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L’OTAN, entre désengagements américains et menaces russes

À Ankara, le sommet de l’OTAN a révélé les tensions entre Trump et les Européens, tout en renforçant la position stratégique de la Turquie au sein de l’Alliance. Une lecture d'Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et analyste diplomatique.

Le 10 juillet 2026 à 15h25

Comme à son habitude, et à peine les pieds posés sur le sol turc, le président Donald Trump a donné le ton avant le sommet de l’Alliance atlantique tenu cette semaine à Ankara, en adressant de sévères avertissements à ses alliés européens. "J’ai été très déçu par l’OTAN", a-t-il déclaré, ajoutant : "Franchement, si le sommet n’avait pas eu lieu en Turquie, je n’y serais pas venu".

Cette déclaration, qui constitue en soi un signe d’amitié envers le président turc Recep Tayyip Erdoğan, avec lequel Donald Trump entretient de bonnes relations, représente toutefois un nouveau coup dur pour les dirigeants européens, régulièrement pris pour cible par le président américain.

Dès l’ouverture du sommet, Trump s’en est d’abord pris, sans retenue, à l’Espagne, qu’il a qualifiée de "cause perdue", annonçant que les États-Unis cesseraient tout échange commercial avec Madrid. Il a reproché au gouvernement espagnol de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses de l’OTAN, une question centrale pour Washington, qui cherche à réduire le poids financier de son engagement afin de concentrer ses ressources sur d’autres priorités stratégiques.

Au-delà du cas espagnol, Trump a également exprimé sa colère envers les Européens qui ont refusé de lui céder le Groenland, malgré, selon lui, les efforts américains pour garantir leur sécurité. À ses yeux, ce territoire revêt une importance stratégique majeure pour les États-Unis, alors qu’il serait moins essentiel pour le Danemark. Enfin, il a dénoncé le manque de soutien de certains alliés face à la guerre menée par Washington contre l’Iran.

Ce sommet annuel de l’OTAN a permis de faire le point sur les progrès accomplis depuis celui de La Haye l’année dernière et de fixer les orientations pour les douze prochains mois. Trois thèmes majeurs ont dominé les travaux : les investissements dans la défense, les industries militaires et le soutien à l’Ukraine.

À La Haye, et malgré les réticences espagnoles, les Alliés se sont engagés à consacrer 5% de leur PIB à la défense et à la réalisation des objectifs fixés dans ce domaine. Chaque pays membre devra désormais affecter au moins 3,5% de son PIB au financement des besoins liés à la défense collective. Pour atteindre cet objectif, les États devront présenter chaque année un plan national précisant la trajectoire retenue.

Bien que chaque pays membre demeure maître de ses propres capacités militaires, l’OTAN, sous l’impulsion des États-Unis, joue un rôle central pour encourager les Européens à progresser de manière coordonnée et rapide dans la réalisation de ces objectifs. L’Alliance accompagne les membres dans la construction et la modernisation de leurs capacités industrielles de défense. Elle veille également à ce que les différents systèmes nationaux puissent s’intégrer efficacement dans un dispositif commun répondant aux objectifs stratégiques de l’organisation.

La consolidation des industries de défense, qui doivent être à la fois modernes, robustes et flexibles, constitue un enjeu majeur pour renforcer les capacités de dissuasion de l’Alliance, aussi bien en période de paix qu’en temps de crise. À cette fin, l’OTAN organise régulièrement des réunions et des consultations afin d’harmoniser les politiques industrielles et les normes applicables dans ce secteur.

Le sommet d’Ankara a également réaffirmé le soutien total de l’Alliance à l’Ukraine, en présence du président Volodymyr Zelensky. Les Alliés ont condamné la guerre d’agression menée par la Russie contre ce pays indépendant et démocratique, qui coopère étroitement avec l’OTAN depuis trois décennies. Les membres de l’Alliance ont réaffirmé leur soutien à Kiev dans l’exercice de son droit à la légitime défense et leur volonté de renforcer leur assistance à travers la fourniture d’équipements militaires, le financement ainsi que la formation et l’entraînement des forces ukrainiennes.

