroissance de 5%. Une prévision qui reste très optimiste, selon lui, car elle suppose la fin du confinement avant juin et un redressement graduel de l’activité économique entre juin et décembre. Le retour à la normale ne se fera, selon lui, qu’à partir de 2021.

En se basant sur cette prévision, le PIB non agricole perdra donc 5 points, auxquels il faut ajouter le manque à gagner des 3 points de croissance prévue mais non réalisée. Soit une perte totale de 8 points.

En valeur, cela donne un potentiel de perte de 72 milliards de dirhams au bas mot. Et qui sera consommé essentiellement entre mars et juin. Ce qui est inédit.

Le PIB non agricole avait baissé de 1 point en 2008, année de grande crise. Mais cette baisse s’est faite sur une année. Aujourd’hui, le choc sera concentré sur trois mois en raison du confinement et de l’arrêt temporaire de l’activité économique. C’est brutal.

Les trois phases de la crise

Ces prévisions restent optimistes et se basent sur un scénario en trois phases.

> Phase 1 :  le double choc

L’économie subit un double choc. Un choc de la demande intérieure et extérieure, en raison de la baisse de la consommation des ménages et des exportations. Et un second choc lié à l’offre en raison de l’arrêt de production dans plusieurs secteurs, comme le tourisme, le transport aérien et routier, le commerce (hors alimentaire), l’industrie …

La fin de cette phase est conditionnée par la fin du confinement au Maroc et en Europe, qui devrait être levé avant juin.

> Phase 2 : le redressement

Cette phase durera de juin à décembre, avec la reprise progressive de l’activité économique. Pour certains métiers, il y aura un énorme effet de rattrapage, mais pour d’autres, la reprise sera lente.

Deux exemples illustrent cette reprise à double vitesse.

Même si le confinement est levé avant juin, il n’est pas sûr que le tourisme reprenne son rythme normal. Il y aura toujours des craintes, et les gens ne voyageront pas aussi facilement qu’avant. La reprise ici sera lente. Et dépend de variables qu’on ne maîtrise pas, comme les politiques de gestion de crise en Europe. Idem pour les secteurs exportateurs, qui dépendent essentiellement du rythme de l’activité économique en Europe.

En revanche, d’autres secteurs vont réaliser un rattrapage très rapide après le confinement. Notre économiste donne l’exemple du coiffeur, un cas marrant mais assez représentatif de cette idée de grand rattrapage.

Si d’habitude, il fait 50 coupes par jour, il en fera 100 une fois le confinement levé, en raison des chevelures hirsutes qui auront poussé entre temps.

> Phase 3 : le retour à la normale

Il se fera à partir de janvier 2021. Mais tout dépendra encore une fois de la conjoncture internationale, notamment de la reprise des économies européennes.

En cas de prolongement de l’état d’urgence sanitaire et de maintien du confinement au-delà de juin (scénario peu probable mais qui n’est pas exclu), la facture économique du Covid-19 pourrait s’alourdir. 

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