Quelles sont vos rigueurs, si vous les nommez grâce ![1]
Ces derniers jours, entre Donald Trump qui lance des rouleaux de Sopalin aux survivantes et survivants de l’Ouragan Maria à Porto-Rico, le surréaliste référendum en Catalogne, le bordel macroniste et le Stephen, tireur-fou-non-barbu-donc-non-terroriste, de Las Vegas, se glisse une information qui semble provoquer polémique ici et là.
Et quand il y a polémique, il y a débat. Pas au sens de nos "amis" du parti de l’Istiqlal dont les idées ne volent visiblement pas aussi haut que leurs OVNI mais plutôt au sens d’un combat de boxe parfaitement réglementaire. Place à l’objet du litige. Le ring.
Tout commence avec la publication du 1er manuel scolaire en lecture dite "inclusive" par une maison d’édition française, les éditions Hatier. Destiné aux élèves de CE2, ce manuel, paru en Mars 2017 mais qui – rentrée scolaire oblige – ne fait parler de lui qu’aujourd’hui, adopte une technique d’écriture destinée à assurer une représentation plus égalitaire des femmes et des hommes dans la langue française.
Bien que cette forme d’écriture ait été, dès 2015, encouragée par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, cette parution provoque un véritable imbroglio.
Mais avant d’aller plus loin, je suis sûre que vous vous demandez "Concrètement, cela donne quoi?" (et si vous ne vous posez pas la question, c’est que vous avez toujours l’image de Donald Trump et de son Sopalin qui vole devant vos yeux!)
Pour résumer, l’écriture inclusive prône quelques techniques comme:
- L’emploi de mots épicènes; autrement dit, qui ne varient pas en fonction du sexe (par exemple: fonctionnaires, membres, élèves…).
- La mention des termes féminins et masculins à la suite. Pour les placer, l’ordre alphabétique est recommandé. On écrira donc l’égalité femme-homme, les collaborateurs et les collaboratrices, les collégiennes et les collégiens…
-L’accord des grades et des fonctions comme auteure ou autrice (oui, cela existe !), plombière, professeure, cheffe…
-L’utilisation du point médian pour évoquer le féminin et le masculin comme dans ‘les chirurgien.ne.s font un travail fabuleux’. Cette option est conseillée pour les cas où seulement une lettre ou deux les distinguent.
- L’accord de proximité qui fait revivre une ancienne règle de grammaire, en vigueur jusqu’au XVIIe siècle, selon laquelle les adjectifs s’accordent avec le nom le plus proche. Ce qui donnera, fort à propos, ‘les français et les françaises sont divisées’.
Maintenant que vous savez de quoi il s’agit, passons aux deux protagonistes de l’affaire…
… A ma droite, les Antis.
Leur mot d’ordre: Jamais sans notre rigueur!
Jamais sans notre rigueur quant au respect de la syntaxe et au refus d’une forme de négationnisme historique.
Raphaël Enthoven, philosophe, s’insurge: "l’écriture inclusive est une agression de la syntaxe par l’égalitarisme, un peu comme une lacération de la Joconde mais avec un couteau issu du commerce équitable".
Il va même jusqu’à brandir le spectre du ‘lavage de cerveau’, en citant 1984 de Georges Orwell, célèbre roman d’anticipation et de science fiction où Big Brother fait régner un régime policier et totalitaire annihilant toute pensée notamment grâce à la ‘novlangue’ (une sorte de langue appauvrie permettant une manipulation aisée des gens).
Jamais sans notre rigueur dans le vrai combat féministe. Et si on parlait plutôt d’égalité salariale? De discrimination à l’embauche? Des chiffres alarmants de la violence contre les femmes (apparemment, ce n’est pas que dans le plus beau pays du monde qu’on cause violence)!? L’écriture inclusive est un faux problème puisqu’il est connu qu’il est impossible de mener plusieurs combats à la fois (mode ironie on). Exclusion, donc!
