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L'Onu doit adopter une approche réaliste dans le conflit du Sahara

Le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté une nouvelle résolution pour renouveler le mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation du référendum au Sahara (Minurso).  

Le 30 avril 2015 à 17h10

Comme les précédentes résolutions adoptées depuis 2007, la résolution qui vient d’être adoptée mardi renouvelle son appel aux parties à poursuivre leurs négociations "de bonne foi et sans conditions préalables" afin de parvenir à une solution mutuellement acceptable et politique au conflit. Elle met aussi l'accent sur la nécessité que le Maroc et le Polisario prennent les mesures nécessaires pour faire respecter la situation des droits humains dans le Sahara et dans les camps de Tindouf.

Ce qui est frappant quand on lit la résolution, c’est que le texte de cette année est une copie identique à 99% à la résolution 2152 adoptée en avril 2014. Autrement dit, la nouvelle résolution ne fait que prolonger le statu quo sans insuffler aucun souffle aux processus de négociations qui est dans l’impasse depuis plusieurs années.

La question qui vient à l'esprit, c’est dans quelle mesure cette résolution va pousser les parties au conflit à aller de l'avant et s’efforcer à parvenir à une solution politique? Dans quelle mesure l'approche adoptée par les Nations Unies est-elle susceptible de les aider à rapprocher leurs positions respectives?

Si l'on analyse les résolutions antérieures et les efforts entrepris par les Nations Unies, on peut en conclure que si l'Onu adopte la même approche que depuis 2007, le même scénario va se répéter dans les mois à venir.

En d'autres termes, nous allons voir l'envoyé personnel du SG de l'Onu au Sahara effectuer plusieurs voyages dans la région, rencontrer des responsables marocains et algériens, des représentants du Polisario, ainsi que des responsables des pays voisins, informer le Conseil de sécurité sur ses efforts, mais sans que rien de concret ne soit réalisé. 

Les questions que les analystes se posent sont d'abord: dans quelle mesure la diplomatie de navette entamée l'année dernière par Christopher Ross, l'Envoyé personnel du Secrétaire Général, a-t-elle contribué à aplanir les différences entre le Maroc et le Polisario? Quelles sont les alternatives dont dispose l’Onu pour aider les parties au conflit, y compris l’Algérie, à atteindre une solution politique? L’Onu continuera-elle à appeler à une solution politique, tout en insistant sur le fait que toute solution politique devrait pourvoir pour l'autodétermination des sahraouis? Persistera-t-elle à être fixée sur le concept obsolète de l'autodétermination comme conduisant nécessairement à l’indépendance? N’est-il pas temps que l'Onu s’adapte aux réalités changeantes de la deuxième décennie du troisième millénaire, qu’elle accepte les réalités sur le terrain et essaie de résoudre chaque conflit sur son ordre du jour au cas par cas? Pourrait-on envisager d’appliquer au Sahara la même approche que celle appliquée au conflit du Timor oriental, en Asie du Sud-Est, comme certains partisans du Polisario le suggèrent?

Si l’Onu ne se débarrasse pas de sa fixation obsessionnelle sur l'autodétermination comme un tremplin vers l'indépendance et ne fait montre d’aucune volonté de chercher à proposer d'autres solutions alternatives, il ne fait aucun doute que le conflit se poursuivra pendant de nombreuses années et nous pouvons nous retrouver à parler de la même question dans peut-être 10 ans. Comme je l'ai souligné dans plusieurs de mes articles précédents, l'un des principaux obstacles qui empêchent l'Onu de remplir pleinement son rôle de médiateur dans ce conflit est son approche contradictoire.

Alors que, d'une part, elle appelle à une solution politique mutuellement acceptable, elle insiste, d’autre part, sur le fait que cette solution devrait pourvoir pour l'auto-détermination de la population du Sahara.

Ce faisant, l'Onu semble souscrire au plaidoyer de certaines organisations non gouvernementales internationales, telles que Human Rights Watch et Amnesty International, et certains pseudo-militants des droits de l’homme, tels que Javier Bardem ou Kerry Kennedy, qui appellent à la création d'un Etat indépendant dans le Sahara.

De par son inertie et immobilisme, l’Onu passe outre les analyses et les recommandations d'un nombre croissant de chercheurs qui soulignent que le concept d'autodétermination n’est pas une panacée qui pourrait être appliquée dans tous les conflits territoriaux indépendamment de leur nature et leurs considérations géopolitiques.

Absence de similitude entre le Sahara et Timor oriental

Ceux qui plaident pour cette approche citent toujours les similitudes supposées qui existeraient, selon eux, entre le conflit du Sahara et le cas du Timor oriental.

Pourtant, une analyse approfondie des deux cas montre que ce parallèle est sans fondements. Alors que le Timor oriental était sous souveraineté portugaise jusqu'en 1975 quand il fut envahi par l'Indonésie, le Sahara était sous souveraineté marocaine jusqu'à la fin du 19e siècle. 

La position du Maroc est étayée par les archives coloniales et un certain nombre d'accords internationaux, tels que l'accord signé entre le Maroc et le Royaume-Uni en Mars 1895, dans lequel le gouvernement britannique reconnaissait que le Sahara appartenait au Maroc.

