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Une réunion secrète à la Maison-Blanche révèle comment le projet d’intervention contre l’Iran, porté par Benjamin Netanyahou, a progressivement influencé Washington avant de se heurter à de fortes réserves internes et de déplacer les enjeux vers le détroit d’Ormuz.
Il est rare de voir un chef d’État étranger prendre part à une présentation dans la Situation Room de la Maison-Blanche pour tenter d’influencer et d’embarquer les États-Unis dans une aventure guerrière hautement risquée contre l’Iran. Si la presse américaine n’avait pas révélé cette réunion, censée se dérouler dans la plus grande discrétion, elle serait restée inconnue.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou — car c’est bien de lui qu’il s’agit — a réussi, avec une facilité déconcertante, à entraîner le président Donald Trump dans une guerre aux conséquences incalculables. L’objectif ultime de cette aventure en Iran était clair dès le départ : éliminer les dirigeants en place et installer un système politique moins hostile à Israël.
Les récentes investigations des journalistes du New York Times, Jonathan Swan et Maggie Haberman, qui couvrent la Maison-Blanche, ont mis en lumière le degré de pénétration d’Israël au cœur même des décisions stratégiques américaines. Le 11 février dernier, le Premier ministre israélien, accompagné de responsables militaires et des services de renseignement, a présenté pendant près d’une heure son scénario de guerre contre l’Iran. Il a défendu âprement, devant Trump et ses proches conseillers, l’idée qu’une opération conjointe américano-israélienne pouvait aisément provoquer un changement de régime et mettre fin à la République islamique.
À dessein, Netanyahou a minimisé les risques d’une telle aventure et en a exagéré les dividendes. Il a fait miroiter à ses interlocuteurs américains qu’Israël connaissait parfaitement les forces et les faiblesses du système iranien, et qu’une opération d’envergure suffirait à le décapiter pour installer un régime plus malléable. Selon ces révélations, Trump s’est montré impressionné par cette présentation séduisante, en décalage avec les analyses habituelles des services de renseignement américains.
Les conseillers du président, issus notamment du Département d’État, de la Défense et des agences de renseignement, ont interrogé le Premier ministre israélien sur les risques de dérapage, notamment son projet d’assassiner des dirigeants en exercice. Netanyahou a reconnu ces risques, tout en avançant un argument décisif : le coût de l’inaction serait supérieur à celui de l’action. Selon lui, retarder l’intervention ne ferait qu’aggraver la menace, laissant à l’Iran le temps de développer l’arme nucléaire. Cet argument a fait mouche et a contribué à convaincre Trump.
Le lendemain, le 12 février, une nouvelle réunion s’est tenue dans la Situation Room, cette fois entre responsables américains uniquement, afin d’évaluer la faisabilité du plan israélien. Pour structurer leur analyse, les Américains ont décliné la proposition en quatre phases : la décapitation du régime, la neutralisation de ses capacités militaires, le déclenchement de soulèvements populaires et le changement de régime au profit d’un pouvoir pro-américain.
À l’issue des débats, une majorité a estimé que les deux premiers objectifs pouvaient être atteints, compte tenu des moyens militaires et du renseignement disponibles. En revanche, provoquer un soulèvement populaire et changer le régime apparaissaient comme des objectifs hautement incertains, voire irréalistes. L’idée d’impliquer des alliés kurdes dans une invasion terrestre a été jugée saugrenue et impraticable.
Lorsque Trump a rejoint cette réunion, il a été informé de ces conclusions. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a qualifié le scénario de changement de régime de "totalement farfelu", insistant sur l’imprévisibilité de ce type de conflit. Le vice-président JD Vance a exprimé un scepticisme marqué. Le général Dan Caine, chef d’état-major des armées, a mis en garde contre la tendance israélienne à surestimer ses plans. Quant au secrétaire d’État Marco Rubio, il a résumé l’opération en une formule lapidaire : "c’est du n’importe quoi" (“It’s bullshit”).
Toujours selon les journalistes, Trump, après avoir écouté ces évaluations, s’est contenté d’une phrase ambiguë : le changement de régime, a-t-il dit, serait "leur affaire". L’assistance n’a pas su s’il faisait référence aux Israéliens ou aux Iraniens. Il en est ressorti que les États-Unis ne participeraient pas directement à un changement de régime, mais qu’ils accepteraient de viser deux objectifs : éliminer les dirigeants iraniens et réduire la menace nucléaire.
L’Iran comme obsession stratégique
On savait depuis longtemps que l’Iran figurait dans le viseur de Trump, en raison de son rôle régional et de ses ambitions nucléaires. Il reprochait également à Téhéran ses liens étroits avec la Russie et la Chine. Fort du succès de son opération contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, Trump a vu dans les propositions israéliennes une opportunité supplémentaire d’agir. Il se rêvait sans doute en président capable de faire tomber la République islamique et d’asseoir la suprématie israélienne dans la région.
Pourtant, Trump s’est toujours montré réticent aux interventions militaires à l’étranger. Comment expliquer qu’il ait cette fois cédé ? L’affaire Epstein, évoquée par certains médias, a-t-elle joué un rôle ? Une chose est certaine : Netanyahou s’est rendu à sept reprises auprès de lui en un an pour le convaincre de la nécessité d’une confrontation.
Cette intervention, hasardeuse et mal calculée, n’a pas abouti au changement de régime escompté. Elle soulève désormais d’autres questions. Comment en est-on arrivé d’une guerre contre l’Iran à une crise majeure dans le détroit d’Ormuz, qui affecte l’économie mondiale ? Comment cette zone stratégique est-elle devenue l’épicentre des tensions ?
Le détroit d’Ormuz est loin d’être un détail : il concentre près d’un quart des flux mondiaux de pétrole et de gaz. Tous les experts savent qu’il constitue l’arme la plus redoutable de l’Iran. Pourquoi ce scénario n’a-t-il pas été anticipé ? S’agit-il d’une erreur d’analyse ou d’une sous-estimation volontaire ?
La coalition américano-israélienne semble avoir sous-estimé la capacité de riposte de Téhéran. Le conflit a glissé d’un objectif initial — freiner le programme nucléaire — vers un enjeu de contrôle stratégique du détroit. Celui-ci est devenu un levier mondial, comparable au canal de Panama hier, affectant directement les équilibres énergétiques et les intérêts des grandes puissances, notamment la Chine.
Dans cette logique, Washington pourrait être tenté d’exploiter cette crise pour redéfinir les rapports de force internationaux. Ormuz n’est plus un simple point de tension régional, mais un outil stratégique dans une recomposition globale.
L’objectif américain semble désormais être de compenser l’échec militaire par un succès diplomatique, en renégociant un équilibre avec l’Iran sans perdre en influence. Israël a détruit des infrastructures et frappé le pouvoir iranien sans parvenir à le renverser, tout en dégradant son image internationale.
L’Iran, affaibli mais toujours debout, conserve une capacité de nuisance. Les pays arabes, eux, sont restés en retrait. Quant aux États-Unis, ils tenteront de préserver leur position face à la Chine, à la Russie et à l’Europe.
Reste à espérer qu’ils tireront les leçons de cette séquence : l’influence de Netanyahou s’est révélée, cette fois, contre-productive.
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