Donald Trump a, cette fois-ci, apporté son soutien aux frappes de drones ukrainiens contre la Russie et autorisé la fabrication de missiles Patriot directement en Ukraine. Pour l’année en cours, les membres de l’OTAN ont consacré 70 milliards d’euros aux équipements et à la formation au profit de l’Ukraine. Un budget d’un montant au moins équivalent devrait être adopté pour 2027. 

Malgré les sévères critiques de Trump à l’égard de l’Europe, et plus particulièrement de l’Espagne, les dirigeants européens ont tenté de gérer les emportements du président américain sans provoquer de confrontation. Le Premier ministre belge Bart De Wever a ainsi rappelé que les États-Unis demeurent le plus grand allié de l’Europe. Quant au chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, il a accueilli les remontrances de Trump, qui avait menacé de rompre les relations commerciales avec Madrid, avec un calme olympien. Selon lui, l’Espagne entretient d’excellentes relations avec les États-Unis, et cela restera toujours le cas. L’Union européenne est également intervenue en appelant Washington à respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord commercial conclu avec Bruxelles.

Cependant, si ce sommet a fait un heureux, c’est certainement le président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui a réussi à replacer son pays au centre de l’agenda atlantique. La Turquie constitue un maillon essentiel de l’OTAN, un allié majeur de Washington et un acteur incontournable de la stabilité régionale et européenne. Le président turc entretient, par ailleurs, d’excellentes relations avec Donald Trump et son administration, une proximité que certains responsables européens lui envient. Dans le domaine des industries de défense, Ankara s’impose désormais comme un acteur clé de l’Alliance, face à une Europe qui, hier encore, lui refusait la perspective d’une adhésion à l’Union européenne.

Sous la présidence d’Erdoğan, et avec le soutien de ses partenaires internationaux, la Turquie a développé une industrie de défense dynamique et compétitive, qu’elle met régulièrement en avant dans les grands salons internationaux, notamment européens. Artillerie, véhicules blindés, drones, avions d’entraînement et technologies avancées liées aux conflits modernes y sont présentés. Les performances des drones turcs dans plusieurs théâtres d’opérations, notamment lors du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, illustrent les progrès réalisés par cette industrie.

Mais, comme à son habitude lorsqu’elle se trouve reléguée au second plan, l’Europe met en avant les critiques relatives à la gouvernance interne de la Turquie et au respect des droits humains. Elle reproche également à Ankara ses relations avec Moscou, son opposition à Israël dans le contexte des conflits régionaux, ainsi que plusieurs autres choix diplomatiques jugés contestables. Erdoğan, malgré des difficultés sur le plan intérieur, semble toutefois peu affecté par ces critiques. La diplomatie, les relations internationales et la gestion des crises régionales constituent pour lui des leviers majeurs d’influence, comme l’illustre l’organisation du sommet de l’OTAN sur le sol turc.

Erdoğan apprécie particulièrement ces grandes séquences diplomatiques qui renforcent son image internationale, contribuent au rayonnement de la Turquie et alimentent son discours politique intérieur. Par son implication dans les crises régionales et par la montée en puissance de ses entreprises d’armement, il a réussi à imposer son pays comme un acteur incontournable de l’architecture sécuritaire européenne. Les Européens considèrent toutefois que le président turc cherche avant tout à tirer le maximum d’avantages stratégiques de ses relations avec l’OTAN et les États-Unis, tout en faisant peser sur eux le poids de leur refus historique d’intégrer la Turquie dans l’Union européenne.

Ce qui maintient encore l’Europe dans l’Alliance atlantique tient à la nécessité stratégique et à l’absence d’alternative crédible pour garantir sa sécurité collective en dehors du parapluie américain. Les Européens ne disposent toujours pas d’un véritable plan B. Autrement dit, les États européens restent trop attachés à leurs propres intérêts nationaux pour parvenir à construire une défense commune pleinement cohérente, intégrée et autonome.

L’Europe est aujourd’hui confrontée à une double contrainte difficilement conciliable : le retour de la menace russe avec la guerre en Ukraine, et le désengagement progressif de l’intérêt américain pour le continent et pour l’OTAN. En misant sur le rôle actif de la Turquie au sein de l’OTAN, Trump attise davantage la rancune de ces Européens qui se sont abstenus de lui venir en aide dans sa guerre contre l’Iran.

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Le 10 juillet 2026 à 15h25

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