Jamais sans notre rigueur au refus de la complexité et/ou de la laideur. Voir des mots entrecoupés par des points, c’est non seulement difficile à lire pour nos enfants mais en plus, ce n’est pas esthétiquement acceptable. Sachant, au passage, qu’à la lecture, aucune personne ne prononcera les points du milieu mais ceci semble inaudible comme argument face au facile ou au joli.
… A ma gauche, les Pros.
Leur crédo: De grâce!
De grâce, prenons une bonne fois pour toutes, le parti de lutter contre les stéréotypes de genre dans le langage. L’écriture inclusive n’est certes pas l’unique action mais participe à enrayer les inégalités et l’exclusion des femmes.
De grâce, faisons en sorte que dès leur plus jeune âge, les enfants s’habituent à lire qu’il est tout autant possible de devenir chirurgienne, plombière ou avocate comme être infirmier, coiffeur ou diététicien. Si cela peut aider à mettre du plomb dans l’aile du déterminisme, ce sera déjà une belle victoire.
De grâce, n’ayons pas la mémoire courte. L’Histoire nous apprend que la langue française a connu des temps plus égalitaires où des mots comme ‘écrivaine’, ‘autrice’, ‘ambassadrice’, ‘chevalière’ ou ‘officière’ étaient utilisés. Ce n’est qu’à partir de 1635 qu’ils ont commencé à disparaître sous la pression de l’Académie Française.
Bang Bang.
Sauvé.e.s, ou non, par le gong!
A la fin de ce com/dé-bat aussi incluant qu’excluant, il transparaît une réelle résistance au changement; une résistance qui est loin de dater d’hier. Si en 2002, les Immortels de l’Académie Française qualifiaient les termes comme députée ou sénatrice "d’aberrations lexicales", leur position a certes évolué, 12 ans plus tard, avec une certaine tolérance à ce que ces mots soient féminisés "à la demande expresse des individus".
Mais voilà, ceci est loin d’être suffisant.
Il ne faut pas sous-estimer l’importance des mots (et c’est une amoureuse des mots qui le dit!) sur la pensée. Non que le langage prévaut sur la pensée mais avouez que depuis le début de cet article, vous avez, ne serait-ce qu’une fois, levé un sourcil en lisant ‘chirurgienne’, ‘plombière’ ou ‘diététicien’. Etonnant? Et aussi rassurant, de savoir qu’une fillette de 10 ans verra son champ des possibles grandir par le simple fait de lire ici et là de tels vocables.
Les mots ont leur importance et elle est tout sauf négligeable. Si pour certaines et certains, il est plus simple d’évoquer les droits de l’homme que les droits humains, l’impact est loin d’être le même. Les premiers sont restrictifs, les seconds universels.
Quand les un.e.s y voient un appauvrissement de la langue, d’autres y lisent au contraire un enrichissement.
Quand certain.e.s crient ‘Alerte au laid ou au complexe’, d’autres réciteront des listes entières de mots encore plus moches comme sexisme ou discrimination ou ségrégation.
Sincèrement, quand je vois tous les anglicismes introduits dans la langue française (spoiler, hipster, gameur, storytelling…), tous les néologismes issus de la révolution numérique (ubérisation, dématérialisé, déréférencement, hackaton…), ou autres verbatim (matinalier, déradicalisation, antispéciste, fablab…), je me dis que l’esthétique est, somme toute, une question de point de vue et que les règles souffrent quelques exceptions.
A vrai dire, il n’y a pas de réel danger que l’on pourrait craindre. Les règles sont faites aussi pour être changées et évoluer et non pour rester figées dans un immobilisme (oh qu’il est vilain ce mot, pourtant il existe!).
En respectant, au choix, les techniques citées plus haut, il s’agit juste d’habitude à prendre. Pas de quoi fouetter un chat en fait! La preuve, cette chronique a été écrite en respectant les principes de la lecture inclusive.
Le mot de la fin revient à Pierre Corneille à qui le titre de cette chronique a été emprunté: "Le choix est inutile où les maux sont extrêmes. Reprenez votre grâce, et choisissez vous-mêmes!"
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