L’autre facteur qui démontre l'absence de similitudes entre les deux cas est l'unité linguistique, religieuse, et ethnique qui règne dans les différentes régions du Maroc, y compris ses provinces du sud. En effet, l’unité linguistique, religieuse et ethnique entre le reste du territoire du Maroc et du Sahara n’est plus à prouver: les Sahraouis sont un mélange d'Arabes et Amazigh, sont musulmans et parlent l'arabe et le berbère, en plus de la langue Hassani. Ces similitudes n’existent pas entre l'Indonésie et le Timor oriental.

D’autre part, tandis que l'Indonésie est un pays musulman, la population du Timor oriental est majoritairement catholique, faisant du pays après son indépendance, le deuxième plus grand pays catholique en Asie après les Philippines. Même constat concernant la langue : tandis que la langue de l'Indonésie est l’indonésien, les deux principales langues utilisées au Timor oriental sont le portugais et le tetum.  

Consensus sur la nécessité d'adapter l'autodétermination aux nouvelles réalités

Loin de toute politisation du conflit ou de déformation des faits, de nombreux chercheurs et de centres de recherches en appellent aux Nations Unies à reconsidérer le concept d'autodétermination et à l'adapter aux nouvelles réalités du monde d'aujourd'hui.

Si l’Onu cherchait vraiment à mettre un terme au conflit du Sahara, elle devrait prendre en compte le consensus croissant qui existe parmi les universitaires sur l’approche à suivre pour résoudre des conflits territoriaux comme celui du Sahara.

Ceux-ci insistent que l'autodétermination comme solution conduisant nécessairement à l'indépendance est parmi les principaux obstacles qui empêchent toute tentative de trouver une solution politique au conflit. De même, ils font remarquer que le concept d'autodétermination tel qu'il avait été interprété durant la deuxième partie du 20e siècle n’est pas une panacée qui pourrait être appliquée à tous les différends territoriaux.

Dans un rapport publié en Juin 2007, l'International Crisis Group avait clairement dit que la fixation de l'Onu sur l'autodétermination ne contribue pas à sortir les négociations de l'impasse ni à aider les parties à trouver une solution politique au conflit: 

«En continuant à définir la question comme étant celle d'autodétermination, l'Onu a encouragé le Front Polisario et l'Algérie à continuer à investir toute leur énergie dans la recherche de la réalisation de ce principe. Dans le même temps, elle a fait pression sur le gouvernement marocain pour faire semblant de prendre l'autodétermination au sérieux, alors qu'en réalité, Rabat n'y a jamais sincèrement souscrit. L'Onu a ainsi empêché les parties au différend d'explorer la possibilité» de trouver d’autres alternatives.

La même opinion est partagée par un certain nombre de chercheurs qui soulignent que le concept d'autodétermination a survécu à son utilité de l'ère postcoloniale. Par conséquent, ils exhortent les Nations Unies à se débarrasser de sa focalisation exclusive sur l'indépendance du Sahara comme la seule possible solution au conflit.

À cet égard, Robin White, un professeur de droit à l'université de Leicester, dit: «Si l’Onu avait travaillé sur les critères à utiliser pour déterminer quand les alternatives d’association, d'intégration, ou un autre statut politique serait appropriées, il est possible que elle aurait eu une plus grande marge de manœuvre et le recours à des actes illégaux unilatérales serait inhibé».

Pour sa part, dans son essai «The Western Sahara and the Self-Determination Debate», Samuel J. Spector a souligné que la tendance de l'Onu à ignorer les intérêts stratégiques et les droits historiques du Maroc sur le territoire, tout en donnant la priorité à l’indépendance des Sahraouis, est l'un des principaux obstacles qui empêchent l'Onu de jouer un rôle efficace en vue de mettre fin au conflit :

«Alors que la seconde moitié du XXe siècle a peut-être marqué la prédominance de la théorie de l'égalité, cette même théorie peut ne pas être aussi approprié pour le règlement des différends du XXIe siècle. Réclamer un droit absolu à l'autodétermination «externe» complète sous la forme d'une complète indépendance pour le peuple sahraoui, tout en ignorant les intérêts du Maroc en la matière a continué à bloquer tout compromis diplomatique significative».

La balle est dans le camp de l’Onu

 Après plus de 23 ans de médiation et un certain nombre de propositions infructueuses mises sur la table des négociations, la balle est maintenant dans le camp de l'Onu qui doit se montrer plus imaginative et en phase avec la réalité d’aujourd’hui. Par conséquent, il est de son devoir moral et politique de mettre fin à ce conflit d'une manière qui préserverait les droits et intérêts des sahraouis, ainsi que les droits historiques, l'intégrité territoriale du Maroc et la stabilité de la région.

La réalité géopolitique du monde d'aujourd'hui ne ressemble plus à celle des années soixante du siècle dernier lorsque la théorie de l'égalité et le concept d'autodétermination étaient perçus comme l'approche la plus appropriée pour résoudre les différends territoriaux résultant du colonialisme européen. L'Onu devrait prendre la réalité géopolitique de la deuxième décennie du 21eme siècle en compte, ainsi que la réalité sur le terrain dans le Sahara.

En définitive, il devient de plus en plus primordial pour l’Onu de sortir de son inertie, d’adopter une approche plus claire et plus réaliste, qui soit susceptible d’ouvrir la voie pour trouver une solution politique qui écarte l’option du «vainqueur emporte tout» (winner-take-it-all), tout en privilégiant l’approche du gagnant-gagnant, qui préserverait les intérêts de toutes les parties au conflit


 

Par Rédaction Medias24
Le 30 avril 2015 à 17h10

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